Liturgy à l’Ancienne Belgique (08/06/2015)

liturgy_300x666Pour un des derniers concerts de la saison (et précisément le dernier concernant l’équipe de CAPDB), l’Ancienne Belgique a une fois de plus mis les petits plats dans les grands en organisant une soirée du meilleur goût. C’est en effet les américains de Liturgy qui prennent place ce soir sur les planches de l’AB Club, et pour l’occasion, ils ont pris avec eux Circuit des Yeux, petit phénomène outre-Atlantique.

Première partie au nom énigmatique, Circuit des Yeux, soit le projet solo (jusqu’à peu) de Haley Fohr, est on ne peut plus difficile à décrire avec des mots tant il est situé dans l’impalpable, dans l’émotion. En tout cas, après quatre albums oscillant entre dark folk et blues torturé, la belle décide de s’entourer de musiciens et accouche d’un disque aux limites de l’expérimental. Musique toujours aussi épaisse au tournant, elle délaisse (un peu) la guitare acoustique pour faire la part belle au piano, claviers aux sons distordus et autre violon. Bref, la musique de Circuit des Yeux s’enrichit, et on se dit que c’est la première partie idéale pour Liturgy et leur dernier album foutraque. Seulement voilà, avant de rentrer dans la salle, un message de la mystérieuse chanteuse sur Facebook m’apprend qu’on a perdu tout son matos entre la destination précédente et Bruxelles et qu’elle fera donc un set acoustique ce soir. Semi-déçue, je rentre dans la salle, et m’attend à tout, ou plutôt à rien…

Sans titre-2Mais force est de constater que même seulement munie d’une guitare acoustique, Haley Fohr sait nous transporter et nous faire oublier son unique silhouette, visage cachée derrière des cheveux pas coiffés. Il faut dire que sa voix, grave et profonde, est tellement modulable qu’on dirait un instrument à part entière, et qu’elle soit susurrée, chantée ou grognée, elle est toujours impeccable. Et entre « Lithonia » extrait d’Overdue et « A Story Of This World » de son dernier bébé In Plain Speech sorti il y a quelques semaines seulement, morceaux qu’elle interprète en martelant avec grâce sa guitare douze cordes, elle ne cesse de nous éblouir. On se donc laisse très vite emporter par l’univers intime de la jeune américaine d’à peine vingt cinq ans dont le nom vient d’un mélange de ses cours de français à la fac et d’une certaine folie qu’elle voyait dans sa tête comme un circuit électronique, une boucle. Bref, on n’attend plus que son retour, mais accompagné de son groupe cette fois.

Timing serré oblige, c’est à peine vingt minutes plus tard que Liturgy prend place sur une scène épurée au possible : deux guitares, dont une pour le chanteur (Hunter Hunt-Hendrix, qui a écrit un pamphlet Transcendant Black Metal plus que décrié), une basse et une batterie on ne peut plus basique. Mais il n’en faut visiblement pas plus aux new-yorkais pour bien faire leur travail. En tout cas c’est ce qu’ils nous prouveront au fur et à mesure car si on entre dans la salle pleins de doutes après la sortie de The Ark Work, génialissime au demeurant mais à la production cradingue qui en a repoussé plus d’un, le premier morceau « High Gold » en rajoute une couche. C’est brouillon, étouffé, la voix du chanteur ne ressort pas bien, bref, on se dit que ça va être long, très long. Pourtant premier extrait de toute beauté (certes frontal, mais tout de même) issu du premier album Aesthetica, la version live nous laisse de marbre, et le fait que le chanteur ne hurle pas n’aide pas à passer outre le son cafouilleux. Mais petit à petit, les problèmes de son se règlent, le groupe se met à l’aise (tout du moins le chanteur, qui semble mi absorbé, mi absent) et les morceaux prennent forme. Et ça va aller en s’améliorant tout du long.

Sans titre-1En effet, que ce soit les petites pépites du dernier LP telles que « Reign Array », véritable morceau de black métal moderne dont la fin à la cornemuse nous renvoie au Times Of Grace de Neurosis, ou encore « Quetzalcoatl », ovni électro dont les beats de l’intro n’ont d’égal que la fin au rythme cru qui nous transperce le crâne, ou bien le très stoner/doom « Veins Of God » et l’instrumental et entêtant « Generation » du précédent effort qui a plongé tout le public dans une communion suffocante, on ne cesse d’être surpris, et surtout d’en redemander. Les morceaux s’enchaînent avec une grâce brutale et parfaite, et même si on souhaiterait plus de chant hurlé (complètement abandonné pour des boucles enregistrées live et dont la reverb’ fait vibrer la salle) et donc de hargne, on est irradiés par ce son au croisement de tant d’influences. Pour le rappel, Liturgy nous a réservé « Returner », single de l’album phare sorti en 2011, pour finir sur « Pagan Dawn », seul et unique extrait de Renihilation ce soir-là, disque qui leur a ouvert grand les portes du monde de l’USBM (le black métal américain). Car si on n’a pas vu un seul métaleux tout de noir vêtu, aux grands bracelets de piques et au maquillage noir et blanc mais plutôt des hipsters dans la salle, Litrugy est définitivement un groupe black métal. Il a seulement osé y rajouter sa touche, et seuls les vrais comprendront (ou tout du moins ceux ouverts d’esprit). Et pour ceux qui seraient curieux de voir (ou impatients de revoir) la bête à quatre têtes sur scène, ils passent à Diksmuide ce dimanche.

Un grand merci à Kevin pour l’accréditation et le pass photos, ainsi qu’à toute l’équipe de l’AB pour l’organisation de cette soirée transcendantale !

Hélène

Setlist

High Gold // Follow // Kel Valhall / Follow II // Quetzalcoatl // Veins Of God // Reign Array // Generation // Rappel : Returner // Pagan Dawn

Crédit photos : Élodion

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