Kompromat aux Nuits Botanique (04/05/2019)

kompromat_300x666Je suis d’une admiration béate devant presque tous les projets de Julia Lanoë (Rebeka Warrior) que ce soit au sein de Sexy Sushi ou de Mansfield Tya. Quand il a été annoncé qu’elle bossait avec Vitalic sur un nouveau concept nommé Kompromat, j’étais excité comme une puce. Le clip envoûtant et perturbant de « Niemand », réalisé par Bertrand Mandico (Les garçons sauvages), donnait déjà un aperçu de la réussite de l’album Traum und Existenz paru il y a quelques semaines. Malgré le son franchement électro, parfois techno, j’y entendais plus de Mansfield Tya que de Sexy Sushi et ce n’était pas du tout pour me déplaire. Si en concert, j’aime autant les deux, il m’a toujours semblé plus simple d’écouter les premières nommées chez soi.

Une « deuxième première partie » assurée par les zinzins de Kap Bambino était une autre raison de considérer cette soirée comme un des musts de la cuvée 2019 des Nuits Bota. « Deuxième première partie » parce que conscience professionnelle oblige, j’arrive dès 19h30 pour la vraie ouverture effectuée par Glauque. J’avais déjà eu l’occasion ici même de faire part de mes sentiments mitigés à leur égard. Dans la grandeur froide du chapiteau, devant un public clairsemé et distrait, mes réticences prennent tout leur sens. Tout est surjoué, l’énergie paraît artificielle, et « vas-y qu’on te balance des grosses basses dans la gueule pour faire oublier la faiblesse des compos ». Puis la logorrhée, parlons-en : ça n’arrête jamais, trop de mots pour dire l’égo trip à tendance auto-flagellatrice et la misogynie qui ne dit pas sincèrement son nom. Heureusement qu’ils sont blancs et chics, sinon Dominique Leroy aurait demandé à ce qu’on les bannisse à tout jamais de tout événement sponsorisé par Proximus. Mais bon, je ne suis pas là pour ça, alors je ne vais pas m’éterniser sur leur cas.

20h20, Kap Bambino arrive, Caroline, pseudo robe de mariée, grosses baskets, perfecto et capuche, à la fois as de pique et reine de cœur, entonne d’étranges vocalises discordantes peu agréables. Puis le concert commence réellement. Arpentant la scène avec une énergie dingue, de sa voix criarde qui rappelle les mangas télévisés, elle contrebalance les beats de Foire du Midi sous acide de son comparse. Ça danse, ça remue, c’est malade, presque douloureux, pas toujours de bon goût, et c’est ça qui est délicieux aussi. On sue, on est un peu hébétés, et si les Kap Bambino ont perdu un peu de leur sauvagerie originelle, il leur reste quand même des tonnes de sueur âcre à disperser un peu partout dans le monde.

kompromat_850x300Kompromat en toutes lettres lumineuses en fond de scène, Vitalic, discret derrière ses machines, Rebeka jeans noir, tee-shirt noir, lunettes noires, bombers noir; le ton est donné des leur arrivée. Après un effrayant et obsédant « Possession » et son maléfique choeur d’enfants, on rentre dans le vif du sujet. Entre techno berlinoise dure et intransigeante et dark wave sans concession, la voix de Rebeka et les textes en allemand sont les éléments pop du soir; c’est tout dire. Pourtant, ça ne tabasse pas vraiment, c’est bien plus pernicieux que ça, ça rentre dans le cerveau par les tripes. Ça martèle nos esprits pour y laisser une trace indélébile. Rebeka, qu’on a connu plus déconneuse, ne pipe mot entre les morceaux; pas le temps pour ça, à peine celui de prendre une gorgée de Maes.

Puis vient le moment slow. Adele Haenel, la comédienne française, vient rejoindre le groupe sur scène. « De mon âme à ton âme », comme sur disque, devient un duo intense rempli d’amour qui aurait aussi pu être un sommet du répertoire de Mansfield Tya. Il y a le même étrange mélange d’innocence et de souffrance, de lumière sombre. Un kiss plus tard et ça repart.

Le ton se durcit encore, on danse toujours comme dans une fête triste et désespérée et cathartique. Les quelques regards échangés entre Rebeka et Pascal confirment l’alchimie. Les jeux de lumières s’intensifient, se stroboscopisent. L’ambiance est celle d’un club au milieu de la nuit, plus celle du Botanique à 22h, et nous y sommes des prisonniers volontaires, nous ne voulons pas quitter la salle, le dehors est encore pire.

1h05 et c’est emballé/pesé, on ressort fourbus, le froid de mai ne suffit pas à nous faire sortir de notre torpeur. Alors quand commence le set de Molécule, je me force un peu à y retourner. Pendant une vingtaine de minutes, je subis une techno limite EDM sauvée à peine par quelques bidouillages grinçants, alors je décide de m’éclipser. En rentrant à pied, je me dis qu’il faut vraiment que j’aille un jour à Berlin, Munich, Dusseldorf ou Cologne voir l’origine de tout ça.

Fripouille

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