Kevin Morby au Botanique (10/11/2016)

morbyenteteApproximativement tous les vingt-trois jours, la presse musicale prétend avoir dégotté le nouveau Bob Dylan. Cela pose des questions de crédibilité, bien sûr, mais également de références, puisqu’on peut dire sans craindre de se faire huer comme Bobby lors de ses premiers branchements électriques que son mérite pour les quarante dernières années est davantage d’avoir irrité Alain Finkielkraut que d’avoir sorti un bon album. Mais on digresse.

Concluons cette introduction aussi hasardeuse que la comparaison systématique des chefs de file de chaque nouvelle génération de chanteurs folk à Robert Zimmerman en précisant que, pour le coup, Kevin Morby semble être un choix plus légitime que Jake Bugg. Nous nous sommes donc donné rendez-vous à la Rotonde du Botanique, non pas pour vérifier si Kevin allait sortir son harmonica, mais bien pour se confronter à la prestation du gaillard aux ouï-dire très positifs que nos agents nous ont fait parvenir des quatre coins de la planète « concerts et festivals. »

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Premier constat : la foule ne s’est pas pressée pour venir voir le nouveau Bob Dylan du mois d’octobre 2014. Deux hypothèses : soit le Bruxellois était parti en long week-end ou avait envie d’entamer celui-ci dans une ambiance plus festive ; soit Meg Baird, sorte d’Ólöf Arnalds seule avec sa guitare (peut-être la cousine de Jessica Pratt ?), avait endormi tout l’auditoire lors d’une première partie aussi délicate que soporifique.

Deuxième constat : la Rotonde est une des salles de Bruxelles les plus agréables, visiblement autant pour les artistes que pour le public. Kevin, du haut de ses vingt-huit ans, trois albums solo, quatre sortis avec Woods il tenait la basse lors des débuts du groupe et deux avec The Babies, projet lancé en 2011 avec Cassie Ramone, semble sincère lorsqu’il dit qu’il se rappelle très bien être passé dans cette salle précise il y a quelques années. Perdus dans nos pensées, nous avions à peine remarqué l’entrée en scène de Kevin, paré des mêmes fringues que dans son clip pour Dorothy. C’est parti pour une petite heure de folk-rock mélancolique.

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Il émane du personnage et de son groupe une aura assez ambivalente. D’une part, ils semblent habités par leur musique et par le moment présent, mais en même temps, leurs visages sont graves et n’invitent pas spécialement à la plaisanterie. Peut-être qu’ils ne sont pas de joyeux drilles, ou peut-être sont-ils très affectés par le résultat des élections présidentielles, qu’ils évoquent implicitement entre deux chansons. Musicalement, la performance est propre et nette. Alors qu’on suivait sa discographie d’assez loin, on se rend compte que l’on peut chantonner sur pratiquement tous les titres du set. Le potentiel de chaque chanson paraît plus éclatant dans ces conditions live, particulièrement intimes et acoustiquement impeccables, qu’il ne l’est sur disque ou ne pourrait l’être en festival. Le jeu de scène est sobre sans être statique, Meg Duffy assure la guitare lead et les secondes voix avec beaucoup de brio, la partie rythmique assure avec nuance et le son est agréablement bien équilibré.

Les fans, dont je ne fais pas partie mais je vous rappelle que je possède ce que certains appellent « la fibre professionnelle », auront remarqué que la majeure partie de Singin Saw, le dernier album, a été joué, mais que Kevin a eu la bonne idée de parsemer le set des meilleurs morceaux de Harlem River et Still Life, ses deux disques précédents. Si le prochain est du même niveau qualitatif, on reviendra le voir avec plaisir.

Maxime Verbesselt

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