Le Coq d’Or de Rimski-Korsakov au Théâtre de la Monnaie/Tour et Taxis (13 – 30/12/2016)

a00Un compositeur russe de la plume d’or en orchestration qui débarque dans une mise en scène de l’après-guerre où le décor apocalyptique flirte avec la satire.

Arrivée essoufflée de m’être élancée à travers tout le site de Tour et Taxis (La Monnaie s’y est installée pour cause de rénovation de salle… un peu désolant) après des transports en communs désastreux, on m’annonce que le spectacle a commencé depuis une minute et que le chef d’orchestre, Alain Altinoglu, ne laissera entrer personne avant l’entracte (cas bien rare car il arrive à tout le monde d’avoir du retard) –  point à la ligne !

Auprès de quelques tristes reclus, nous regardons sur une installation haute-définition, malheureusement pas très bien configurée, ce premier acte.

L’astrologue (Alexander Kravets) vous annonce ce qui va suivre de loin, très loin même, comme un maître de cérémonie espiègle.

Un Tsar (Pavlo Hunka), ses fils, son peuple… un songe… une histoire. Un conte, une scène, où celui qui règne a comme trône son lit ? Oui ! Eh oui,  il dort, bel et bien de régner ! Un grand coup de poing à la haute puissance que cette autorité incapable se prélassant sur des lauriers peu flatteurs, voire macabres.

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Audace qui a valu au compositeur de voir son opéra en quelque sorte frustré par les autorités… dans la tension des années avant la Révolution russe.

Ambiance sombre, voire obscure, pour ce premier acte où le Coq  (chanté par Sheva Téhoval et dansé sur scène par Sarah Demarthe) arrive en furie… plus jaune que jamais, jurant avec ce décor chaotique où le grand lit blanc est posé en haut d’une pile de déchets cramoisis par le metteur en scène Laurent Pelly.

L’astrologue émet au roi qu’il n’y aura de danger que celui que le Coq aura appelé.

Deuxième acte

Entrée vive en matière… une installation en forme de spirale occupe toute la scène réduite en champs de bataille où le Tsar Dodone se pavane. Le choix de ce décor paraît assez suspect et douteux au premier abord… mais s’avère être plus tard un curieux assemblage lumineux en mouvement, ce qui est tout de même impressionnant.

Sentant l’amplification d’un des chanteurs un peu défaillante, je me concentre d’autant plus sur l’orchestre  et une agréable surprise m’attend : rien à voir avec la stéréo de la salle d’attente. Une palette riche d’instruments, très maîtrisée qui laisse place au chanteur, très rigoureuse dans son rythme et avec beaucoup de nuances colorées. Chaque pupitre entre en matière avec propos, de manière bien amenée.

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Et là, surgit Venera Gimadieva en Tsarine provocatrice, joueuse et juste… quel charisme ! Avec son air oriental aérien et mystérieux, son Hymne du soleil, et sa dégaine sensuelle en robe moulante… y interprète à merveille la superficialité d’une femme belle et blasée en recherche de pouvoir. Elle emballe totalement le vieux Tsar pour mieux se faire blanchir. La femme fatale de tout temps dans toute son espièglerie. Cependant petit détail qui est infime : un petit moment de justesse des gammes avec l’accompagnement orchestral jurait.

Interlude au piano par le chef d’orchestre et violon en reprise d’air du deuxième acte, entre les changements de décor, qui permet au public de mieux goûter aux subtilités harmoniques et mélodiques de l’orchestration, très bonne idée à mon goût !

Troisième acte

Scabreuse fin…  où dans le trône dorment devant un peuple en colère le Tsar et sa Tsarine.

L’astrologue, avide d’être récompensé de ses conseils, lui demande sa femme en retour. Le Tsar, désemparé, le tue par la force de son indignation. La Tsarine n’y accorde pas même un soupir avant que le Coq ne surgisse pour tuer le Tsar  et qu’elle ne s’enfuie pour de bon.

Le rideau se referme… sur la tête ressuscitée de l’Astrologue qui prouve que le conte n’attend que la réalité pour se répéter…

Fin

Béatrice De Bock

A voir ou revoir en Streaming dès le 23 Décembre ici

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