La Comtesse aux seins nus (Jess Franco, 1974) au Offscreen Festival

lacomtesse_300x666Il faut toujours se méfier des jeunes muettes qui aiment beaucoup se promener seins nus et qui veulent faire l’amour avec tout le monde. Ceci pourrait être une esquisse de pitch de La Comtesse aux seins nus. Je n’avais jamais vu de film de Jess Franco, je suis bien content de m’être rattrapé avec cet exemple de cinéma de genre flirtant avec le porno représentatif d’une certaine forme d’underground des années 70.

Une femme muette revient à Malte sur la terre de ses ancêtres. Elle porte une très belle cape noire qui lui donne une aura mystérieuse. Sous la cape grande ouverte, elle ne porte rien, parce que ce sont les années 70. Et parce que ce sont les années 70, personne n’a l’air d’y prêter une grande attention, même si on se doute que ça facilite sa séduction de mante religieuse aux méthodes vampiresques.

Une mante religieuse oui, mais avec une conscience. Comme dans certains films de vampires, il y a une culpabilité par rapport à la mort donnée, à la transmission du virus. Ici, ça s’exprime par une voix off entre philosophie poétique et kitsch de la langue, mais il s’agit quand même d’une très belle idée de cinéma. La voix off a été utilisée tant et plus dans l’histoire du septième art, mais à ma connaissance pas pour illustrer les pensées d’une muette.

Le personnage principal est muet et à certains moments même si ça amuse mon mauvais esprit je le regretterais presque tant les dialogues à la limite de l’absurde et du non-sense entre les personnages secondaires me réjouissent eux aussi. Dialogues entre personnages secondaires oui tant on sent le plaisir que prend Jess Franco à filmer sa muse Lina Romay sous tous les angles…

lacomtesse_850x300Comme dans un film porno l’intrigue semble souvent un prétexte à faire un maximum de scènes de cul. Comme dans beaucoup de films porno des années 70 pourtant quelque chose se passe dans les scènes de comédie, une forme de légèreté mais aussi une idée politique de ce que pourrait être une contre-culture ayant comme moteur la liberté.

Parce que l’on est dans un film de Jess Franco, réalisateur réputé pour ses obsessions sexuelles multiples, on est évidemment dans un film de vampires qui par bien des aspects dépasse l’érotisme souvent propre au genre. Jamais la métaphore de la petite mort n’a aussi bien porté son nom. Le sperme et le sang pris aux victimes ont la même importance pour notre héroïne, et ils meurent dans un ultime orgasme, comme dans un dernier rêve. Sexualisation à outrance également parce que tout devient symbole phallique : la scène de fellation à un barreau de lit est exactement le genre de choses qui a permis à Jess Franco de devenir à ce point un réalisateur culte.

Une autre raison pour laquelle il a fini par s’imposer comme un cinéaste underground important réside aussi certainement dans le fait qu’en dépit des clichés de son cinéma et les maladresses de facture, une forme de poésie, de singularité et d’esthétisme se dégage quand même de La Comtesse aux seins nus. Et après cette première expérience, il est certain que je vais essayer de voir nombre de ses films sur grand écran lors de quelques rétrospectives, lors de quelques Offscreen ou à toute autre occasion.

Fripouille

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