Lefto fête ses vingt ans de DJ à l’Ancienne Belgique (20/09/15)

9Profitant de l’annuelle journée sans voiture, l’Ancienne Belgique célébrait en ce 20 septembre sa propre fête de la musique dans la rue des Pierres. Avec des concerts dans quasiment tous les magasins/bars/boutiques de la rue, ce festival faisait également écho au sein de l’AB avec une journée dédiée à Lefto qui fêtait, lui, ses vingt ans en tant que DJ. Et pour l’occasion, la bête belge  a invité quelques uns de ses amis musiciens pour nous faire découvrir des monstres cachés. Sans m’y attendre, je suis tombé, en cet après-midi, sur un temple de la musique expérimentale.

Avec un ciel qui se décidait (enfin) à nous épargner la drache pour cette journée, je me lançais dans la salle avec un petit pincement de ne plus voir ce soleil – qui peut disparaitre pour longtemps en ces terres belges – et c’est devant un petit public et à la bourre que j’arrive. Binkbeats a déjà déployé son attirail : batterie, oscilloscope, guitare, xylophone, instruments et ustensiles en tous genres. Muni de ses loopers, l’artiste hollandais structure sa musique pièce par pièce. Chaque son est minutieusement créé et bouclé, et l’on entend dans chacun d’eux une construction, un ensemble qui devient cohérent. L’étiqueteuse de supermarché commence et créée le beat, et la guitare finie avec l’harmonie. Jouant même avec l’effet larsen que créé toutes ces boucles, Binkbeats, nous délivre un show planant, perturbant et spatial. On se laisse très vite avoir et sitôt lancé, sitôt fini, le live se termine au bout de quarante petites minutes avec un grand regret de ne pas en avoir eu plus. Petit cadeau en fin de concert, avec une musique d’anniversaire spécialement créée pour l’occasion. Un petit hommage à Lefto loin d’être ridicule !

Photo de Damon De Backer Photography

Vingts minutes nous séparent du prochain artiste, direction donc l’extérieur, rassuré de voir que le soleil n’a pas disparu et profitant des animations de la rue en fête. Du regard, on croise DJ Vadim en touriste pour l’occasion, et c’est tout bavard que nous manquons de peu l’entrée en scène de Chassol. Déjà en place au piano et accompagné d’un batteur, on découvre la performance : sur des vidéos dignes d’un documentaire, on y découvre des pépites, décors et personnes de la Martinique. Légèrement perturbé, je mets un peu de temps à comprendre le concept. Chassol habille en fait ses vidéos d’une harmonie qui suit les intonations, les rythmes et les chants de ces acteurs ignorant qu’ils sont les principaux musiciens de ce live. Le joueur de flûte, le siffleur, la sulfureuse danseuse de carnaval, la maman chanteuse des traditions ou encore le jeune rappeur, chacun se laisse filmer et amène son innocence couverte d’un habillage sonore totalement maitrisé. Le créole devient alors une base musicale où Chassol construit une mélodie jazz qui suit chaque interruption, reprise et fin de phrases. Difficile de comprendre sans l’avoir vu, il y a des performances qui vous plante sur place. Celle-ci m’a tout simplement écrasée. Un plaisir visuel et auditif sans commune mesure. Accompagné par un batteur virtuose qui suit le mouvement et donne le rythme, donnant un ensemble puissamment savant et fin. À voir !

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Photo de Damon De Backer Photography

C’est complétement affamé que nous quittons Chassol et l’Ancienne Belgique pour aller se rassasier et pouvoir continuer le marathon anniversaire de Lefto. De retour pour Stuff, nous prenons position devant les cinq artistes qui composent cette formation toute serrée sur la grand scène. Sorte de jazz électronique alternatif (?!) j’ai d’abord était un peu déconcerté par leur musique (la digestion peut-être) et puis le concert se passant j’ai fini par être complétement déconcerté. S’enchaine devant moi des morceaux prenant un démarrage assez sympathique, la suite de chacun devenant anarchique, partant sur des rythmes dansant ou à l’inverse sur des rythme inconnus au bataillon des muscles de ma jambe. C’est donc une véritable montagne russe musicale que j’observe devant moi, un peu fatigué de monter et descendre aussi sec.

C’est ensuite au tour de Lefto d’enfin prendre place avec ses deux meilleurs compagnons : ses platines. Accompagné pendant une partie de Gilles Peterson, autre très grand nom du DJing mondial.

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Photo de Damon De Backer Photography

Vingt ans de carrière, des albums signés chez Blue Note, des collaborations avec tous les grands noms du jazz, de la soul ou encore du funk. Lefto est clairement l’ambassadeur Made in Belgium de la mixtape. Et c’est en grand pompe qu’il mixe devant un public venu voir une énième fois le talent du monsieur. Cette fois-ci c’est pour souffler de belles bougies et confirmer tranquillement son statut de représentant légal de la  world music. Un parcours atypique pour cet éternel gamin qui a vu son père se ruiner afin de lui acheter ses premières platines. Vingt ans après, il y a de quoi être fier puisque l’éternel petit garçon révèle toute sa richesse musicale qu’il a accumulé toutes ces années et s’en sert à bon usage. La célèbre sirène d’urgence a retenti hier soir et encore une fois avec Lefto, c’était pour la meilleure des occasions : la musique. Mais c’est lui qui nous a fait le plus beau des cadeaux : des découvertes et des expériences inédites pour une journée parfaite.

Encore une fois bon anniversaire !

Paulo

Merci à Kevin et à l’Ancienne Belgique pour l’accréditation.

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