La Femme – Mystère (2016)

lafemme_300x666Ils nous avaient enchanté avec la sortie de leur EP en 2010, ils nous avaient ébloui avec leur album Psycho Tropical Berlin paru en 2013, alors autant dire qu’on attendait énormément du nouveau disque de La Femme. Sorti il y a quelques jours, tout juste six mois après la sortie du premier single « Sphynx », Mystère porte merveilleusement bien son nom tant le groupe a été évasif sur le chemin qu’il prenait, la faute à trois singles aux antipodes musicaux les uns des autres, mais surtout car leur musique reste insondable.

C’est avec une certaine fébrilité que je lance pour la première fois Mystère, deuxième disque du groupe originaire de Biarritz. En effet, alors que « Sphynx » sortait le jour de mon anniversaire et ravissait ce dernier de par ses sons électro pleins de mysticisme qui ne pouvaient qu’augurer du bon voire du meilleur pour la suite, c’est avec une légère déception que je découvrais « Où va le monde », le deuxième single. Finie l’électro langoureuse : ce morceau nous rappelle les 70’s voire plus loin encore avec son ambiance western spaghetti légère aux textes désuets. Puis vient « Septembre », paru quelques jours à peine avant la sortie de l’album, et je me dis à ce moment-là que ce disque ne pourra que me décevoir. Car malgré son clip plein de charme, je suis déroutée par les paroles et ce chant frôlant la niaiserie, et je n’adhère pas du tout. Sauf que je me rends rapidement compte que ça a toujours été comme ça pour La Femme : assez inégal et pourtant magique dans son ensemble. Je décide alors de redonner une chance à ce single et petit à petit la magie opère et mes oreilles adhèrent aux subtilités de la musique tout en me hérissant le poil et en me faisant mouiller les yeux. Et malgré mes craintes que le groupe ne tombe dans la facilité, la faute à une popularité croissante et donc dangereuse ces deux dernières années, je me rassure en me disant que tout ça n’a rien de mainstream, au contraire.

lafemme_850x300Et c’est le cas de tout l’album Mystère. En effet, si le groupe a intégré des ballades tristes (cet album est le résultat évident d’une rupture douloureuse et de désillusions amoureuses diverses et variées) et à première vue beaucoup trop simples, La Femme a gardé son identité propre, à la croisée de multiples influences dont on se délecte avec un ravissement non dissimulé. Dès le deuxième titre la cassure est violente (passer de « Sphynx » à « Le vide est ton nouveau prénom », fallait oser) mais que dire de cette chanson dont la beauté n’a d’égal que la tristesse qui en ressort si ce n’est qu’il est le genre de morceau calme qu’il manquait à la discographie du groupe. Puis arrivent « Tatiana », « S.S.D » et « Exorciseur » et mon cœur, mes bras et mes jambes ne cessent de s’emballer grâce à des sonorités punchys et ultra efficaces qui nous rappellent ce que La Femme a de meilleur, un mélange d’influences entre ce que les années 70 et 80 ont fait de mieux. Puis vient « Elle ne t’aime pas », deuxième partie d’un triptyque amoureux démarré avec « Le vide est ton nouveau prénom » et terminé par « Tueur de fleurs », les trois plus intéressants et douloureux les uns que les autres. Et au milieu de ça la formation biarrote pose « Mycose », titre tout à fait dans l’esprit des débuts du groupe, avec des textes absurdes et terriblement premier degré qui nous démontrent bien que La Femme ne fait pas de concession. Écrire une chanson sur une infection vaginale alors qu’ils ne font pas de métal, il n’y avait qu’eux pour le faire, c’est certain.

lafemmee_850x300Mais c’est aussi à partir de là que l’album redescend pour moi. En effet, si j’ai une affection toute particulière pour le rythme surprenant car teinté d’Espagne andalouse de « Psyzook » et que je me laisse porter très très haut par « Vagues », titre de treize minutes qui ne cesse de nous tenir en émoi  jusqu’à un final pink floydien où les guitares psyché prennent le relais d’une ambiance onirique envoutante, les morceaux qui constituent la deuxième partie de l’album (me) laissent plus de marbre. Pourtant je ne peux que saluer une fois de plus l’expérimentation et l’originalité des sonorités, notamment dans « Al Warda » et son chant en arabe, ou bien l’utilisation de l’anglais, et ce pour la première fois, via le titre « Always In The Sun », ou encore les rythmes entraînants si propres au groupe de « Le chemin » ou « Couteau », mais ce ne sont pas là pour moi les meilleurs titres. Et je ne saurais même pas dire « dommage » car comme écrit plus haut, je n’ai jamais été totalement conquise par l’ensemble de La Femme, ni totalement déçue, loin de là. Je peux donc dire sans détour que le groupe a une fois de plus accouché d’un bébé à la hauteur de son univers, aussi puissant que le premier malgré ses différences, peut-être plus simple mais à la fois plus poussé, et dont la dinguerie assumée est plus que salutaire dans une époque où le format radio voit les artistes se vider de tout leur (pur) sang.

Merci donc à La Femme d’être resté tel quel, une entité à part entière dont on n’est pas prêt de percer le secret, qu’il soit musical (le groupe s’apparente presque plus à un collectif à géométrie variable tant il y a de featurings et de changement de direction artistique) ou physique (leurs tenues scéniques qui diffèrent totalement à chaque apparition sèment le trouble sur l’identité de chacun). Vraiment, merci.

Hélène

Tracklist

01. Sphynx // 02. Le vide est ton nouveau prénom // 03. Où va le monde // 04. Septembre // 05. Tatiana // 06. Conversations nocturnes // 07. S.S.D // 08. Exorciseur // 09. Elle ne t’aime pas // 10. Mycose // 11. Le tueur de fleurs // 12. Al Warda // 13. Psyzook // 14. Le chemin // 15. Vagues //  16. Always in the sun // 17. Couteau

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