L’arabe du Futur 2 : une jeunesse au Moyen-Orient (2015)

Sans titreIl n’aura pas fallu longtemps à Riad Sattouf pour revenir sur son « autobédégraphie » : L’arabe du Futur. Rappelez-vous en 2014, il sortait le premier tome, où l’on parcourait l’histoire de sa petite enfance pour la moins atypique. Voyageant de la Bretagne à la Syrie en passant par la Libye, ce premier récit plaçait les bases de l’aventure Sattouf. Après avoir était élu album de l’année au Festival d’Angoulême et moins d’un an après sa sortie, voici le tome deux. Et cette fois, on relate la vie d’un blond bouclé en Syrie dont l’innocence est diamétralement opposée à la violence de ce pays.

L’histoire reprend là où on l’avait laissée : Syrie, 1985, la famille Assad est déjà au pouvoir avec son régime autoritaire. Son père qui rêve de faire construire un palais sur son champ, sa mère bretonne qui ne sait toujours pas ce qu’elle fait là, le petit frère et Riad, qui à six ans commence sa scolarité.

Armé de son second degré foudroyant, Riad Sattouf, l’adulte d’aujourd’hui, dégaine une innocence jouissive et superbement écrite et dessinée. À l’instar du tome un, les souvenirs sont beaucoup plus forts et précis. Finies les bribes et anecdotes éparses, ici il y a le regard d’un enfant dans un monde qui le dépasse. Blond et bouclé, il est donc « le sale juif » dans un Syrie en pleine guerre avec Israël. Au milieu de ce tableau tendu, on découvre Riad dans un monde qui peut paraître brut et archaïque. Un uniforme patriotique à l’école, un père plus tourné vers les régimes totalitaires que la démocratie et surtout un gamin de six ans qui a passé sa tendre enfance dans une France complétement opposée à la vie syrienne.

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Ce clivage France/Syrie permet à Riad Sattouf de décrire sa scolarité syrienne de façon comparative et de faire des allers-retours sur l’éducation entre ces deux pays. À l’image de son institutrice, qu’il décrit comme la pire des tortionnaires et qui peut correspondre à l’image d’un maitre des écoles dans les années soixante en France. La famille Sattouf oscille au milieu d’un rêve de réussite d’un père et de sa morale assez limitée aux traditions et une mère perdue dans une Syrie qui ne correspond en rien à son milieu social d’origine.

Derrière le ton léger se cache une critique vive de sa vie syrienne. Entre l’honneur d’une famille, la difficulté du petit Riad à comprendre ce pays et une famille paternelle très traditionnelle on suit le parcours de cet enfant qui entame tant bien que mal sa scolarité.

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Le jeu des couleurs est toujours aussi important avec le rouge représentant la période syrienne et le bleu sa période française. Un rouge pas si vif que cela : sur un ton rosé, cette couleur permet à Riad Sattouf de dépeindre un pays où le négatif n’est pas toujours omniprésent. Son père, peu importe sa mentalité, l’aime profondément et souhaite que son fils s’épanouisse, maladroitement la plupart du temps.

Avec ce deuxième tome, il frappe très fort. L’humour établi dans l’ensemble de la BD cache en fait une sérieuse histoire, dure et profondément encrée dans la mémoire de Riad. On comprend de plus en plus pourquoi il l’exprime. C’est un exutoire pour l’auteur mais surtout un message universel. Avoir grandi ailleurs et pouvoir réellement décrire comment cela s’y passait, voilà une force que Riad Sattouf dévoile en images de façon magistrale et avec une justesse terriblement humaine. Le tout vu par un enfant de six ans qui regarde le monde comme on a pu le regarder à cet âge en Europe, mais qui lui l’a vu depuis la Syrie. Attention, chef d’œuvre !

Paulo

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