Lost River (2015)

On connaissait Ryan Gosling acteur, il nous présente avec Lost River, conte moderne sur fond de crise économique, son premier film en tant que scénariste et réalisateur – ou quand Drive rencontre Les bêtes du sud sauvage.

Basé sur ses propres expériences (son enfance aux abords d’un village engloutis par un barrage, l’histoire de sa mère,…), et appuyé par un récent voyage à Détroit, Ryan Gosling nous emmène dans les bas-fonds de Lost River, cette ville quasiment laissée à l’abandon, abritant les dernières victimes d’une crise économique qui en a fait les témoins passifs de leur disparition. L’histoire de Bones et de sa mère, qui luttent quotidiennement pour sauver leur maison de la destruction, sert finalement de prétexte à une toile de fond bien plus poétique qui, servie par des décors quasi surréaliste, donne ce curieux sentiment d’un rêve éveillé.

Lost River est donc avant tout un film contemplatif (ou lent c’est selon), mais Gosling réussi à ponctuer son voyage onirique de séquences plus intenses et concrètes, nous emportant du coup toujours plus loin avec lui, à travers ces quelques personnages qui portent le film. On pourra d’ailleurs regretter le manque de complexité de certains d’entre eux mais, bien que parfois un peu caricaturaux, ils sont systématiquement émouvants ou terrifiants (rayez la mention inutile), nous faisant passer assez régulièrement du premier sentiment au second.

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Côté acteurs, Christina Hendricks (Mad Men, Drive) réussie à nous vendre la sensualité et les faiblesses d’une mère comme personne, épaulée par un Iain De Caestecker (Marvel’s Agents Of Shield) très convaincant en adolescent plutôt passif. À noter la présence du français Reda Kateb dans un petit rôle qui n’en est pas moins important, et d’Eva Mendez en reine des nuits d’un cabaret morbide.

Techniquement, difficile de se faire un avis tranché. La photographie, signée Benoît Debie (Enter The Void, Spring Breakers), colle parfaitement à l’ambiance, et la réalisation, influencée par les films de Gosling, l’acteur, fonctionne à merveille (Drive, The Place Beyond The Pines, Only God Forgives). Le choix de tourner la totalité du film en lumière naturelle donne lieu à des images esthétiquement poussées et troublantes, ajoutant un voile quasi surréaliste à cette petite ville des Amériques.

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En revanche, l’utilisation intempestive de plans et de cadrages très stylisés, ne servant parfois pas le propos, nous coupe occasionnellement du film pour nous emmener le temps d’un instant dans une sorte de clip où ralentis et sur-cadrages ont la main-mise. Du coup, la bande originale, mélange d’électro contemporaine (rappelant beaucoup l’ost de Girlhood de Para One) et de musiques plus psychédéliques gagne en importance, mais je ne serai pas étonné que sa «coolitude» et son côté branchouille puisse en agacer certains.

Que l’on aime ou pas, on ne peut que concéder à Ryan Gosling qu’il s’est approprié un vrai style, et que même si Lost River n’est pas parfait, c’est une réelle surprise en tant que premier film. Pour peu que l’on soit réceptif au genre et qu’on ne cherche pas forcément d’explications concrètes à tout et n’importe quoi, ce voyage imaginaire pourrait bien vous transporter.

Alex

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