Journal du BIFFF édition 2019 : première semaine !

À peine remis des émotions du Offscreen que me voilà reparti sur la 37ème édition du BIFFF. Une édition qui met les petits plats dans les grands avec une sélection franchement plus alléchante que l’an dernier, sentiment confirmé par les 24 films que j’ai eu l’occasion de voir et qui comprenaient, si pas forcément des métrages inoubliables, des œuvres ayant toujours des éléments suffisamment intéressants que pour être vu. On y va !

Jour 1 :

Étant donné la catastrophe technique doublée par le monde de dingue et les problèmes d’organisation liées à un premier jour de festival que furent la projection de Ghostland lors de l’ouverture de 2018, je décidai d’aller plutôt voir Dälek au Magasin 4 (encore et toujours démentiel !) et de rattraper le remake pas forcément rassurant de Pet Sematary lors de sa sortie en salle deux semaines après. Pour ce qui est de la salle 2 et sa projection du très bon American Animals de Bart Layton, il était déjà classé 7ème dans mon Top 15 de 2018.

Jour 2 :

Dans la mesure où je travaille en journée, je commence mon festival en ratant avec regret les intrigants Crime Wave et The Dead Center diffusés à 14h et 16h30. Heureusement, ce qui m’attend le soir même en salle 1 m’offrira une vraie ouverture de festival en bonne et due forme ! Commencer la séance et ma première soirée au BIFFF par le sacre de Udo Kier en Chevalier de l’ordre du Corbeau par le prince Laurent en personne relevait de l’exemple type du surréalisme à la belge. Partagé entre l’hilarité contenue et un sobre agacement (sensation ambiguë récurrente lors d’à peu près chaque séance du festival), j’ai à peine le temps de me demander ce que je pense de tout ça que, tel le rocher d’Indiana Jones (scène par ailleurs un peu facilement reprise dans Iron Sky 2), ne déboule sur scène Timo Vuorensola avec son enthousiasme à changer un enterrement en partouze ! Entre lui et la grande gueule de diva de Udo Kier et son humour décomplexé, tout ça démarre très fort !

Iron Sky 2

Iron Sky 2

Concernant ledit film, moins bien écrit que le premier mais extrêmement fun dans sa connerie décomplexée, cette série Z de luxe se joue avec plaisir des vieilles théories conspirationnistes – la « Société du Vril » et les reptiliens entre autres – et nous fait voyager de la lune au centre de la terre en compagnie de  Obi Washington (fille de l’héroïne et du héros du premier épisode), héroïne ultra badass, et d’un groupe d’acolytes parmi lesquels un Tom Green en leader de culte voué à Steve Jobs, ces scènes de culte étant probablement les plus désopilantes du métrage. C’est con et bas de plafond mais il serait particulièrement snob de se priver d’enchaîner Iron Sky 1 et 2 un dimanche de gueule de bois !

PS : Pour ceux et celles qui ont lu ma review du live de Laibach début mars, le « Surfing Through de Galaxy » de fin de concert est en fait le générique de fin du film (ils ont composé la BO des deux).

La suite de la soirée sera malheureusement moins fun…

Vendu comme un grand huit au gore décomplexé, Deadtectives l’est à peu près autant qu’un épisode de Charmed, le tout assorti d’un boogeyman qui semble tout droit sorti de la même série. Sorte de Scoobydoo pompant ses (mauvaises) idées chez Ghostbusters et The Frighteners en tentant par-ce par-là un montage cut à la Edgar Wright. Cette « comédie horrifique » portée par un casting aussi affligeant que son soit disant humour aura réussi à me faire rire à une reprise, passant le reste du temps à attendre des gerbes de sang qui n’arriveront jamais…

Jour 3 :

18h30, temps frais, course pour arriver à temps et descendre un Maitrank avant de me précipiter en salle 1 pour la projection de Zoo.

Cloîtrés chez eux suite à une invasion zombiesque, un couple au bord de la rupture à cause de la perte d’un enfant tente à la fois de recoller les morceaux et de survivre avec leurs peu de ressources et… une importante quantité de diverses drogues ! Quatrième long métrage d’Antonio Tublen, pour lequel il occupe les postes de réalisateur, scénariste, monteur et compositeur (avec l’aide de pas mal de Debussy, ça fonctionne toujours.), Zoo, et son montage elliptique efficace, se pose comme une comédie dramatique en huis clos efficace et plutôt maitrisée. La meilleure partie étant certainement le très drôle acte central – qui rappelle le Carnage de Polanski – et la présence toujours géniale de notre Jan Bijvoet national. Le problème réside dans une fin trop mielleuse, en déséquilibre par rapport au reste du métrage, et la non utilisation d’un fusil de Tchekhov qui m’aura donné envie de cogner les personnages et le réalisateur.

ZOO

ZOO

Et on enchaîne sur un second film suédois : The Unthinkable. Il nous est présenté comme « le film à la Roland Emmerich » nordique, bien que les influences principales vont plutôt chercher du côté de Christopher Nolan, tant par le côté parfois un peu trop poussif de l’intensité dramatique que par une musique tellement inspirée par le Hans Zimmer d’Interstellar que ça ressemble parfois à du copier/coller. Malgré des scènes romantiques et dramatiques aussi kitsches et involontairement drôles qu’un discours de Macron, The Unthinkable présente une relation père/fils particulièrement bien écrite et évitant toute forme de manichéisme, ainsi que quelques (rares) scènes d’action d’une brutalité réaliste vraiment dingues qui m’ont fait pousser des « waow ! » qui pour moi sont plutôt timides avec ce genre de production. Je me dis par contre que le film donne foi, de façon beaucoup plus premier degré et dérangeante, aux théories conspirationnistes avec une fin pas forcément subtile, voir dangereuse. Ou alors juste un peu conne…

J’aurais souhaité aller voir la comédie noire australienne Brother’s Nest de Clayton Jacobson, qui était visiblement sympatoche, mais ce sera pour une autre fois, le mien, de foie, m’ayant sagement suggéré de rentrer.

Jour 4 :

Je ne vais vous mentir, j’éprouvais un enthousiasme certain à l’idée de voir le reboot de Hellboy par Neil Marshall, réalisateur de l’excellente série B Dog Soldiers et du surpuissant survival claustrophobique The Descent. Un enthousiasme malgré tout fort mitigé car relancer le personnage culte créé par Mike Mignola après le diptyque de Guillermo Del Toro (dont le troisième volet ne se fera malheureusement jamais, la faute, entre autres,  à un auteur de BD blessé par une adaptation surpassant l’œuvre originale) et le chef d’œuvre de fantaisie qu’était  The Golden Army.

Dire que la déception fût grande reviendrait à dire que The Happening de Shyamalan était un film franchement réussi ! Car à part la scène aussi onirique que glauque de Baba Yaga (empruntant beaucoup à celle de l’homme pâle dans Le Labyrinthe de Pan de Del Toro justement…), il n’y a sincèrement rien à sauver dans ce reboot : des CGI aussi lamentables qu’incompréhensibles pour un métrage de 2019, un scénario réemprunté de façon fainéante au précédent volet, des personnages plats, sans nuance ni intérêt (Mila Jovovitch n’a pas l’air de savoir ce qu’elle fait là, le méchant à la gueule de sanglier semble tout droit sortie des Tortues Ninja et Ian McShane, toujours bon, est une des pires erreurs de casting jamais réalisée), un rythme et des scènes d’action qui font penser au pire des Resident Evil et, pour justifier la classification R, des inserts gore fun mais qui pourraient être enlever sans rien changer du tout au récit. Ajoutez à cela des références à Excalibur et au Roi Arthur complètement risible et vous obtenez un cas d’école de tout ce qu’il ne faut pas faire. Neil Marshall ayant visiblement laissé fuiter qu’il n’a eu aucun contrôle artistique faute à une production catastrophique, j’ai envie de garder un peu de foi en lui, mais toujours est-il que je suis sorti de la salle dans un état second, me demandant comment une production avait pu investir 50 millions de dollars sur base d’un scénario pareil.

Après cette destruction nanardesque d’un personnage culte, le petit thriller thaï The Pool, se posait comme une bonne surprise : un putain de film de croco !!!

The Pool

The Pool

Un jeune accessoiriste pour le tournage d’un clip se retrouve, après la fin de celui-ci, coincé avec sa copine dans une piscine vide de 6 mètres de profondeur qui n’a pas d’échelle (ben ouais, pourquoi en mettre une…). Si ce merdier n’était pas suffisant, il sont bientôt rejoint par un crocodile échappé d’un zoo. Comble du pas de bol : la copine en question est enceinte et Mme crocodile aussi. Entre l’incarnation live du Darwin Award et d’un manque de chance absolu, The Pool est une série B jouissive dans ses différents excès et, malgré une écriture beaucoup trop facile et agaçante au niveau des la relation amoureuse des personnages, franchement efficace.

Jour 5 :

Trainant une solide réputation en festival, il m’était impossible de rater One Cut of the Dead, et ce malgré le fait que j’allais enchaîner à 23h sur « La Nuit » et donc quatre péloches jusqu’au petit matin. Et je ne regrette aucunement d’avoir à nouveau couru à ma sortie du boulot pour être à 18h30 dans la salle Henry LeBoeuf !

Il est particulièrement difficile de parler de la petite pépite de Shinichiro Ueda sans en gâcher automatiquement le plaisir. Disons simplement que le film commence par un plan-séquence de 30 minutes cheapos, ridiculement drôle et tellement mal joué qu’il ferait passer Christophe Lambert pour Matthew McConaughey, pour ensuite basculer vers tout autre chose. C’est sur la dernière demi heure que la salle entière explosera de rire, pour la plupart jusqu’aux larmes, et que l’on réalise le tour de force génialissime et la véritable leçon de cinéma qui vient de se dérouler devant nos yeux ! Une réaction dithyrambique qui poussera même les organisateur.trice.s du festival à le reprogrammer exceptionnellement à 16h le samedi suivant. À voir absolument !

One Cut of the Dead

One Cut of the Dead

Après un échauffement – peut-être un peu trop poussif – à base de Cuvée des trolls et de Maitrank, il est temps d’entamer « La Nuit » ! Une nuit qui commence avec la projection  du court métrage finnois Helsinki Mansplaining Massacre de Ilja Rautsi, que son titre résume très bien et qui fût une très bonne surprise !

Le premier long de la soirée quant à lui est une évidence même pour commencer cette 37ème Nuit du BIFFF. 13ème film de la franchise (et le premier que je vois) produite par le vétéran Charles Band depuis 1989, Puppet Master : The Littlest Reich contient tout ce que le public souhaite voir à cette heure et dans cet état là, à savoir : des poupées nazies, du gore outrancier, des seins, un humour potache douteux et provocateur (on sent la présence de S. Craig Zahler à l’écriture) et…  Udo Kier ! C’est très con, c’est très bon, ça donne envie de voir tous les autres et, par la même occasion, de retourner piocher dans le catalogue des productions Full Moon !

À peine le temps d’aller se caresser les poumons que l’on reprend déjà avec le danois Finale de Soren Juul Petersen, un torture porn qui commençait pas trop mal avec une chouette ambiance de tension quand deux étudiantes travaillant dans une pompe à essence se font emmerder par une bande de gros lourds. Certes pas très original, ce début fonctionne relativement bien et est léché grâce à une superbe photographie. Le métrage (en plus d’être spoilé par sa propre affiche…) sombre malheureusement trop rapidement dans ce à quoi on s’attend, c’est-à-dire une œuvre prévisible pompée ouvertement sur Hostel ou 31, sans vraiment se donner la peine de poser un regard neuf sur le sujet.

Et à l’image du film précédent, notre état commence lui aussi malheureusement à sombrer dans ce à quoi on s’attend… Ajoutez à cela l’absence de sous-titres pour une production Londonienne et il devient vite évident que j’ai pu passer à côté de pas mal de subtilités dans les dialogues rapides et nerveux de Kill Ben Lyk !

Puppet Master : The Littlest Reich

Puppet Master : The Littlest Reich

Avec son pitch original et WTF (après que trois Ben Lyk se soient fait.e.s tué.e.s, la police regroupe tous les homonymes dans une seule demeure afin de les protéger), son personnage principal à baffer et son excellent casting, je garde un souvenir aussi flou que franchement sympathique de cette péloche survoltée, et premier long de Erwan Marinopoulos.

Et pour conclure, un dernier métrage qui résume fort bien l’état de notre sang à 5h du matin : I am Toxic.

Le mieux que je puisse dire à propos du survival post-apo de Pablo Parès – que j’ai abandonné après 50 minutes – est que c’était chiantissime. Même pas vraiment mauvais non, au-delà du fait que la photo tendant vers le noir et blanc est plutôt moche et que toute l’histoire est révélée en dix minutes, juste un Mad Max argentin sans saveur ni originalité, à moins que la fin change la donne, mais ça m’étonnerait…

Jour 6 :

Pour se remettre de ces émotions, quoi de mieux qu’un thriller satyrique à l’humour bien noir ! Sous son apparence provocatrice et outrancière, Assassination Nation se pose comme une satyre violente et explosive de l’Amérique actuelle façon film d’exploitation pur jus ! Écrit et réalisé par Sam Levinson, la mise en scène hyper efficace et stylisée est au service d’une réinterprétation contemporaine du procès des sorcières de Salem à la sauce Instagram. Montrant tout autant une jeune génération en perte de repères que leurs modèles perdus dans leur hypocrisie et leur bien-pensance . Alors ok, le climax peut sembler excessif et tiré par les cheveux, et certains personnages sont agaçants et caricaturaux, mais c’est tellement bon que ça passe quand même ! Et puis voir un plan-séquence d’une maîtrise et d’une classe pareille, qui en plus sert réellement à créer une tension et sensation de menace réellement palpable, c’est un cadeau qui ne se refuse pas.

Assassination Nation

Assassination Nation

Fun, dérangeant, malsain, hyper esthétisé et généreux dans ses excès, Assassination Nation est plus qu’un film du dimanche, c’est un gros coup de poing féministe (et je suis prudent avec ce terme trop souvent galvaudé quand il s’agit d’un métrage de pure exploitation, sous prétexte que celui-ci est réalisé par une femme, ce qui n’est pas le cas ici…) dans la gueule d’une Amérique qui en quelques clics se retrouve confrontée à son vilain reflet.

To be continued

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