La Japanimation à votre chevet pendant le confinement

D’aussi loin que je me rappelle, la Japanimation m’a toujours parlé. À 6 ans, j’allais voir Le voyage de Chihiro avec mon papa au cinéma. À 7 ans je pleurais de ne pas pouvoir regarder Les chevaliers du Zodiaque après l’école pour cause de classe verte. Vers 10 ans j’ai découvert Fullmetal Alchemist et Bleach qui restent encore aujourd’hui des œuvres majeures de mon imaginaire, etc. Toutefois, en grandissant, ma passion s’est peu à peu ténue, laissant la place à d’autres centres d’intérêt. Et puis, courant 2019, m’est venu l’idée d’enfin finir avec Naruto, d’enfin voir Monster en animé ou de regarder l’énigmatique Neon Genesis Evangelion, trois classiques dans leurs genres respectifs.

Ceci fut suffisant pour me remettre le pied à l’étrier et entamer l’année 2020 avec une faim d’animation japonaise toujours plus grande. Autant dire que le confinement aidant, j’ai eu le temps de penser à toutes ces séries que j’avais pu dévorer récemment et en voici quelques unes pour vous donner quelques idées en cette période si peu réjouissante. 

Beastars (2019 – …)

Dans un monde peuplé d’animaux, on suit les péripéties de Legoshi, un loup gris lycéen de 17 ans qui refoule ses instincts. En effet, les carnivores sont perçus comme potentiellement dangereux et il leur est interdit de manger de la viande, sous peine d’être arrêtés pour meurtre. Cependant, un soir où Legoshi se trouve devant le théâtre du lycée, il sent l’odeur d’une lapine alentours et se rue dessus, ne sachant si c’est son instinct carnivore ou une potentielle excitation qui le pousse à faire ça.

Je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre avant de lancer le premier épisode mais après avoir fini la première saison, je n’attends qu’une chose : la suite ! Tout d’abord parce que l’histoire a le bon goût de se dérouler à un bon rythme sans vouloir tout nous donner tout de suite, ce qui fait qu’on n’a jamais l’impression d’arriver à un épisode de remplissage. Et même si cette première saison ne fait que douze épisodes, on a le temps de voir plein de choses différentes et d’aborder divers sujets allant de la discrimination à l’acceptation de soi en passant par les premiers amours et les petits tracas de la vie quotidienne.

Ensuite, et pour rebondir sur ce que je viens de dire, c’est vraiment surprenant de voir comme ces animaux arrivent à retranscrire si bien ces émotions et sentiments qu’on peut ressentir à cet âge-là. Les plus sensibles pourraient même lâcher une larmichette par-ci par-là.

Comment aussi ne pas parler de cet opening (« générique d’ouverture » pour les non initiés) ? Tout est impeccable dedans : la musique qui flirte avec le rap et le jazz, l’animation en stop motion à la manière de Wallace et Gromit durant notre enfance, la manière d’amener des éléments importants de l’histoire sans trop en dire. C’est simple, je n’ai pas réussi à me résoudre à le passer une seule fois.

Enfin, l’animation en 3D tout du long ne fera pas défaut une seule fois, contrairement aux désastres qu’on a déjà pu voir dans L’attaque des Titans ou dans l’adaptation 3D de Berserk, et c’est même (étonnamment) les passages en 2D qui sont plus fades et oubliables.

Tout ça pour vous dire : foncez dessus, c’est sur Netflix en 12 épisodes de 25 minutes, et ce serait vraiment dommage de passer à côté alors que vous avez du temps devant vous.

Dororo (2019)

L’histoire se déroule pendant la période Sengoku au Japon. On suit l’histoire d’un jeune homme nommé Hyakkimaru dont la venue sur Terre fut tourmentée. En effet, avant sa naissance, son père, un noble d’une province japonaise, fait un pacte avec douze démons pour combler son ambition et promet de leur offrir tout ce qu’ils voudront en échange. À la naissance de l’enfant, les démons le frappent de leur malédiction, lui prenant douze parties de son corps. Son père, ayant compris ce qui se passe, décide d’abandonner sa progéniture car il ne lui sera plus d’aucune utilité; Hyakkimaru est alors sauvé par un médecin qui lui donne des prothèses afin de combler ses divers handicaps. S’ensuit alors une quête pour retrouver toutes les parties de son corps qui lui ont été arrachées. 

Je m’en suis rendu compte après avoir fini l’animé mais on touche ici au divin étant donné qu’il y est question d’une nouvelle version du manga de 1967 de monsieur Osamu Tezuka, créateur entre autres d’Astro le petit robot (aussi connu dans une autre version sous le nom d’Astroboy) ou du Roi Léo, dont le surnom n’est ni plus ni moins que le « Dieu du manga », excusez du peu.

Et pourquoi donc c’est bien ? Parce que le contexte historique est (de ce que j’ai pu comprendre) très bien exposé. On n’est pas ici dans une œuvre avec un Japon moyenâgeux embelli qui met des étoiles dans les yeux. Ici, le Japon, en proie aux guerres de territoires, est sale et ne fait pas de cadeaux aux plus faibles, ce que les personnages vont comprendre petit à petit, parfois douloureusement.

De plus, le duo que forme Hyakkimaru et Dororo est très touchant, et même si nombre de personnages n’auront de cesse de répéter que Hyakkimaru n’est qu’un pantin, c’est un duo profondément humain qui déchire le cœur à plusieurs occasions.

Par contre quelques points faibles à remarquer : une animation parfois aux fraises, quitte à se demander si cette adaptation ne date pas d’avant 2019, la première musique de l’opening que je ne peux tout simplement pas supporter et le doublage de Dororo qui pourra parfois vous faire déraper à grands coups de « il va la fermer oui ?! ».

Et ici, nul besoin de passer par Netflix, toute la série est disponible sur YouTube en VOSTFR ! Vous avez donc encore moins d’excuses que certaines des autres séries de cette liste.

Devilman Crybaby (2018)

Ici, l’histoire prend place au Japon à l’époque actuelle. Akira, jeune lycéen pleurnichard, retrouve un jour son vieil ami Ryo plus ou moins par hasard et celui-ci l’enjoint à le rejoindre pour l’aider à enquêter sur une antique race oubliée : les démons, car ceux-ci commencent à réapparaitre au cours de Sabbats (qui sont en fait des énormes rave parties). Arrivé à un Sabbat, Akira ingère une drogue qui finit par le transformer en Amon, un terrifiant démon à la force démesurée, juste comme l’espérait Ryo. Cependant, même en acquérant ce pouvoir, la gentillesse et l’empathie d’Akira gardent le contrôle et lui permettent d’utiliser ce pouvoir pour une juste cause. 

Ici encore on touche à du très lourd car on est carrément dans une réinterprétation moderne de Devilman du vénérable Go Nagai, papa de, s’il vous plait, Goldorak parmi d’autres choses. La série se dévore toute seule et très rapidement car l’histoire se termine en dix épisodes de 25 minutes.

Commençons par le point le plus problématique de la série et qui décidera rapidement de si oui ou non vous l’apprécierez : l’animation. Elle est incroyablement psychédélique et prend assez régulièrement des libertés avec la perspective ou la logique. De plus, habituez-vous à des personnages ultra filiformes qui vous feront probablement douter plus d’une fois des notions d’anatomie de la production derrière la bête. Si pour vous c’est un handicap n’essayez pas de regarder la série, mais pour les autres, foncez car elle permet justement d’accentuer bien des situations, en particulier dans l’épisode 8 qui pourrait bien faire fondre les plus sensibles ou encore dans la scène finale de la série.

Quoi d’autre ? La musique bien sûr ! À mi-chemin entre une ode à la synthwave qui m’est chère et la techno (rave parties oblige), si vous êtes un adepte de soirées endiablées ou de conduite nocturne, la BO aura tout pour vous plaire (hormis peut-être l’opening qui n’est pas particulièrement marquant).

Enfin, la manière qu’a le manga d’aborder bien des sujets d’une manière crue ferait presque oublier que le matériau de base date de 1972. Bref, à voir impérativement !

De nouveau, c’est disponible sur Netflix en dix épisodes, alors donnez-lui au moins sa chance.

Made in Abyss (2017 – …)

Dans une ville bordant un trou incroyablement profond il est de bon ton d’être un explorateur chevronné qui osera partir à l’assaut du gouffre et de ses trésors. Rico, orpheline et apprentie exploratrice, l’a bien compris et rêve de devenir un « sifflet blanc », ces explorateurs les plus respectés, comme feue sa mère. Mais un jour, alors qu’elle s’exerce avec les autres élèves de sa promotion, elle est sauvée de l’attaque d’un monstre du gouffre par une sorte de cyborg qu’elle se décidera à recueillir. Peu de temps après, une lettre et le sifflet de sa mère remontent du trou et ne lui laissent qu’une idée en tête : partir à sa recherche au fond du gouffre, pourtant réputé extrêmement dangereux.

Sans vouloir trop en dire sur le développement de l’histoire, j’aurais pu dire qu’on a ici un petit bonbon tout sucré avec ses personnages au charadesign terriblement mignon (même les « méchants », c’est dire) et à l’innocence touchante, mais peu de temps après l’entrée dans le gouffre des protagonistes, tout s’inverse et on se retrouve plutôt face à un bonbon enduit d’arsenic, quitte à vous faire froid dans le dos par moments, sans pour autant verser dans le sensationnel à tout prix. Et c’est d’ailleurs ce qui fait toute la singularité de cet animé qu’on suit avec attention tout du long car l’histoire nous fait beau voyager, les motivations des personnages restent tout de même plutôt classiques.

Le premier épisode est disponible sur la chaine YouTube de Wakanim. Pour la suite, vous pouvez la voir sur leur site gratuitement en étant interrompu par une pub en début et en fin d’épisode ou moyennant un abonnement.

Little Witch Academia (2017)

Akko est une jeune fille qui, depuis qu’elle a vu le spectacle de la sorcière Shiny Chariot, ne rêve que d’une chose : devenir elle aussi une sorcière et un jour rencontrer son idole dont on a perdu la trace il y a de ça une dizaine d’années. Pour ça, et alors qu’elle n’est pas issue d’une famille de sorcières, elle intègre la prestigieuse école de sorcellerie Luna Nova, dans un village qui rappelle étrangement l’Angleterre. 

Avis aux potterheads de tous poils qui en ont assez de voir et revoir en boucle les mêmes films ou de lire encore et toujours les mêmes bouquins, voilà l’alternative du pays du soleil levant. Impossible de rester insensible entre les musiques féeriques (amour infini pour le premier opening qui m’a volé mon cœur) ou les personnages et environnements riches en couleurs. Le petit bonbon qui te mettra de bonne humeur pour le reste de la journée en somme.

Pour le reste, l’humour est parfois un peu bêbête mais je suis certain qu’il arrivera à vous arracher un rire à un moment ou à un autre tant Akko et ses amies forment une bande de joyeux lurons.

L’animation est ici chapeautée par le très bon studio Trigger qui se fait une spécialité de l’animation ultra vive et pleine d’énergie et ça se ressent particulièrement dans tous les passages sur des balais volants ou dans les quelques combats que la série offre.

Encore un mot pour le studio qui a aussi scénarisé l’histoire étant donné que ce n’est pas une série adaptée d’un manga. Et cela me rend d’autant plus admiratif car même si le scénario n’est pas révolutionnaire et peut parfois être longuet par moments il est bien réalisé et distille ci et là quelques rebondissements bienvenus.

Avec tout ça, croyez-moi, il n’est pas impossible qu’un dimanche soir en pyjama vous vous leviez de votre canapé en criant « votre magie c’est d’y croire ! » (je parle en connaissance en cause).

À nouveau, c’est très simple à trouver : rendez-vous sur Netflix pour regarder ces 25 épisodes enchanteurs.

Vinland Saga (2019 – …)

Nous sommes cette fois dans un petit village islandais au début du XIème siècle, en plein âge d’or des vikings. Thors, illustre guerrier danois, s’y est installé avec sa famille afin de fuir les combats qui ne l’intéressent plus. Il sera toutefois rattrapé par son passé lorsque d’anciens camarades viennent le trouver et troublent sa vie paisible de père de famille afin de l’embrigader pour aller piller l’Angleterre. Son fils, Thorfinn, abreuvé par les histoires du vieux Leif au village, rêve lui aussi de partir guerroyer tout en découvrant le monde et s’embarque avec son père dans cette aventure. 

Si vous êtes friands d’adaptations animées alors la bande derrière cette merveille vous dira quelque chose : Wit Studio, ni plus ni moins que le studio derrière L’attaque des Titans. Ça vous place directement le niveau des gars en animation très, très haut. Et le moins qu’on puisse dire c’est que c’est bien là l’une des, voire la plus grande, qualité de cet animé. C’est simple, tout est parfaitement fluide, les combats sont incroyablement dynamiques et font faire des montagnes russes à notre cœur, et pour couronner le tout la direction artistique fait voyager. On aimerait pouvoir aller se perdre dans ces paysages féoïens, islandais, gallois ou anglais.

L’autre immense qualité de cette adaptation est celle des doubleurs qui est à tomber à la renverse tant leur prestation est intense et insuffle un véritable charisme aux personnages (je pense particulièrement à Thors ou Askeladd, qui auraient été capables de me faire questionner ma sexualité).

De plus, l’animé prend la liberté de réadapter la timeline du manga originel et rend le tout plus agréable à suivre et plus immersif.

Et si, en prime, ce qui touche aux mythes et légendes ainsi que les intrigues politiques vous parlent, aucune raison d’échapper à cette grande réussite dont on attend impatiemment une suite qui n’a pas encore été annoncée.

Tout comme Dororo, c’est disponible sur YouTube en VOSTFR donc vous seriez impardonnables de ne pas y jeter un œil !

En guise de conclusion je ne saurais que vous recommander de regarder ces séries-ci et d’y ajouter les énormes L’attaque des Titans, One Punch Man ou Demon Slayer, le classique Jojo’s Bizarre Adventure enfin disponible sur Netflix, la valeur montante Promised Neverland (que je n’ai pas encore fini), le sympathique mais malheureusement bon deux saisons sur trois Seven Deadly Sins, le drôle et très court Aggretsuko ou encore le très original mais dérangeant Gambling School (ces trois derniers disponibles sur Netflix).

Vous ne pourrez pas dire qu’on ne vous a pas donné de quoi rester chez vous pendant ce fichu confinement…!

Maxime S.

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