Les sorties cinéma du 12 février 2020

La critique totalement objective n’existe pas. Il y a des cinéastes pour qui on a une attirance, pour qui on a un respect pour leur œuvre. Puis il y a le contraire. Alors quand sortent leurs nouveaux films, il faut essayer de se dépatouiller avec ça. Cas d’école ici avec les nouveaux films de Xavier Dolan et de Clint Eastwood. Pas de spoil, je ne dévoilerai pas lequel des deux est un chouchou.

La fille au bracelet de Stéphane Demoustier : Le genre « film de procès » est souvent casse-gueule. Entre interrogation des mécaniques judiciaires et désir de savoir si le personnage est coupable ou pas des chefs d’accusations, souvent on oublie l’humain. Tous ces écueils sont magistralement évités par Stéphane Demoustier, le discret réalisateur français déjà auteur des remarquables Terre battue et Allons enfants. Lise (Mélissa Guers), 18 ans, vient d’avoir son bac. Issue d’un milieu aisé, elle a toutes les caractéristiques de la fille sans histoire au chemin tout tracé. Mais voilà, à la cheville, elle porte un bracelet électronique. Accusée d’avoir tué sa meilleure amie deux ans auparavant, nous allons assister à son procès. Sensationnelle Mélissa Guers qui donne de l’épaisseur à son mystère. Savoir sa culpabilité est un détail. Demoustier nous donne à voir le portrait d’une certaine jeunesse, sans juger, sans vraiment la comprendre. Toujours la distance reste. On est du côté de la jeune femme qui saisit rapidement que rien ne pourra la sauver, qu’elle est déjà condamnée, qu’elle ne sortira pas indemne, même si elle ne va pas en prison. Sa vie privée, ses audaces, ses doutes, ses secrets, sa vie sexuelle, tout a été étalé comme dans un jeu cruel, au nom d’une potentielle justice. Les parents, interprétés par Chiara Mastroianni et Roschdy Zem, la procureure jouée par la toujours extraordinaire Anaïs Demoustier et une Annie Mercier en avocate de la défense géniale trouvaille du réalisateur, complètent une distribution parfaite.

Filles de joie de Frédéric Fonteyne et Anne Paulicevich : Il y a des films qu’on a envie d’aimer parce que le sujet est important, que son traitement est respectueux, puis on n’y arrive pas, parce que trop de maladresses viennent ternir les bonnes intentions. Dans Filles de joie, comme son nom l’indique, on suit le quotidien de trois prostituées. Loin des clichés moralisateurs ou fantasmés sur le métier, la prostitution y apparaît comme une activité qui sert à gagner de l’argent parce qu’il faut bien vivre, survivre. On a envie d’aimer. Mais les situations, les personnages sont trop caricaturaux pour qu’on puisse totalement y croire. Noémie Lvovsky (Dominique) en pute un peu rude mais au grand cœur en fait des tonnes, Sara Forestier (Axelle) n’est pas assez dirigée et son naturel un peu too much prend le pas sur son personnage. La vraie révélation du film est finalement Annabelle Lengronne (Conso) qui donne un peu de subtilité à sa composition. En ressort une déception, comme si les deux cinéastes belges s’étaient perdu.e.s dans leur volonté de trop raconter sans juger, sans prendre parti, et livrant du coup un peu leurs personnages à eux-mêmes.

Filles de joie

Le cas Richard Jewell de Clint Eastwood : Clint Eastwood raconte la triste histoire du pauvre Richard Jewell qui, après avoir sauvé on ne sait trop comment des tas d’américains en Amérique pour les J.O. organisé à Atlanta par les américains, se voit accusé par les méchants de l’État et des services secrets d’être peut-être lié à l’attentat. Pendant 130 minutes on a toutes les étapes racontées avec l’habituelle subtilité de Eastwood.  À la fin ça finit bien mais ça finit mal. La page Wikipedia est aussi complète, a un sens de la narration plus accompli, et est aussi riche visuellement.

Matthias et Maxime de Xavier Dolan : Dolan fait un film avec ses potes et ça se sent. L’ambiance est survoltée et ressemble à une fête d’appartement continue. Tout le monde a l’air aussi attachant et agaçant que lui. On pense pour la première fois de sa filmographie à l’œuvre de Denys Arcand. Quand Matthias et Maxime pour un court métrage s’embrassent, l’hétérosexualité est remise en question comme à peu près toujours chez Dolan. Ça parle, ça caquette, ça se dispute, ça fait du drame. Tout le monde est dysfonctionnel. Mais c’est aussi drôle, vachement humain et bien plus généreux que ça en a l’air. Même si reste l’impression qu’il s’agit d’un petit film qui ne s’inscrira pas très haut dans la filmographie du prodige québécois.

Laurent Godichaux