Journal du BIFFF édition 2019 : deuxième semaine !

Seconde semaine du BIFFF, ou comment notre héros traine sa carcasse (sur)chargée de malbouffe diverse, de bière frelatée et de Maitrank en quantité bien trop importante que pour oser divulguer des chiffres, et se tente une dernière ligne pas forcément droite, faite de très bon fantastique français, de très mauvais zombie-flick italien et de bien d’autres choses plus ou moins collantes…

Jour 7 :

Des gens morts hyper esthétisés et des affrontements entre black blocs et CRS en slow-motion, des travellings aériens à l’envers de Budapest, un titre en surimpression se positionnant sur l’arcade d’un building,… Avec un tel début, je m’attends à ce que The X-ploited m’en mette plein la gueule ! Ce qui n’arrivera malheureusement pas.

Ce thriller hongrois de Károly Ujj Mészáros nous fait suivre l’enquête d’une inspectrice de police traumatisée par le suicide de son mari et convaincue que la vague de suicide qui secoue Budapest est en fait l’œuvre d’un tueur en série. Elle devra lutter contre ses angoisses, ses tocs, des supérieurs la décrédibilisant à la moindre occasion, sa relation conflictuelle avec sa fille et et résoudre son enquête. Dis comme ça, ça semble riche, mais le sous-titre politique s’efface assez vite pour devenir un thriller, si pas foncièrement mauvais, plutôt ennuyeux et déjà vu. Les nombreux inserts de plans de la ville montés à l’envers n’ayant qu’un but purement esthétique et sont au final totalement dispensables.

Par contre, très très bonne surprise que la suite de la soirée !

All the Gods in the Sky

All the Gods in the Sky

Réalisé par Quarxx et adapté de son court-métrage de 2016, Un ciel bleu presque parfait, All the Gods in the Sky est peut-être l’œuvre la plus étrange qu’il m’ait été donné de voir lors de cette édition du BIFFF.

Simon travaille dans une usine et vit dans la ferme familiale avec sa sœur handicapée dont il s’occupe, se sentant responsable de l’accident qui lui est arrivé durant leur enfance. Tentant désespérément d’en rester son tuteur légal, il communique également avec des créatures vivant dans le ciel. All the Gods in the Sky est un ovni dans la mesure où il parvient avec brio à jongler entre le drame et la comédie, le réaliste et le fantastique, l’absurde et la profondément malaisant. Une œuvre toute en ambiguïté et en étrangeté, avec sa galerie de seconds rôles aussi humains que caricaturaux, le tout mené par la performance hallucinée d’un Jean-Luc Couchard surprenant et d’une Mélanie Gaydos magnétique, tragique et inquiétante.

Après le mémorable nanar de Tommy Wiseau et le navet de Gilles Daoust, oser proposer à nouveau un film dénommé The Room se veut soit audacieux (pour ne pas dire suicidaire), soit relevant de la pure fainéantise intellectuelle… Le métrage de Christian Volckman se situe sans doutes quelque part entre les deux.

Un jeune couple emménage dans une grande demeure abandonnée (surprenant !) et découvre dans celle-ci une pièce capable de faire apparaître tout ce qu’il est matériellement possible d’avoir, sauf que… C’est sûr que dit comme ça, le pitch fait à peu près autant rêver qu’un album de Gojira produit par Jul, et franchement, ce n’est pas dingue. Prévisible et manquant sévèrement de grandioses quant aux possibilités qu’offrait la chambre en question, The Room a quand même pour lui quelques idées visuelles au niveau des décors qui laissent entrevoir ce qu’il aurait pu être avec un peu plus de folie.

Jour 8 :

C’est pour 16h30 en salle 2 que je traîne mes guêtres en ce huitième jour de festival. Dernièrement fort las du film de zombies, je me laisse malgré tout tenter par le contexte politique du Go Home de Luna Gualano  : suite à une épidémie zombiesque, un jeune facho se retrouve sauvé par les réfugiés du centre fermé contre lequel il manifestait.

Pertinent dans le climat politique actuel et d’autant plus dans l’Italie de Salvini, Go Home se plante complètement. Certes, la démarche est là : chaque personnage étant limité par la barrière de sa langue, la communication est réduite et compliquée; malheureusement c’est aussi le cas pour le spectateur. Ajoutez à cela un jeu d’acteurs et actrices au seuil de l’amateurisme, et le sentiment d’empathie peine à trouver ça place. Si la démarche et l’engagement politique sont bien présents, ça n’en fait malheureusement pas un bon film.

And now, for something completely different !

N’ayant vu précédemment que le Spring Breakers d’Harmony Korine, et ce dans un état psychotropical des plus poussé, je ne pourrais en aucun cas comparer le dernier délire du bonhomme à sa filmographie (que je rattraperai un jour…). Celui-ci reste toutefois une expérience totalement à part dans la programmation du BIFFF, au point où je me suis posé la question de la légitimité de sa présence. D’une part, The Beach Bum n’a rien d’horrifique, ni de fantastique, d’autre part, c’est tellement perché, absurde, excessif et drôle, que c’était absolument parfait dans le contexte Bifffesque !

The Beach Bum

The Beach Bum

Suivre les pérégrinations d’un Matthew McConaughey qui semble s’éclater comme jamais à jouer un poète complètement déchiré à l’optimisme désespéré (et presque désespérant), sorte de croisement entre le Dude, Vernon Subutex, Charles Bukowski et Hunter Thompson essayant, après avoir été déshérité par sa femme décédée, d’avoir suffisamment d’alcool et de drogue que pour pouvoir terminer son prochain livre, attendu depuis trop longtemps.

Trop con, trop excessif, trop gros et trop généreux aussi en fait, The Beach Bum est ce genre de film qu’on regarde sans trop savoir pourquoi. À la fois fasciné par l’outrance de son protagoniste et son « syndrome de Peter Pan » 2.0 et son optimisme dans sa recherche constante de bonheur, mais également excédé par son égoïsme et le peu de cas qu’il fait du monde qui l’entoure. C’est malgré tout le plaisir ressenti qui gagne, preuve en est le grand sourire idiot qui perdura sur mon visage pendant les trente minutes qui ont suivi la séance. Complètement fou, totalement inutile et donc forcément indispensable.

Après une petite pause de deux heures à caresser la douce aspérule (ratant au passage Little Monsters, gagnant du Corbeau d’Or et dont je ne pourrais donc malheureusement pas vous parler… bien fait pour ma gueule !), me voilà fin prêt pour Terminal. Cette comédie noire façon Sin City au néon et premier long métrage de Vaughn Stein se paye le luxe d’un casting aussi luxueux que déroutant : Margot RobbieSimon PeggDexter Fletcher et… Mike Myers !

Vieux diners, décors de gare, univers uniquement nocturne, gangsters et femme fatale, tous les ingrédients sont là. Bon, ce n’est pas subtile, Mike Myers cabotine, la fin est prévisible en dix minutes, mais le reste du casting est parfait, l’alchimie fonctionne, le rythme, le montage et la photo sont bien et, faute de révolutionner le genre, ça se regarde sans aucun déplaisir. Bon petit film du dimanche en gros.

Terminal

Terminal

Jour 9 :

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Jour 10 :

Retour au festival ce jeudi pour un film qu’on ma dit d’éviter car sexiste et faisant l’apologie de la culture du viol. N’étant pas du genre à me baser sur un seul avis, je décidai malgré tout d’aller voir Feedback, premier long de l’espagnol Pedro C. Alonso, et son putain de casting de seconds couteaux constitué de Eddie Marsan (The World’s End), Paul Anderson (Peaky Blinders), Anthony Head (Buffy), Richard Brake (31),… D’avoir cette critique préalable du métrage a forcément influencé mon jugement et, faute de regard vierge, mon analyse était déjà orientée.

Marsan campe, avec une maitrise bluffante, un animateur de radio à succès, dont l’égo n’a d’égale que sa certitude de détenir la vérité. Ayant récemment reçu des menaces de mort suite à la diffusion de billets politiques un peu trop engagés, il est obligé de faire une émission avec son ancien co-animateur, sorte de rockstar sur le retour. Des individus vont prendre l’émission en otage et les forcer à continuer l’émission quoi qu’il arrive…

J’ai vécu le métrage d’Alonso comme un rape and revenge tendu, cynique et fort pessimiste. Une représentation noire et tristement juste de beaucoup de personnages du monde réel, idolâtrés et trop conscients de leur pouvoir et leur capacité à s’en sortir. Un film pas dingue mais plutôt dérangeant, avec le bémol toutefois de faire une représentation sans doute trop caricaturale des victimes… J’y ai vu une œuvre sombre et cynique mais il est vrai qu’un esprit plus jeune ou ayant sans doute moins de réflexion pourrait y voir un parti pris mal interprété.

Film suffisamment intriguant que pour me donner l’énergie de rester à la séance de 00h30 (qui aura eu lieu à 1h10 finalement…), Antrum : The Deadliest Film Ever Made est vendu comme l’œuvre culte qui a provoqué émeutes et mort de ceux qui l’ont vu lors de ses rares projections. Grosso merdo le même pitch que le très bon Cigarette Burns réalisé par Carpenter pour l’anthologie Masters of Horror. Tandis que le réalisateur nous présente son film, il explique qu’un membre de l’équipe du BIFFF, également infirmier, reste à côté de la scène au cas où quelqu’un.e se sentirait mal… Ça fait beaucoup de bruit au final mais est-ce que le long métrage sera à la hauteur de pareille provocation ?

Antrum : The Deadliest Film Ever Made

Antrum : The Deadliest Film Ever Made

Le métrage démarre par 15 minutes de documentaire présentant les émeutes, incendies et décès provoqués par Antrum. Une partie docu pas super crédible et un peu bancale qui annonce déjà la semi déception à suivre… Le film en lui-même n’est pas beaucoup plus crédible avec son bruit numérique essayant vainement de faire croire à une œuvre des années 70, le tout parsemé d’images subliminales et de symboles mystiques. Pas suffisamment fou ou dérangeant à mes yeux, Antrum reste une expérience contemplative plutôt belle qui peut fasciner par moments et ennuyer à d’autres, l’heure de la projection et la fatigue accumulée n’aidant malheureusement pas à être super objectif…

Jour 10 :

Et dernier pour moi, d’autres obligations m’empêchant de participer au samedi et à la clôture du festival !

Une dernière soirée commencée par Door Lock, thriller Coréen de Lee Kwon et remake du Mientras Duermes de Jaume Balaguero (lui-même déjà un remake officieux du El Proprietario de Javier Diment et Luis Zimbroski). Un thriller bien foutu mais franchement pas dingue, prévisible et déjà vu des centaines de fois. Et étant le seul film coréen que j’ai vu durant cette édition, je regrette d’en avoir raté tant d’autres.

J’enchaîne ensuite sur le très attendu Extra Ordinary de Mike Ahern et Enda Loughman, une comédie horrifique irlandaise avec Maeve Higgins et le génial Will Forte qui nous raconte l’histoire complètement tapée d’une prof d’auto école ayant la capacité de communiquer avec les morts. Celle-ci rencontre un homme vivant avec le fantôme caractériel de sa femme tandis que sa fille se fait kidnapper par un chanteur has been voulant la sacrifier à Satan pour retrouver son talent. Rien que ça !

Et putain, qu’est-ce que c’était bon ! Par rapport à l’affligeant Deadtectives vu en début de festival, Extra Ordinary redonne ses lettres de noblesse à un genre souvent difficile à équilibrer. Le film ne fixe aucune limite à son humour et est aussi hilarant que décomplexé de bout en bout. Un casting hyper pertinent au service d’une écriture qui se fait du bien autant qu’elle en fait au spectateur. À voir absolument !

Extra Ordinary

Extra Ordinary

À la suite était diffusé Dragged Across Concrete, le dernier (très) long de S. Craig Zahler. Me disant qu’un film de 2h40 au rythme, comme toujours, hyper étiré du réalisateur de Bone Tomahawk et Brawl in Cell Block 99 serait difficilement appréciable avec le public du BIFFF, je l’ai vu autre part et je me pose la question de la réaction des spectateurs et spectatrices. Ce film est sans doute l’œuvre la plus marquante que j’ai vu depuis le début de l’année et étant un film très riche et très ambigu à l’interprétation casse gueule, je songe à le revoir avant de pouvoir pleinement en parler. Je ne peux que vous dire de courir le voir s’il est diffusé où que ce soit !

Au final, beaucoup de films OK mais pas forcément dingues et quelques pépites telles que Extra Ordinary, One Cut of the DeadAssassination Nation, The Beach Bum et Dragged Across Concrete. Je regrette un peu de ne pas avoir vu d’œuvres réellement flippantes ou transgressives comme ont pu l’être Climax de Gaspard Noé ou Hereditary d’Ari Aster, mais je pense que je vais sagement attendre la sortie de son Midsommar cet été !

Sur ce, je vais me refaire une santé !

Santé !

Major Fail

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