Katshuri Ōtomo, auteur d’Akira, est le Grand Prix de la ville d’Angoulême

domu_vignette_capdbLe Grand Prix de la ville d’Angoulême est maintenant connu, et pour la première fois dans le cadre de ce festival, c’est un auteur de manga qui reçoit ainsi la plus haute distinction de ce rendez-vous du neuvième art. Et pas n’importe qui : Katsuhiro ‪Ōtomo‬ le papa d’Akira, âgé de soixante ans. Mais il ne faudrait pas réduire sa carrière à cela…

Au début des années quatre-vingt, il sort au Japon Dōmu, que les Humanoïdes Associés publient en 1991 (c’est alors l’un des premiers mangas à être traduit en français sous le titre Rêves d’enfant), ouvrage qui pose les bases de ce que sera Akira, thriller tokyoïte dans lequel le découpage n’est pas sans faire penser à des cadrages de cinéma.

C’est à partir de décembre 1982 que sont publiées les premières planches d’Akira, ouvrage de plus de 2200 pages qui seront éditées à un rythme effréné tout au long de huit années qui le conduiront à fonder son propre studio, le MASH Room. Un récit où l’on sent qu’Hiroshima et Nagazaki restent des traumatismes pour ce Japon qui ne cesse, au travers de ses différents artistes, de traiter ce choc terrible de l’Histoire. Akira est ce manga post-apocalyptique ultra violent sur fond de bandes urbaines et autre manipulation psychologique où s’entremêlent drogues, vitesse, fatalisme et rébellion. Une jeunesse japonaise manquant de confiance en elle se retrouve pleinement dans ce récit et c’est peu dire que cette œuvre marquera à tout jamais bon nombre de lecteurs et/ou spectateurs à travers un discours subversif et pour le moins dérangeant. Beaucoup de personnes ne connaissent que le film réalisé par après par Ōtomo lui-même, mais lire cette saga reste une expérience inégalée (quatorze volumes en couleurs ou six en noir et blanc parus chez Glénat).

akira_bandeau_capdbLe dessinateur s’éloignera par la suite de la pratique du dessin mais pas du manga à proprement parler puisqu’il scénarisera plusieurs ouvrages pour d’autres dessinateurs que ce soit Shinji Kimura, Tekumi Nagasayu ou encore Amina Okada. Après l’aventure d’Akira en long métrage, il réalise en 1991 World Apartement Horror, confrontation directe avec le cinéma et la direction d’acteurs. Après cette incursion vers le septième art, il revient au cinéma d’animation à travers Memories qu’il scénarise et dont il réalise l’un des segments : « Cannon Fodder ». Il collabore ensuite avec Satoshi Lon au magnifique et angoissant Perfect Blue, avant de scénariser pour Rintarō Metropolis, adaptation d’Osamu Tezuka s’inspirant du chef-d’œuvre de Fritz Lang. Il s’attaque ensuite à son deuxième long métrage d’animation, Steamboy, uchronie dans laquelle la révolution technologique passe par la machine à vapeur (base même de la culture steam punk), qui est à ce jour le long métrage d’animation le plus cher dans l’histoire de l’industrie cinématographique japonaise.

steamboy_bandeau_capdbIl aborde alors à nouveau le cinéma en adaptant le manga Mushishi de Yuki Urushibara qui sera projeté à la Mostra de Venise en 2007. Ses dernières créations sont en rapport avec l’animation que ce soit à travers Short Piece, film d’animation en quatre parties qu’il scénarise et supervise, ou avec Freedom Project, projet promotionnel d’animation commandé par Nissin Foods, multinationale de rāmen dont il est le character designer. Une carrière à multiples facettes qui avait déjà été récompensée en 2002 par un Prix Eisner pour Akira et en 2012 par son entrée au Temple de la renommée Will Eisner (distinction récompensant un auteur phare pour l’ensemble de sa production).

En recevant ce Prix à Angoulême il avoue que cela le motive à dessiner de nouveau, et que peut-on attendre de mieux de la part de ce génie prolifique que de se plonger dans de nouvelles planches de son cru. Que cela ne vous empêche pas de vous précipiter chez votre libraire et (re)découvrir cette œuvre fondatrice du manga moderne qui sous son influence est passé à un âge adulte. Bonne lecture !

Hugues

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