Kamasi Washington à la Madeleine (30/05/2018)

kamasi_300x666Pour pallier le forfait d’un de mes collègues, je me rends mercredi soir à la Madeleine voir Kamasi Washington. Je ne connais pas très bien, à peine quelques morceaux entendus à la radio qui laissent présager un funk jazz groovy plutôt sympatoche. Je sais aussi qu’il a posé ses notes chez Drake, Run The Jewels et la moitié des rappeurs américains vivant en 2018.

J’arrive vers 20h20, Lefto ambiance la salle avec l’extraordinaire version de « Get Up Offa That Thing » par Mister Dynamite. Dans ce morceau, les cuivres sont dingues, j’espère donc y voir un bon augure pour le reste de la soirée. Deux batteries sont installées sur scène, je ne peux m’empêcher de craindre la surenchère.

20h35. Sans trop se faire attendre Kamasi Washington et son groupe débarquent. Quelques premières discrètes notes de saxophone jouées par Kamasi himself, douceur et délicatesse, ce n’est pas pour me déplaire. Immédiatement, je remarque l’excellence des musiciens. Le claviériste, surtout, est époustouflant. Tellement qu’après quelques minutes à peine lui est déjà accordé un premier solo. C’est parfait. La technique est sidérante. Et déjà, je m’ennuie. Déjà ça ma semble interminable. L’objectif premier parait être d’impressionner, d’en mettre plein les ouïes. Démonstration plutôt qu’émotion, tape à l’oreille plutôt que sensation. Je crains percevoir la ligne directrice du concert tout entier. J’ignore encore à quel point la suite me donnera entièrement raison.

Je n’aime que rarement le jazz, je le confesse. Essentiellement parce que souvent, j’y entends un onanisme musical, une propension à vouloir prouver qu’on joue mieux, plus vite que le voisin. À plusieurs reprises Kamasi Washington va dire que ses musiciens sont les meilleurs du monde. Je le crois sans peine, mais je m’en fous. Leur musique ne me touche pas.

Kamasi Washington fait venir son père. Il s’intègre au groupe, ça n’apporte rien de particulier, c’est juste un membre de plus. Lui aussi a une parfaite maîtrise de son instrument. Bon sang ne saurait malheureusement mentir.

kamasi_850x300Tandis que chacun a droit a son petit solo, je m’ennuie de plus en plus. Quand arrive une battle entre les deux batteries, je décide de faire un tour dans la salle, de vérifier la qualité acoustique de chaque recoin. Partout, c’est parfait, c’est feutré, comme dans tout bon club de jazz qui se respecte. Il y a même de la moquette sur le sol. Je me serais bien installé au bar pour boire un whisky de 15 ans d’âge en fumant un gros cigare genre barreau de chaise. Mais le bar ne sert pas de whisky et je n’ai jamais fumé.

Alors je m’approche de la scène pour essayer encore de rentrer dans le concert. La chanteuse qui avec le claviériste est l’élément le plus inventif du groupe rend enfin tout ça un peu moins lisse. Il se passe quelque chose. Mais ça ne dure pas. Elle se tait, fait quelques absurdes mouvements de danse (pas évident sur une musique aussi peu dansante) et on repart dans l’esbroufe de Kamasi et son petit big band.

Après presque deux heures de show, Kamasi Washington annonce le dernier morceau. Une fois de plus ça commence impeccablement, un chouette groove est assuré par la contrebasse et le clavier. Puis ça se rallonge, ça se boursoufle, jusqu’à en devenir totalement indigeste, sans que jamais ça ne parte en transe, en lâché prise.

En sortant, je me dis que je serai plus regardant, moins enthousiaste quand il sera demandé de remplacer un collègue à un concert de jazz. Décidément, il s’agit encore du style musical auquel je suis le plus hermétique.

Fripouille

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