Le cœur régulier – Olivier Adam (2010)

lecoeurégulier_300x666Couverture épurée au possible, titre n’évoquant pas grand chose, le roman d’Olivier Adam n’avait à la base rien pour m’attirer. Mais une fois n’est pas coutume, j’ai écouté les conseils parentaux et me suis lancée dans ce roman (onzième du nom pour l’auteur) dont je ne suis pas ressortie totalement indemne, pour changer…

Paru chez Les éditions de l’Olivier en 2010, Le cœur régulier d’Olivier Adam nous emmène au Japon où Sarah, après la mort de son frère, cherche des réponses. En effet, son frère jumeau Nathan a perdu la vie quelques mois auparavant dans un accident de voiture mais sa sœur pense directement au suicide. Au vu de la vie que menait son jumeau, un jeune écrivain paumé et alcoolique, elle ne peut s’ôter de la tête cette terrible idée. Apprenant qu’il avait passé plusieurs semaines dans une ville réputée pour sa côté meurtrière d’où se jette un paquet de gens, Sarah décide de se rendre là-bas afin de tenter de comprendre ce qu’il s’est passé et surtout pourquoi cette ville a transformé son frère. Quittant mari, enfants et vie soi-disant parfaite, elle se lance dans un voyage qui ne laissera personne indemne, et surtout pas elle…

Connu avant tout pour l’adaptation cinématographique de son premier roman Je vais bien, ne t’en fais pas sorti en 2000 (2006 pour la sortie sur écrans), Olivier Adam nous bouleverse avec une de ces dernières parutions en date. Suivre les traces de cette sœur elle-même troublée par celles empruntées par son frère, on se retrouve complètement englué dans cette histoire qui ne cesse d’évoluer, entre flashbacks, rencontres et découvertes sur des vies que l’on croit tout connaître. Sortis tout droit de la classe moyenne française la plus banale, Sarah et Nathan sont des jumeaux hors des rangs. Toujours en marge de leurs camarades de classe ou plus tard de leurs collègues de boulot, leurs vies vont soudain se séparer, notamment lorsque la sœur décidera de se ranger, famille et travail à la clé. Écorché vif, Nathan partira dès lors dans une vie loin d’être tranquille, entre petits boulots, alcool et tentative d’écrire un roman.

lecoeurrégulier_850x300Cette histoire, simple au demeurant, ne cesse de nous surprendre, ou tout du moins de nous donner envie de voir plus loin, de savoir, d’obtenir des réponses, tout comme Sarah en cherche. L’auteur nous conte en effet avec un très grand talent et surtout toujours la bonne mesure ce récit sur fond mélancolique. Il le fait d’ailleurs tellement bien que j’ai été surprise de voir que l’auteur derrière cette histoire à fleur de peau avait été écrite par un homme. En effet, on croirait lire une autobiographie sortie tout droit de la plume d’une femme, tant les émotions et ressentis sont parfaitement retranscrits (la vision du mari « si parfait » mais en réalité si irritant, le déchirement lorsque les enfants ne sont plus les petits bouts aimants que l’on connaissait, la vision du sexe,…). On espère d’ailleurs que l’adaptation cinématographique en cours le sera tout autant…

L’écriture est d’ailleurs toute en contraste avec cette histoire retorse et complexe. En effet, Olivier Adam a une plume très simple (ici, pas de métaphore et autre figure de style), ce qui nous donne d’autant plus la sensation de lire une sorte de journal intime. Les descriptions y sont détaillées sans être lourdes, et on se plait à s’imaginer ce Japon pourtant couvert de nuage et pluvieux. L’auteur parvient à nous faire ressentir la houle et ce goût salé de la mer, nous glace les os avec cette bruine permanente et on ressort de ce récit libéré. À peine pourrais-je lui reprocher une ponctuation inadéquate, désireuse de mettre des points là où lui met des virgules, voire rien. Un peu glaçant pour une mono-maniaque de la ponctuation mais ce n’est qu’un détail qui, au fil du récit, ne m’a plus du tout dérangée, tellement j’étais prise dans l’histoire.

Le cœur régulier, à l’image de sa couverture trompeuse, est donc un livre en apparence simple mais pourtant bien complexe et qui mène à une vraie réflexion sur la vie et notre façon de l’aborder. Et il nous montre que c’est parfois au travers d’un exil volontaire que l’on retrouve le goût des autres…

Hélène

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