Les 15 meilleurs flims de 2018 selon Major Fail

Juste ici, à votre gauche (oui, là), vous pouvez observer une superbe image de Dwayne Johnson qui fait du quad. Outre son intérêt esthétique, pourquoi commencer un classement cinéma 2018 par une image de Dwayne Johnson qui fait du quad me direz-vous ? Eh bien tout simplement car s’il y a bien une image qui ne va pas spoiler un classement 2018, c’est bien celle de Dwayne Johnson qui fait du quad. Pour le top 2018 de Major Fail, c’est juste ici en-dessous.

15 // Cargo (Ben Howling & Yolanda Ramke / Australie) :

Remake version long du court métrage éponyme de 2013 (visible ici), Cargo est un film de zombie sobre, efficace, malin et franchement touchant qui suit un  Martin Freeman (parfait, comme d’habitude) tentant de protéger sa famille dans un climat apocalyptique plutôt réaliste en plein milieu du bush australien. Quelques chouettes idées et partis pris en font un film original pour un genre vu, re-vu et re-re-vu !

Cargo

14 //  Mon Mon Mon Monster (Giddens Ko / Taïwan) :

Découvert au BIFFF, Mon Mon Mon Monster et son titre à la Scooby Doo fût mon coup de cœur de cette édition 2018. Un élève maltraité par ses camarades de classe découvre avec ceux-ci une goule lors de travaux d’intérêts généraux dans une maison de retraite décrépite. La pauvre créature deviendra bientôt le souffre douleur du groupe à sa place, avec tout se que cela implique de dilemmes moraux pour le protagoniste.

Conte touchant, cruel, gore, débordant d’humour noir et foutrement nihiliste, le dernier métrage du romancier et réalisateur taïwanais Giddens Ko est une péloche complètement dingue avec des personnages bien écrits et détournant avec une étonnante subtilité les codes du film d’école et le manichéisme de ses personnages posant l’éternelle question de la figure du monstre. Rarement le destin tragique d’une créature ne m’aura fait verser une larme…

Mon Mon Mon Monster

 13 // « The House That Jack Built » (Lars Von Trier / Fr-All-Dan) :

Qu’est-ce qui n’a pas encore été dit sur le dernier méfait de cet inénarrable troll de Lars Von Trier ? Disons que jamais le danois ne se sera autant amusé, tel les personnages de son chef d’œuvre de ’98, à jouer les idiots provocateurs qu’avec son dernier film.

Mythologique, pompeux, arrogant, hilarant et complètement fou, ce remake déguisé de C’est arrivé près de chez vous m’aura fait exploser de rire par ses excès tandis que d’autres spectateurs.trices sortaient outré.e.s de la salle. Ponctué d’idées tout bonnement géniales et d’une beauté plastique dans l’horreur parfois franchement sublime, The House That Jack Built est malheureusement aussi très long et trop souvent complètement con…

The House That Jack Built

12 // My Friend Dahmer (Marc Meyers / États-Unis) :

Adapté de l’excellente bande dessinée éponyme de Derf Backderf, My Friend Dahmer retrace les dernières années scolaires du tristement célèbre tueur en série américain Jeffrey Dahmer, Backderf l’ayant réellement eu comme camarade de classe durant cette période.

Si la BD était déjà excellente, l’adaptation de Meyers est d’une justesse troublante. Le récit de cet adolescent que l’on sait au bord du gouffre pose la question de la responsabilité des camarades et des adultes, que ce soit la famille ou l’école, face au manque de repère et au décrochage; dans quelle mesure une attention, une écoute et un soutien adéquat auraient-ils pu changer les choses…

Faux film de tueur en série, My Friend Dahmer et une œuvre forte et réellement glaçante portée par les performances de Ross Lynch (tout droit sorti de Disney Channel) et Alex Wolff (Hereditary).

My Friend Dahmer

My Friend Dahmer

11 // Euthanizer (Teemu Nikki / Finlande) :

Également diffusé lors de cette édition 2018 du Offscreen Festival au Cinéma Nova, Euthanizer est tout aussi désespérément misanthrope, tragique, moralement discutable, fou, imprévisible et surtout extrêmement touchant que son personnage principal.

Veijo (incroyable Matti Onnismaa) est mécanicien dans une petite ville de Finlande. Aussi misanthrope que détesté par les autres habitants, il arrondit ses fins de mois en euthanasiant des animaux de compagnie, et sa décision de garder en vie un chien lui mettra à dos un gang de néo-nazis.

Œuvre tout en ambiguïté dans son rapport à la violence et à l’amour, Euthanizer est également une histoire d’amour des plus étranges et fascinantes qu’il m’ait été donné de voir.

Euthanizer

Euthanizer

10 // BlacKkKlansman (Spike Lee / États-Unis) :

S’inspirant de l’autobiographie de Ron Stallworth sortie en 2014 (après que celui-ci ait pris sa retraite en 2005, ayant gardé le secret pendant plus de 20 ans) BlacKkKlansman suit les débuts dans la police de Stallworth (ben oui, logique…) en tant que premier policier afro-américain de la ville de Colorado Springs et son infiltration dans la branche locale du Ku Klux Klan avec l’aide de son collègue juif Flip Zimmerman.

Le dernier film de Spike Lee se pose tout à la fois comme une comédie hyper influencée par la « Blaxploitation »  des années 70 (en comparaison surtout avec le Naissance d’une nation de D.W. Griffith, film raciste par excellence, cité à de nombreuses reprises dans BlacKkKlansman.) et comme un film militant et politique.  Si le métrage est une excellente comédie, maîtrisant parfaitement ses codes et ses influences, tout en étant techniquement et esthétiquement aussi référentiel que maitrisé, certains points m’ont réellement agacé.

D’une part, ce choix, créant un paradoxe intéressant comparé à la frontalité réaliste de la fin, de faire systématiquement passer les membres du KKK comme des crétins (ce qu’ils sont bien entendu…) et désamorçant par la même occasion la tension de nombreuses scènes. D’autre part, le personnage – fictif – de Patrice Dumas créée moins en hommage à Angela Davis que servant de faire valoir féminin toute mignonne pour créer une pseudo-romance plutôt facile.

BlacKkKlansman est pour moi un peu inégal mais reste un film inévitablement important quant à notre époque et l’évolution de la situation politique actuelle aux États-Unis.

BlackKklansman

09 // Three Billboards Outside Of Ebbing, Missouri (Martin MacDonagh / États-Unis) :

Après l’excellent In Bruges il y a déjà dix ans et le fort décevant Seven Psychopaths en 2012, il était difficile de savoir quoi attendre du dernier métrage de Martin McDonagh. En l’état, Three Billboards… est son meilleur film à ce jour.

Drame policier tragique et désespéré porté par un casting en or (Frances McDormand, Sam Rockwell, Woody Harrelson, Peter Dinklage et autres, rien que ça), une photo sublime et un soupçon d’humour noir qui, associé à la présence de McDormand et la superbe musique de Carter Burwell, n’est pas sans rappeler le cinéma des frères Coen.

Une mère de famille désespérée investit tout son argent dans trois panneaux publicitaires le long d’une route de campagne pour questionner l’inspecteur de la police locale sur le meurtre et viol non résolu de sa fille. Hilarant je vous dis !

Three Billboards Outside Ebbing, Missouri

Three Billboards Outside Of Ebbing, Missouri

8 // Brawl In Cell Block 99 (S. Craig Zahler / États-Unis) :

Les seules raisons qui me font placer si bas dans mon classement le dernier film de S. Craig Zahler sont les valeurs familiales (les mêmes qui m’ont fait détester le pourtant pas si mauvais A Quiet Place…) et patriotiques  à tendance réactionnaire du personnage principal. Il est en effet fort difficile de savoir si celles-ci sont importantes au yeux de Zahler lui-même ou si elles font juste partie du jusqu’au boutisme de son vibrant hommage à la série b de luxe des années 70.

Si certaines œuvres sont des films coups de poing, Brawl In Cell Block 99 est un film coup de boule et double cassage de bras ! Interprétant un ancien boxeur devenu transporteur de drogue après avoir perdu son emploi, Vince Vaughn trouve enfin un rôle à la hauteur de son charisme (et de ses 1m96) et est d’un magnétisme redoutable durant les 2h10 de cette pellicule hybride. Suivant le même schéma narratif linéaire que Bone Tomahawk, Brawl… prend le temps d’exposer ses personnages dans une première partie au réalisme froid avant de basculer dans la série B ultra brutale et gore grand-guignolesque. Jouissif et burné, le film captive autant qu’il provoque le dégoût et le fou rire.

Après avoir revisité le western façon gore et le film de zonzon façon encore plus gore, je trépigne déjà d’impatience pour son prochain méfait : un film de flics ripoux (façon gore ?) avec le même casting et… Mel fucking Gibson !

Brawl in Cell Block 99

Brawl In Cell Block 99

 7 // American Animals (Bart Layton / États-Unis) : 

Excellente surprise que ce American Animals, deuxième réalisation de l’anglais Bart Layton. Ce thriller d’une maitrise fascinante, à mi-chemin entre le documentaire et le film de braquage, part d’un fait divers et suit une bande d’étudiants malins mais un peu paumés désireux de quitter leurs vies et la crasse banalité de leur avenir déjà écrit en volant un livre de Audubon d’une valeur de plusieurs millions de dollars.

Maîtrisé de bout en bout avec une tension qui ne nous lâche pas (il y a quelque chose de Fincher dans l’ambiance et dans l’écriture) et esthétisé par une photo sublime de Ole Bratt Birkeland (entre autres chef op’ de la série Utopia, ce putain de chef d’œuvre), American Animals est porté par un casting parfait, Evan Peters (American Horror Story) et Barry Keoghan (The Killing Of A Sacred Deer) en tête, et s’amuse jusqu’à la fin à jouer autant avec ses personnages qu’avec le spectateur quant à la véracité de ce qui se passe sous nos yeux.

Comme le dis la phrase d’introduction : « This is not based on a true story… this is a true story ».

American Animals

American Animals

// Blindspotting (Carlos Lopez Estrada / États-Unis) :

Dans le genre « frais », Blindspotting se pose là !

Le premier long de Carlos Lopez Estrada doit beaucoup à l’écriture et à l’interprétation habitée de Daveed Diggs (le charismatique leader du très bon groupe de hip-hop expérimental Clipping) et de son non moins charismatique comparse et ami d’enfance Rafael Casal (rappeur également). Cette fusion et amitié entre les deux personnages est pour beaucoup dans la force du film qui sent, du moins partiellement, le vécu.

C’est vers le milieu des années 2000 que les deux potes décident de rédiger un scénario traitant avant tout de chez eux : la ville d’Oakland (à côté de San Francisco).

Blindspotting raconte les trois derniers jours de probation de Collin, un ex-détenu afro-américain bossant comme déménageur avec son meilleur ami d’enfance blanc, Miles, dans un Oakland en pleine gentrification. Les convictions et la vision du monde de Collin vont être bousculées lorsqu’il assistera un soir au meurtre d’un jeune homme noir par un policier.

Sur un pitch plus malin et profond qu’il n’en à l’air, Diggs et Casal nous emmènent à un carrefour entre le drame social et la comédie façon « buddy movie« , abordant tout autant la question de la situation afro-américaine (de façon plus intéressante et subtile que BlacKkKlansman), de la gentrification (et du changement sous différentes formes), du passage à l’âge adulte et de la responsabilisation que cela implique.

Très, très bonne surprise de 2018, Blindspotting est à la fois dur comme un coup de poing et léger comme la fluidité des flows des deux interprètes qui accompagnent le film un certain nombre de fois sans pour autant le faire basculer dans la comédie musicale. Il est à ce propos conseillé de le voir avec des sous-titres anglais, tant les textes de certains passages risquent de perdre en force à la traduction. On y retrouve aussi ce croisement d’humour et de violence réaliste qui rythmait déjà l’excellente série Atlanta de Donald Glover (à voir absolument !!!).

Blindspotting

Blindspotting

5 // Under The Silver Lake (David Robert Mitchell / États-Unis) :

Après l’excellente surprise It Follows (qui, malgré ses indubitables qualités thématiques et esthétiques, souffrait de gros défauts de cohérence et d’écriture) en 2014, David Robert Mitchell nous propose avec son troisième long métrage une œuvre bien plus riche et ambitieuse. Sans doute trop, et c’est là son principal défaut !

Under The Silver Lake est en quelque sorte LE film noir « millenial » ! Imaginez un personnage de trentenaire moyen/loser/beau gosse dopé à l’ennui se faisant embarquer dans une histoire à mi-chemin entre les univers de Ellroy, Hitchcock, Brett Easton Ellis ou encore Gregg Araki, à la recherche d’une femme fatale disparue sur fond de complot pop, d’univers de bandes dessinées maudites à propos de tueurs de chiens et de bien trop de choses pour pouvoir toutes les citer…

À part les vingt dernières minutes franchement de trop, tant par l’absurdité (difficile de ne pas y voir l’influence de Quentin Dupieux) que le trop plein de références du métrage, j’ai vécu les 2h20 de celui-ci comme un gros trip jouissif au possible ! Une véritable déclaration d’amour au cinéma américain, à la culture pop et à la ville de Los Angeles, tout en relevant l’absurdité de cette dernière, l’ensemble doublé d’une réflexion sur l’ennui de notre génération. Une œuvre osée, originale, (trop) riche, casse gueule, extrêmement drôle, dotée d’un sens du détail et d’une photo absolument sublime, ainsi que d’une bande originale hypnotique de Disasterpeace.

Under The Silver Lake

Under The Silver Lake

4 // A Prayer Before Down (Jean-Stéphane Sauvaire / France-Thaïlande) :

Quatrième film adapté d’une histoire vraie, deuxième film de prison de mon classement, et encore une grosse mandale proposée par cette édition 2018 du Offscreen Festival ! Adapté du roman autobiographique éponyme de Billy Moore, A Prayer Before Dawn raconte comment ce dernier, boxeur anglais de Muay Thai accro à l’héroïne, se fait arrêter et se retrouve dans une prison thaïlandaise.

Le parti pris est radical : on colle Moore (interprété par un Joe Cole habité par son personnage) de très près dans sa colère, dans sa violence, dans sa peur, dans son addiction, dans son incompréhension face au monde terrifiant auquel il est confronté (le thaï n’est jamais traduit). Évitant intelligemment les clichés du film de prison, Jean-Stéphane Sauvaire (auteur de Johnny Mad Dog, que je n’ai toujours pas eu l’occasion de rattraper) livre une œuvre forte, touchante, violente et captivante de bout en bout. Un film définitivement humain à l’image de son personnage, luttant sans cesse, à la fois pour sa survie et contre ses propres démons.

A prayer Before Dawn

A prayer Before Dawn

3 // Climax (Gaspar Noé / France) :

Un groupe de danseurs.euses termine leur dernier soir de résidence dans une école de danse et décide de fêter ça. Tout se passe bien, ça danse sur des trucs bien pêchus des nineties (ça se passe en 95), ça parle de cul,… Bref, grosse ambiance décontractée du boule jusqu’à ce qu’on réalise que quelqu’un a balancé une jolie petite dose de LSD dans la sangria.

Après les durées interminables de Enter The Void  (que j’ai adoré) et Love, c’est franchement sympa et plus digeste de voir Gaspar Noé revenir vers un format plus classique d’1h30. 1h30 de pure concentré de tout ce qui définit le cinéma de Noé, c’est-à-dire tout ce qu’il y a de génial, tout ce qu’il y a de super chiant et beaucoup de danse en plus !

Et au final ça donne quoi ?

On va commencer par les trucs chiants :

Comme dans tout film de Gaspar Noé, il y a tout plein de panneaux à la con, des trucs prétentieux en mode provoc’ à deux balles (dans les premières scènes, un grand drapeau français servant de décor au film et accompagné de la mention « film français et fier de l’être ») et, surtout, une galerie de personnages plus antipathiques les uns que les autres. Vu le fonctionnement du tournage, la question des choix du réalisateur quant à la direction des acteurs.trices m’intrigue.

Pour ce qui est génial :

Comme l’expliquait lui même le réalisateur lors de l’avant première au Palace, le film a été tourné en quinze jours dans un décor unique et le scénario se constituait en tout et pour tout de deux pages. Le reste a été improvisé par les danseurs (il n’y a pas d’acteurs.trices professionnel.le.s dans le métrage, à part la fascinante Sofia Boutella) durant les sept à huit répétitions et prises de leurs longues journées de tournage afin de constituer un ensemble de quelques longs plan-séquences plus dingues les uns que les autres. D’où l’éternelle question : que vaudrait le cinéma de Gaspar Noé sans son directeur photo Benoît Debie ?

Nous avons donc un métrage pratiquement improvisé avec une lumière et une mise en scène aussi dingue qu’irréprochable avec, certes, ces quelques points agaçants et un jeu parfois bancal, mais encore une fois : quelle putain d’expérience !

D’avoir déjà vécu des moments de panique et de paranoïa suite à l’usage de psychotropes, ce film m’a fait un effet trigger plutôt violent et je me suis félicité de ne plus être entouré de gros.ses con.nes. Oppressant et malaisant (c’est bien simple, j’ai presque failli quitter la salle tant je me sentais mal à un moment, et il m’en faut beaucoup !), Climax est une montagne russe. Une vraie expérience cinématographique hyper viscérale doublée d’un remake, littéralement sous acide, de The Thing du maître John Carpenter !

Climax

Climax

2 // Mandy (Panos Cosmatos/ États-Unis-Belgique) :

Et si on parlait de culte ?

Il y a des films « rock » ou « métal » : This Is Spinal TapWayne’s WorldSchool Of Rock,… Tenter de rédiger une liste exhaustive serait épuisant, et ce n’est pas le sujet. En ce qui concerne le dernier méfait du canadien Panos Cosmatos, le film ne parle pas de groupe en tournée, de stage diving ou de salle pleine à craquer. Il est par contre bien question de drogue, et pour de nombreuses raisons, Mandy est un film 100% métal !

Que ce soit pour son logo façon black métal réalisé par le génial Christophe Szpajdel, la hache inspirée par le logo de Celtic Frost que fabrique Nicolas Cage dans la deuxième partie du film, la bande originale ultra badass de Johann Johannsson et Stephen O’Malley, l’ambiance et les mate paintings façon couvertures de bouquins d’heroic fantasy ou encore l’orientation musicale certaine des personnages du film.

Je pense que Mandy est un des films les plus méprisés de cette année. Beaucoup ont été déçu par le métrage, critiquant principalement sa colorimétrie saturée à outrance, son bruit numérique, à outrance également, son manque de subtilité quant à ses influences (coucou Hellraiser, coucou Charles Manson) et son manque de parti pris entre le film d’atmosphère et la grosse série B d’action rentre dedans décomplexée.

Il est vrai que comparé à son précédent  long métrage Beyond The Black Rainbow (qui est tout aussi visuellement sublime et dérangeant que franchement très très lent…), Mandy est très lent et atmosphérique pendant sa première heure avant de basculer vers tout autre chose. J’ai cependant une théorie qui, selon moi, justifie ce choix.

SPOILER ALERT (même si le spoiler ne me semble pas si grave tant le flim joue d’avantage sur le viscéral et l’atmosphère que l’histoire elle-même) :

Lorsque Nicolas Cage rentre dans son salon, regarde la (génialissime) pub pour « Cheddar Goblin » et s’effondre sur son lit, il succombe à ses blessures. Tout ce qu’il se passe ensuite est une projection post-mortem de sa vengeance aux travers de son univers musical et de l’univers graphique de son amour Mandy. Ce qui explique le changement de ton radical ; Cosmatos lui ayant certainement demandé à ce moment là :  » Ok ! Bon, maintenant Nic, tu vas jouer du Nicolas Cage mais façon Bruce Campbell dans Evil dead 2 (voir le 3ème…).

FIN DU SPOILER !!!

Et c’est sans doute le truc le plus génial du flim ! Voir un Nicolas Cage en mode 2.0 crapahuter à travers les Ardennes (tout est tourné en Belgique, merci Wallimage et le tax shelter !) sur un quad et muni d’une Hache chromée gigantesque est plus qu’il ne m’en fallait pour frôler l’orgasme !

Au niveau du casting, sans faute absolu : Andrea Riseborough est toute en fragilité hypnotique, Linus Roache est à la fois charismatique et pathétique en musicien raté reconverti en gourou (il est intéressant, voire flippant, de savoir que Roache a réellement un poste important dans une secte américaine du nom de « EnlightenNext ») et les gueules de Bill Duke (Predator) et Richard Brake (31) ainsi que quelques tronches du cinéma belge.

Comme me le disait un ami : « Je voulais vraiment aimer Mandy, mais juste non. »

Moi j’ai voulu détester Mandy mais je n’ai pas réussi.

Mandy

Mandy

1 // Hereditary (Ari Aster / États-Unis) :

Et enfin, s’il y a une évidence, c’est bien le trauma infligé par le Hereditary de Mr Ari Aster.

Une véritable plongée dans la terreur pure et le premier long d’un réalisateur qui aura pris tout le monde de court. Je conseille d’ailleurs vivement à ceux et celles qui ne les auraient pas vu, de voir ses courts métrages Munchausen et l’ultra dérangeant The Strange Thing About The Johnsons  qui annonçaient déjà l’obsession de la famille dysfonctionnelle (on se demande quand même si son enfance s’est bien passée…) et l’humour très, très particulier du bonhomme.

Car oui, il y a de l’humour dans Hereditary. Cela va sembler difficile à croire pour beaucoup de monde, et il m’a fallu une deuxième vision (passé le choc de la première) pour le réaliser, mais il y a de l’humour, bien que foutrement tordu.

Le film nous dépeint une famille aisée avec le père psychologue, la mère créant des modèles réduits de haute qualité qu’elle vend une fortune sur internet et leurs deux enfants qui se remettent de la mort de leur grand-mère maternelle malgré son caractère visiblement pas facile à gérer. Dès les premières scènes, avec ce travelling à l’intérieur d’une maquette pour nous projeter immédiatement dans la vie de cette famille, le ton est donné : telles des marionnettes, les personnages n’auront aucun contrôle de leur destin et, à l’image de ces maquettes, chaque plan du film sera précis et méticuleux.

Ari Aster, tel un marionnettiste de la cruauté, va jouer avec ses personnages et les spectateur.trice.s pendant les 2h07 du film (le montage original devait durer 3h00 et n’existera malheureusement pas sur les versions DVD et Blue Ray), nous faisant constamment hésiter entre la maladie mentale et le fantastique dans un crescendo alternant sourde angoisse paranoïaque, terreur cauchemardesque et brutalité dans la violence qui me fait trembler l’échine rien que d’y repenser. Très rarement j’ai poussé un cri de surprise dans un cinéma !

Niveau casting, le sans faute est absolu et l’écriture tout aussi maitrisée que le reste (Aster avait remis des documents de vingt pages racontant le passif de leur personnage à chaque acteur) avec une Toni Collette qui délivre une des performances les plus dingues jamais vue, un Gabriel Byrne tout en sobriété essayant de garder sa famille unie, Alex Wolff excellent et la tout aussi surprenante que dérangeante Milly Shapiro qui apporte, avec son physique et son jeu, une touche encore plus étrange au flim.

Un chef d’oeuvre absolu qui envoie valser tous les clichés du cinéma d’horreur actuel à la Conjuring et autres en étant le plus bel hommage qui soit à Rosemary’s Baby. Il ne reste plus maintenant qu’à attendre aout 2019 et la sortie de son prochain long Midsommar, une histoire de culte païen en Suède.

Hereditary

Hereditary

Et donc :

Une année fort riche donc, avec encore tellement de films que je n’ai pas vu et d’autres dont j’aurais également aimé parler !

Pour les mentions spéciales (et cette liste est aussi exhaustive que le monde va bien) :

– Annihilation : bancal car saboté par les producteurs mais tellement fucked up !

Deadpool 2 : parce que, comme pour le premier, j’ai pris mon pied tout du long et que des blockbusters aussi fun et décomplexés, c’est aussi rare que jouissif !

– The Haunting Of Hill House : ok, c’est une série, mais si on se décide à considérer ça comme un très long métrage, hormis une fin discutable, c’est certainement une des œuvres fantastiques les mieux écrites, les plus maîtrisées et des plus touchantes de ces dernières années.

Et en ce qui concerne les rattrapages 2018 (pareil) :

– Chien, The Man Who Killed Don Quichotte (je réalise le 29 décembre que je suis passé à côté du dernier Terry Gilliam ! Mais quel…), I,Tonya, White Boy RickHigh LifeThe Sisters Brothers,

Sur ce, je vais tout doucement m’y mettre !

Des baises et une très bonne année cinéphagique 2019 !

Major Fail

 

 

 

 

 

 

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