Le Diable, tout le temps (2012)

lediabletoutletemps_300x666Il est de ces livres qui prennent vie sous vos yeux lorsque vous les lisez : vous entendez les voix des personnages, vous sentez les odeurs qui émanent des environs, bref, vous vivez les scènes comme si vous y étiez. Il est également de ces livres que vous savez dès les premières pages que vous ne les oublierez jamais, qu’ils resteront gravés dans votre cerveau des années durant. Le Diable, tout le temps, paru aux éditions Livre de Poche il y a une petite année, fait partie de ceux-là.

Écrit par Donald Ray Pollock, écrivain américain dont c’est le deuxième roman (après Knockemstiff sorti en 2008), Le Diable, tout le temps raconte plusieurs histoires qui se recoupent, toutes aussi étranges et sales qu’elles puissent être. Le récit, qui se déroule entre la fin de la Seconde Guerre Mondiale et la fin des années 60 au fin fond de la Virginie-Occidentale, suit notamment l’histoire d’Arvin, fils d’un soldat traumatisé par la guerre du Pacifique, que la vie n’épargnera pas… Entre la maladie de sa mère et l’obsession religieuse de son père qui le mènera à faire des choses abjectes, le jeune garçon grandit bon gré mal gré dans un tourment perpétuel. Il y a également Sandy et Carl, couple white trash dont la folie n’a d’égal que la médiocrité de leur quotidien, et qui, à force de constater à quel point notre monde est cruel, parcourt les États-Unis en quête d’autostoppeurs à même de satisfaire leurs désirs déviants. Enfin, on suit avec dégoût la vie de Theodore, musicien alcoolique en fauteuil roulant, et Roy, prédicateur du dimanche aux méthodes peu orthodoxes, deux personnages qui sillonneront le pays afin de fuir leur passé funeste. Bref, trois histoires somme toute assez rebutantes et dont on ne peut malgré tout se détacher.

lediabletoutletempss_850x300Il faut dire que l’écriture de Donald Ray Pollock y fait beaucoup. S’il ne fait aucune concession au niveau de la brutalité et de la crudité de son récit, ce qui peut déstabiliser à la lecture des premières pages, on ne peut lui enlever qu’il sait tenir son lecteur en haleine. En effet, le récit est plein de flashbacks, de petites histoires et anecdotes annexes qui, si elles semblent sur le coup presque inutiles, enrichissent le récit et permettent de relier des points qui paraissaient flous. On tombe alors dans une spirale infernale qui, à l’image de la destinée des personnages du récit qui malgré tous leurs efforts se font toujours rattraper par leurs actions, nous entraine jusqu’aux derniers mots. En dépit de tout notre dégoût (car oui, malgré mes goûts pour la culture trash, il y a plusieurs fois où ma tête a très clairement exprimé ce sentiment), on ne peut s’empêcher de tourner les pages et de suivre l’histoire de ces personnages cabossés par la vie. Je ne sais pas si l’on peut rapprocher cela du voyeurisme aberrant dont la société actuelle fait preuve pour tout ce qui est borderline, mais il est vrai que la saleté, au-delà du fait qu’elle nous dégoûte, nous fait également jubiler. Paradoxe universel qui fait ressortir notre côté obscur… J’ai d’ailleurs passé tout le roman à me dire qu’un Harmony Korine de l’époque de Gummo aurait magnifié Le Diable, tout le temps et en aurait fait un véritable chef d’œuvre crasseux et malsain à mourir. Malheureusement, c’est un projet qui ne semble pas en cours…

En tout cas, si vous aimez les ambiances noires et pesantes, et si vous avez le cœur bien accroché, je ne peux que vous conseiller de vous jeter sur ce bouquin qui vous fera réfléchir à deux fois sur les notions de Bien et de Mal…

Hélène