J’veux du soleil et Long Shot (2019)

Quand une comédie romantique à l’américaine avec Charlize Theron et Seth Rogen et un documentaire sur le mouvement des Gilets Jaunes réalisé par François Ruffin et Gilles Perret semblent aller dans la même direction on ne peut être qu’optimiste et se dire qu’enfin « the times are changing« .

jveuxdusoleil_300x666Pendant six jours, François Ruffin, député hyper médiatique de la France Insoumise, et Gilles Perret sont allés à la rencontre, de rond-point en rond-point, de parking en parking, de ces gens qui se sont rassemblés sous les Gilets Jaunes. Ils tentent de comprendre les motivations de leurs actions mais aussi leurs conditions d’existence. Essayer de voir derrière la colère le désespoir, ou peut-être l’inverse. Le Michael Moore d’Amiens, qui par nature ne peut éviter la mise en scène aux grosses ficelles et la fausse humilité auto-glorificatrice, réussit néanmoins une belle cartographie de cette France dont on ne veut pas entendre la souffrance. Témoignages bouleversants, glaçants, révoltants se succèdent. On est de leur côté, on vit leurs nuits, leurs jours, leurs combats. La distance du « eux » et du « nous » disparaît parce qu’enfin on leur laisse la possibilité d’exprimer leur complexité.

Au-delà même des revendications, le mouvement est perçu comme un espace de rassemblement, de communication, de chaleur humaine. Ruffin est un opposant à Macron, il ne s’en cache évidemment pas dans son film. La rencontre du peuple, la possible discussion avec lui est montée en contraste avec le mépris toujours plus grand du président français pour « ceux qui ne sont rien » (pour reprendre son expression). Mais un trop grand manichéisme est judicieusement évité par la diversité et l’intelligence des personnes rencontrées. Et donc s’il va de soi qu’il ne s’agit pas d’un choc esthétique, ce qui n’était certainement pas l’ambition, le pari de faire réfléchir à l’ampleur prochaine et vitale d’un mouvement social est réussi.

longshort_300x666Charlotte Field (Charlize Theron), brillante secrétaire d’état des USA, est pressentie pour être la première femme présidente à la suite de la décision de Chambers (entre Reagan et Bush Jr), le président sortant, de ne pas se représenter. Alors que son entourage se constitue, que les conseillers se mettent en place, une enquête d’opinion dit l’éternel handicap d’être une femme. Il lui est reproché d’être austère, froide et dénuée d’humour (coucou Hillary) et il est décidé d’engager une plume professionnelle pour saupoudrer les interventions de la candidate de bons mots, d’émotion,…

Par un concours de circonstances comme seul en réservent les comédies romantiques, elle croise Fred Flarsky (Seth Rogen), journaliste gauchiste gratte-poil qu’elle baby-sittait 25 ans auparavant. Elle est immédiatement séduite par son esprit vif, son impertinence mais aussi son intransigeance. Alors, à l’encontre de l’avis de tous ses collaborateurs, elle l’intègre à son équipe de campagne.

Fâcheries, vacheries, contretemps et autres obstacles sont naturellement au programme comme dans toute rom/com qui se respecte. Mais le film de Jonathan Levine se distingue d’abord par l’excellence de sa qualité d’écriture. Les répliques font très souvent mouche et les personnages ont une véritable consistance. Néanmoins, tous ces éléments ne feraient du film qu’une réussite du genre si le contenu politique, n’ayons pas peur du mot, n’était pas aussi pertinent, autant en phase avec son époque.

Si son personnage principal Charlotte Field a toujours placé la protection de l’environnement et des minorités les plus défavorisées au centre de son engagement, on comprend vite que chemin faisant, il lui arrive de plus en plus régulièrement de devoir concéder de fâcheuses compromissions avec les puissants pour tenter d’accéder au pouvoir qui lui permettra peut-être de changer les choses. Elle pense que cette façon de faire est du simple pragmatisme mais en faisant rentrer un anarcho-gauchiste à l’intérieur de la machinerie bien huilée, tout va être remis en cause. Flarsky, qui la connait depuis trop longtemps que pour lui laisser passer quoi que ce soit, ne veut pas qu’elle le déçoive. Elle était sa femme idéale, il veut qu’elle le reste. Il veut qu’elle soit tout ce qu’il n’a jamais eu le courage ou les capacités d’être, une personne qui ne rue plus seulement dans les brancards, qui ne dénonce plus seulement mais qui agit. Il veut qu’elle soit encore la baby-sitteuse idéaliste dont il est tombé amoureux 25 ans auparavant. Il le dit en provoquant, en étant excessif, mais aussi avec un cruel réalisme sur le monde occidental et le fric qui le régit. Et même si ce n’est pas facile à admettre, encore moins à mettre en place, Charlotte entend. Elle aussi n’en peut plus d’avoir renoncé à ce qui la faisait avancer, elle veut que son acte de présidence ait un sens.

Et au final réjouissant, on a le sentiment d’avoir assisté à un cheval de Troie sous forme de comédie romantique féministe, écologique et même légèrement révolutionnaire, et rarement le spectacle et l’humour avaient été mis aussi efficacement au service d’une telle cause. On se dit alors que « the times are really changing« .

Laurent Godichaux

Je veux du soleil de François Ruffin et Gilles Perret avec plein de Gilets Jaunes.

Long Shot de Jonathan Levine avec Charlize Theron et Seth Rogen.

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