Kelis à l’Ancienne Belgique (09/03/2020)

En 1999, Kelis déboulait dans le game des musiques urbaines avec un extraordinaire album, le bien nommé Kaleidoscope. Brassant tous les genres de la musique américaine, du hip-hop au r’n’b en passant par le funk et même le rock tendance Lenny Kravitz (oui, oui je vous l’assure ce n’est pas un gros mot). Puis de disques dispensables en resucées pénibles je l’avais laissé disparaître de mon radar, revenant seulement à intervalles réguliers aux chefs d’œuvres que sont Tasty et Kaleidoscope. Et c’est donc avec une pointe d’appréhension que j’allais voir pour la première fois en 2020 la new-yorkaise. J’avais peur que ça puisse un peu sentir la naphtaline.

À l’AB, on le sait, les horaires sont scrupuleusement respectés. Mais quand on est une star comme Kelis on s’en moque un peu, et c’est donc avec une bonne vingtaine de minutes de retard qu’elle rejoint enfin ses musicien.ne.s, immobiles sur scène depuis un moment. Mini retard d’allumage du micro sur les premières notes de « Mars », mais c’est réglé en quelques secondes par sa précieuse choriste. Et là, directement, la magie prend. Ce morceau, qui annonce sa conquête du monde, est toujours aussi imparable. La basse et les claviers envoient du lourd. Nos booties bougent déjà.  Puis « Good Stuff » et ses samples funkys à souhait, et voilà deux tubes parfaits pour commencer un concert. Que demande de plus le bon peuple d’un lundi soir pluvieux ?

À peine le temps de reprendre son souffle et les morceaux s’enchaînent à toute vitesse, comme si elle n’avait plus de temps à perdre. Rapide évocation par son refrain qui fait hurler la fosse de son feat’ sur « I Got Your Money » de Ol’ Dirty Bastard. S’ensuit un étrange medley entre « Marathon » et « Roller Rink ». Le but semble parfois de faire rentrer un maximum de morceaux dans 80 minutes de concert. « Millionaire » est un des sommets de Tasty et la version est bien vitaminée, les guitares fuzzent à souhait, Kelis et sa choriste se répondent dans une battle qui nous fait nous souvenir que sous le vernis glamour qu’elle a parfois abordé Kelis a aussi un flow digne des plus grandes rappeuses, qu’elle vient aussi de la rue, qu’elle ne doit rien prouver de sa street credibility.

« Get Along With You » est un peu mon plaisir coupable. J’entends toute la démonstration de force, le côté un peu too much des guitares hendrixiennes ou à la Lenny Kravitz, selon les références de chacun.e, mais c’est tellement bon aussi. Puis ça permet de se rappeler que le rock originellement est aussi une musique qui vient de là, des afro-américains. En à peine 50 minutes de concert Kelis a déjà exploré quasi toute la musique de ses cinquante dernières années, il est donc temps d’un peu se poser. Et là, avec son petit cahier, elle s’assied en bord de scène et nous balance deux belles ballades (« Lil Star » et « Suspended »). Ça n’apporte pas grand chose à son œuvre mais ça lui permet aussi de reprendre son souffle dans ce concert qui ne lui a pas encore offert le moindre moment de répit.

Et c’était bienvenu. Parce que les trois méga bombes que sont « Trick Me », « Caught Out There » et « Milkshake » dans une surprenante et agréable version afro-caribéenne, annoncent déjà la fin du concert. Cette fois-ci tout le monde bouge, crie sa joie de retrouver une Kelis en aussi grande forme. On se dit qu’il y a quand même quelque chose à creuser dans son effacement de la hype, que point de vue potentiel tubesque elle n’a certainement pas grand chose à envier à Beyoncé ou Rihanna, ses consœurs contemporaines.

Et là, sans qu’on s’y attende, parce qu’on avait réussi à oublier ça, résonne la grosse électro disco lourdaude de Calvin Harris et son « Bounce » sur lequel elle avait featuré il y a déjà quasi dix ans. Puis il y a  « 4th of July » et sa rythmique de boule à facettes pour fin de soirée bourré. Évidemment, ça fonctionne. C’est de la soupe mais ça s’avale, c’est efficace, ça rassasie une dernière fois avant que les lumières ne se rallument. J’aurais certainement aimé une autre fin, mais voilà, il faut prendre Kelis comme elle est, avec parfois aussi sa propension à sombrer dans le kitsch. Et je ressors quand même avec un sourire sur les lèvres d’avoir eu droit à toute cette Good Stuff.

Fripouille