Lily Allen à l’Ancienne Belgique (05/12/2018)

lilyallen_300x666En 2006, Alright Still est certainement l’album que j’avais le plus écouté. It’s Not Me, It’s You en 2009 m’avait encore frappé par cette gouaille et ce sens du gimmick qui n’appartenait qu’à elle. Ce sont d’ailleurs deux albums qui tournent encore régulièrement sur ma platine CD (ben oui c’était déjà cette époque-là). Comme tout le monde ou à peu près j’étais passé à côté de Sheezus (2014). Je pensais qu’on avait perdu Lily, j’étais un peu triste, mais je n’y pensais plus, tout comme on oublie trop facilement ces chouettes personnes avec qui on a pourtant passé tant de bons moments. Puis au début de cette année est paru No Shame. J’ai mis un peu de temps à rentrer dedans, je savais que j’allais l’aimer mais il déstabilisait, les morceaux hip-hop voire trap me surprenaient (j’oubliais qu’elle avait toujours puisé l’inspiration où ses oreilles l’entraînaient). La londonienne allait mieux, on le sentait, peut-être parce qu’elle admettait qu’elle ne pourrait rester où on voulait l’immobiliser. Alors j’étais impatient de voir pour la première fois en concert Lily Allen. J’avais seulement cette petite appréhension de la déception d’une trop grande attente.

19h45, je suis déjà bien mis pour la première partie assurée – un bien grand mot – par X-S. Soupe fadasse chantée avec une tonne d’auto-tune et de reverb, je m’ennuie ferme. Il n’a pas de groupe, il a juste son égo et son manque de présence et de vieux sons tout pourris qu’il balance à partir de son P.C. J’ai détesté. Pas besoin de s’éterniser, passons à Lily Allen.

Top brillant, pantalon noir, Louboutins aux talons gigantesques, maquillage tout sauf discret, Lily s’est mise sur son 31 pour venir nous rendre visite. Comme d’habitude, elle en a fait trop, mais c’est aussi pour ça qu’on l’aime. « Come on then » manque encore un peu d’assurance, elle se chauffe. Le sourire est crispé. Les deux musiciens aux machines balancent des beats pas très subtils, pas très inspirés. Ce n’est pas le meilleur morceau du dernier album, peut-être pas le choix idéal pour commencer. Par contre « LDN », tube imparable du premier album, fait vraiment débuter le concert. Voilà, elle est là. Elle s’amuse. La voix s’acidule et s’éclaircit à la fois. Elle nous signale qu’elle ne porte pas de soutif, elle évoque ses enfants. Elle est toujours aussi drôle. Elle a toujours ce besoin de casser ses propres effets. Et quand elle se trompe dans le refrain de « My One » on sait que ce n’est pas fait exprès. Entre auto-dérision et professionnalisme, elle s’en sort avec bonne humeur.

lilyallen_850x300Les morceaux et les blagues s’enchaînent. On se rend compte à quel point elle est une des plus brillantes autrice/compositrice de ces dix dernières années. On a tout le temps envie de se déhancher comme elle. Ses mélodies qui empruntent régulièrement quelques rythmiques caribéennes rappellent qu’elle a été une des premières à intégrer la sono mondiale de façon aussi évidente à sa musique mainstream, à de la pop de consommation courante. Un « Smile » irrésistible plus loin, elle demande une première fois aux balcons de se lever, de montrer leur enthousiasme aussi. Le charisme remplace l’autorité, et tout le monde remue.

Tout tourne bien. Les musiciens ont trouvé leur place. Piano, synthé, basse, guitares ou PC, on ne fait plus trop attention : Lily fait le show, elle prend toute la place avec le naturel désarmant qui a toujours été le sien. Elle peut reprendre son souffle avec quelques unes des digressions qui par magie finissent toujours par une pirouette humoristique réussie. Quelques morceaux confessions amènent une émotion inattendue. La vie de Lily Allen souvent étalée en couv’ des tabloïds n’est jamais un long fleuve tranquille, elle ne s’en cache pas, elle assume tout. No Shame. La voix est plus belle que jamais, elle n’est plus seulement la peste un peu vacharde et attachante des débuts, elle est aussi une femme qui tend vers l’épanouissement.

Avant le rappel, elle nous prévient qu’elle reviendra, mais que ce sera peut-être un peu long parce qu’elle doit pisser. La trivialité a toujours été sa marque de fabrique. Le faire en tant que femme dans un monde où il est souvent demandé à la moitié de l’humanité de n’être qu’une jolie image est aussi une preuve que même quand elle est fait sa rigolote elle est moderne, qu’elle est un peu la grande sœur de nombre de chanteuses récemment apparues qui osent affirmer leur féminisme décomplexé en pouvant faire de bêtes blagues comme un homme. Alors elle revient après quelques minutes. On aura droit encore à trois morceaux, dont un « Trigger Bang » qui prouve qu’elle peut faire remuer une foule presque sur commande. Le concert s’achève après une heure quarante par un « Fuck You » dédié aux négociations de Brexit.

Je sors, je regarde autour de moi. Tout le monde semble heureux, comme en ayant passé un chouette moment avec une amie qu’on n’avait plus vue depuis trop longtemps. Faudra juste penser à prendre plus régulièrement de ses nouvelles en espérant qu’elle nous invitera vite à prendre un verre en sa compagnie.

Fripouille

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