Kazu au Botanique (26/11/2019)

kazu_300x666Blonde Redhead est un groupe que j’ai toujours suivi respectueusement, un peu de loin. Je savais que j’aimais mais je ne me plongeais pas vraiment dans leur discographie. Puis, un peu par hasard, je suis tombé sur Adult Baby, le premier album de Kazu, sa chanteuse. Et là, c’est le coup de foudre absolu pour cette voix unique, ces arrangements toujours à la frontière de la pop et de l’expérience. Et depuis deux mois, en alternance avec ce disque, j’écoute de façon nouvelle l’irréprochable carrière du groupe internationalement new-yorkais (deux italiens et une japonaise à Manhattan).

La bruxelloise d’adoption Sarah Espour ouvrait la soirée. Déjà les deux premiers morceaux parus m’avaient laissé une bonne impression, mais le passage en live, malgré une certaine tension due à l’importance du moment, a confirmé tout ça. Seule avec son ordi, une présence qui s’affirme surtout par la voix et la musique, Sarah nous emmène dans son univers éthéré et violent à la fois. Les mélodies font songer à un rêve un peu inquiétant que le chant contrebalance vers quelque chose de plus vivant, où l’on sent poindre à des moments douleur ou même colère. On pense parfois à Emilie Simon, plus pour la texture sonore des compositions que pour la voix. Évidemment, visuellement, il y a un manque d’occupation de l’espace : lancer ses sons par ordinateur laisse toujours un sentiment de froideur, de déception. Mais ce sera bien le seul bémol de cette ouverture de soirée, et on espère que rapidement le projet grandira pour pouvoir être enrichi d’un band.

Kazu, dans une mini-robe qui est une de ses marques de fabrique, rentre en attaquant immédiatement « Adult Baby », éponyme de l’album. Claviers, batterie et violons l’accompagnent. La voix, mélange unique d’enfance et de fermeté, a aussi un quelque chose de punk dans sa liberté. Elle danse, tourbillonne. En préambule, j’insistais sur l’identité indiscutablement new-yorkaise de Blonde Redhead; ici c’est toujours autant le cas. Entre le violoniste à l’improbable jeans/legging a étoiles porté trop haut plus crop top, et le claviériste, sorte de double rajeuni de Thurston Moore, on se sent dans une teuf où tout le monde serait intelligent et arty dans un loft de Williamsburg.

kazu_850x300Mais alors que ça pourrait courir le danger d’être trop dans la posture, la musique singulière, atmosphérique et rock est d’une telle beauté que jamais on ne peut s’en laisser distraire par le superficiel. Le batteur introduit des arythmies dans les chansons pop, le claviériste par la grâce de son Prophet donne un côté psyché aux mélodies, et Kazu éructe doucement ses mélopées jamais innocentes. Le tout bien mélangé donne une pop qui flirte toujours avec l’expérience mais en ne sombrant jamais dans l’expérimental un peu chiant, un peu pompant.

L’amie qui m’accompagne emploie plusieurs fois le mot « classe« , et effectivement, il s’agit certainement de la meilleure manière de classifier tout ce que dégage Kazu. Après une petite heure le claviériste rappelle à Kazu qu’il est temps de s’éclipser avant le rappel. Très rapidement pourtant iels reviennent. Elle s’excuse d’avoir été un peu malade ces derniers jours de tournée. L’accent bizarre ne permet pas de comprendre beaucoup plus à ses explications. Mais ce n’est pas grave. Un dernier morceau et puis s’en va. Kazu démontre qu’on peut être et avoir été, qu’on peut assumer son passé sans l’exploiter. Et que comme son album, son concert n’est pas uniquement destiné aux nostalgiques de Blonde Redhead (qui n’a d’ailleurs jamais annoncé officiellement sa séparation).

Fripouille