Kadavar au Botanique (25/11/2019)

kadavarbota_300x666Pour les éventuelles personnes qui sont nées avant les années 70 et qui me liraient : vous souvenez-vous de cette décennie dominée par les mastodontes Led Zeppelin, Deep Purple, Black Sabbath ou autre Pink Floyd ? Et pour les autres (comme moi), avez-vous parfois regretté – à tort – de ne pas être né à cette période pour connaitre l’âge d’or du rock ? Pour les deux générations : sachez que vous pouvez revivre cette époque bénie des dieux le temps d’une soirée pendant la tournée commune de Hällas et Kadavar.

Autant le dire tout de suite : j’ai eu beau écouter maintes fois le premier album éponyme de Kadavar et beaucoup l’aimer, la joie qui m’envahit lors de l’annonce de cette date ne venait pas des berlinois mais bien de Hällas, la jeune formation issue de Linköping en Suède. S’il fallait expliquer leur style, ce serait le produit d’une immense orgie entre Deep Purple, Led Zeppelin, Genesis et Peter Gabriel (période Genesis) pour ce qui est de la mise en scène.

Une fois installé dans l’Orangerie, où l’excitation de voir les suédois est assez palpable, et après cinq minutes qui m’auront parues bien longues, les voilà qui entrent en scène, tout maquillage et toutes capes dehors pour honorer ma comparaison avec Peter Gabriel dans sa prime jeunesse. Dès le début ça envoie avec le magique « The Astral Seer » joué dans une épaisse fumée qui invite à prendre son cheval et son épée afin de partir à l’assaut du château apparaissant à l’arrière de la scène. À noter que le claviériste (qui joue pourtant un rôle prépondérant dans leur musique) n’aura pas tant que ça droit à la parole, l’un de ses deux synthés étant quasi constamment plombé par la puissance des autres instruments. Par contre, sur les premiers morceaux, la voix du chanteur est d’une puissance hallucinante, et nombreux furent les passages que je pensais soutenus par des chœurs mais qui ne l’étaient en fait pas ! C’eût été parfait si cette performance avait été tenue jusqu’au bout mais l’on imagine aisément la difficulté de l’exercice, surtout quand les chœurs semblent aussi timides. Pour ce qui est du reste, par contre, c’est impeccable, jamais le groupe ne perd sa dimension épique et chevaleresque au cours des morceaux et les quelques interventions du chanteur tombent toujours à point. Autre point fort à noter : malgré la présence du tout nouveau single « Tears of a Traitor » (qui sera bientôt suivi d’un nouvel album en janvier), la setlist est terriblement cohérente, bien que fort courte, et on a l’impression que ce nouveau single est dans leurs bagages depuis des années alors qu’il n’est sorti que trois jours auparavant. Une nouvelle valeur sûre en live serait-elle née ?

C’est ensuite au tour de Kadavar d’entrer en piste. Et je dois bien avouer qu’après la masterclass de Hällas je craignais qu’ils ne tiennent pas la comparaison. Constat : mi-figue mi-raisin.

kadavarbota_850x300Dans mon dernier report j’avais posé la question impertinente de savoir si The Libertines étaient les dernières rockstars au monde, et force est de constater qu’on a là un outsider que je ne soupçonnais pas. Il faut dire que tout y participe : attitude, style et manière résolument rock ‘n roll d’affronter les soucis sur scène. Prenons un exemple lors de leur entrée : « The End » et « The Devil’s Master » s’enchainent (enchainement dévastateur par ailleurs) mais malheureusement la basse sonne bien trop fort et laisse présager le pire pour la suite. Solution : les deux autres membres du groupe vont jouer encore plus fort pour compenser. Avouez qu’on a déjà vu plus fin. D’ailleurs il ne sera pas question de finesse et de technicité exacerbée. Non, ici, on vise le groove et l’efficacité avant tout, en jouant le plus fort et le plus dur possible. Si ça fait effectivement mouche pendant une bonne partie du concert, bien aidé par la sympathie et le sens de l’humour du chanteur/guitariste (« What do you want next? » – « Black Sun! » – « Already? Let’s see later…« ) et par le jeu ultra théâtral (bien aidé en cela par un set up incroyablement peu ergonomique) et l’énergie du batteur, on finit tout doucement par se laisser aller à vérifier l’heure sur son téléphone pour ne pas rater son dernier train ou tram. On a en effet par moments l’impression d’assister à un gros melting-pot qui fonce à 100 à l’heure sans laisser un peu de répit pour apprécier ce qu’il se passe et qui fait quasi complètement disparaitre les motifs qui rappellent leurs illustres ainés tels que Led Zep ou Black Sabbath.

Le cœur fendu de ne pas être complètement conquis, je quitte l’Orangerie afin d’être certain de pouvoir rentrer chez moi, le running order de la soirée étant fait de telle sorte qu’il était impossible de concilier concert entier et dernier train avec la présence de trois groupes (j’ai en effet raté la prestation des allemands de Pabst qui ouvrait les hostilités). Résultat des courses : dernier train en retard, et je me dis que le rappel avec l’ultra percutant « All Our Thoughts » aurait peut-être pu me faire changer d’avis. Foutu karma.

Maxime S.

Setlist

The End // The Devil’s Master // Evil Forces // Into the Wormhole // Living in Your Head // Black Sun // Demons in my Mind // The Old Man // Into The Night // Die Baby Die // Long Forgotten Song // Children of the Night // All Our Thoughts // Come Back Life

Vous aimerez aussi