Le clip de La Chica Belleville par Temple Caché est à écouter, regarder puis écouter puis regarder…

« Be Able » de La Chica Belleville, c’est un clip à voir et à entendre plusieurs fois. Tout le monde s’accordera pour dire qu’il est envoûtant et bourré de références et c’est la moindre des choses à dire. En fait, pour tenter de le comprendre, il faut partir de la base : ses créateurs. D’abord, il y a La Chica Belleville, une franco-vénézuélienne qui fait de la cumbia électronique planante et douce comme un doux pétard avalé face à un océan qui s’éclate sur des rochers pixélisés et bleus. Puis il y a Temple Caché, autrefois MaKé, mais maintenant un couple de créateurs parti respirer sous des airs plus méditerranéens.

Le clip « Be Able », c’est la fusion de ces trois esprits. Une volonté d’être, une volonté de lâcher prise et un regard à la fois esthétique et critique qui passe gracieusement bien.

Ce qui percute directement dans ce clip, c’est le travail graphique de Temple Caché. Sous couvert de détourner des publicités rétro pour mieux en révéler leur insanité – procédé classique de la critique de l’esprit consumériste -, la vidéo fait apparaître des chairs et des profondeurs gluantes. Celles-ci deviennent rapidement hypnotiques avant de se transformer en couloir de la pensée pour soudain, nous ramener dans un monde en noir et blanc. Là, les individus sont propulsés loin des bases tangibles, ils volent dans une immensité photoshopée, traversent les nuages gris et finissent dans un cosmos bicolore, comme celui retransmis cathodiquement lorsque Neil Armstrong a fait son grand pas pour l’humanité.

Pendant que Temple Caché joue avec les métaphores et les images à sens multiples, La Chica parle de se « levantar », soit « gicler dans l’immense espace galactique de la relaxation » selon mon Google Translate. Elle fait pianoter des fluides sonores sur ses incantations répétitives et Pink Floyd espère une fois de plus que tu sois là. Oui, ces derniers mots étaient une référence à l’album Wish You Where Here qui apparaît en flamme et de façon industrieuse dans un clip qui, définitivement, mérite le détour.

Temple Caché utilise le faux pour dénoncer le faux. Dans une tentative de dénoncer l’irréel, il nous plonge encore plus dans le rêve et le fantasmagorique. Sauf que là, derrière ces publicités déchirées, ces utopies sous prozac et ces névroses en papier glacé, on voit apparaître la respiration que les graphistes ont pris ces dernières années : un gros plongeon dans le vide qui les a fait voler très haut, très très haut. Pour notre plus grand plaisir.

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