Luka, cuisine joyeuse et délicate

20161121_131919De nombreux ingrédients ont été nécessaires pour donner vie au restaurant Luka mais le principal, celui qui fait tout son charme, sa délicatesse et son attrait, c’est une once de folie. Et quoi de mieux qu’une touche de folie pour honorer la nouvelle rubrique Trucs de C’est arrivé près de Bruxelles ?

La folie dont il est question ici, c’est cette petite étincelle de créativité qui s’insère dans la musique, la gastronomie, la littérature ou même le sexe pour rendre le moment plus flamboyant. Au contact de cette insanité, tout prend un autre goût, plus aventureux, plus explosif, plus vivant. Dans le cas de Luka, cette étincelle a donné vie à un petit resto tout frais, tout mignon.

Parti du cerveau bibliothécarisé de ma grande soeurette, cette flamme d’espoir s’est propagée dans des montagnes de livres de recettes, elle s’est étirée dans les abîmes du doute, elle a survolé les barrières administratives dont Bruxelles en a le secret et elle a, après des années de lutte, réussi à se transformer en un espace accueillant, où il fait bon se recueillir pour ensuite plonger dans le bouillon de l’existence.

Le projet Luka a toujours paru fou furieux, intenable, comme une aubergine qui se contorsionne sur les flammèches bleutées d’une gazinière. À l’image de ce légume menacé par les flammes, le projet semblait très fragile. Qui laisse une aubergine cramer directement sur le feu, sans mettre une poêle entre les deux? C’est de la folie ! Mais oui bien sûr. Mais cette femme qu’est ma soeurette le fait car c’est ainsi qu’on prépare les meilleurs caviars d’aubergine. Même chose pour son resto. On laisse brûler jusqu’à toucher la perfection, puis on se débarrasse des cendres.

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Luka frôle la démence jusque dans les moindres détails. Rien n’est laissé au hasard. Les coussins sont taillés dans un océan de douceur, choisi avec soin par mon autre grande soeurette (folle aussi, comme toute la famille). Les motifs ont l’air de dire « Viens t’asseoir, tu seras bien bien bien. » Et c’est vrai. Une fois assis, on se sent bien.

La musique douce, les tables en bois, les couleurs empruntes d’une nostalgie portugaise et azurée, les plantes s’épanchant tranquillement au travers de l’espace, le père (fou aussi) promenant son sourire pour mieux vous servir, la mère qui inscrit le menu au tableau avec une précision dactylographique impressionnante, les amis instagramant leur bonheur et le frangin tapotant nerveusement son texte pour C’est arrivé près de Bruxelles… Oui, Luka est un endroit où il fait vraiment bon traîner.

Et lorsque vous plantez finalement votre fourchette dans ce carré de bœuf, vous comprenez que vous ne verrez plus jamais les carbonnades flamandes de la même manière. Dans cette explosion de saveurs et de délicatesse, vous saisissez soudain la signification du mot folie. Il a fallu éplucher des recettes de cuisine par centaines pour créer cette… comment dire… cette image… à ce niveau-là, on ne parle plus de bouffe mais de projection artistique dans le subconscient gastronomique universel… cette image donc d’un plat qui normalement se cantonne aux cantines.

Au fil du goût, les frontières s’effacent car Luka joue avec l’espace et le temps. Il n’est plus question d’une carte quotidiennement reproduite pour tomber en un, deux, trois dans la monotonie du toujours pareil. Au diable, l’ennui. Dans ce resto, on s’aventure en Thaïlande, en Inde, au Mozambique ou en Argentine pour en revenir les mains chargées de coriandre, de curcuma, de galang galang et autres sambas très olé oelek. La cuisinière, qui plane dans des sphères culinaires extrêmes, invente chaque jour de nouvelles combinaisons foodesques à vous faire frapper le poing sur la table en disant : « C’était donc possible ! »

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Là, oscillant entre l’envie de découvrir une nouvelle création parfumée à la citronnelle et celle de reprendre une soupe dont les croûtons ont été frits dans la sauce soja (la folie, je vous dis), vous entrechoquez vos ongles en espérant en faire sortir le génie de la lampe. Et le voici qui apparaît chargé de milles desserts tous fait maison : tiramisu #JePeuxMourirTranquilleAprèsÇa, polvorone dont l’effritement ferait trembler d’orgasme les adeptes de l’ASMR, gâteau au chocolat où l’équilibre entre le croquant et le fondant tient du criminel… il y a de quoi se pâmer à répétition.

Pour mettre un terme à tout ça, vous optez pour un cafézinho à la portouguèche et là, vous vous dites : « Sérieux, même pour ça, ils ont pensé à prendre le top dou top ? » Hé oui ! Comme le délicieux vin rouge naturel ou les thés du Comptoir Florian, R.I.E.N. n’est laissé au hasard. Tout a été mesuré avec psychopathie.

Mais là où on atteint les sommets du cloutage de crâne façon Jack Nicholson, c’est quand père Luis et fille Kamala (Lu-Ka) annoncent tranquillou travailler avec des produits frais, que tout est fait main et que cela entre dans une logique plus grande de respect de la planète. Vous voyez ce concept suranné qui cherche à minimiser son empreinte écologique tout en apportant joie, complétion et plaisir de la table ? C’est bien de ça qu’il est question.

Je peux vous dire, on est tous timbrés dans la famille mais là, c’est du high level. Et rien que pour ça, il faut déjeuner chez Luka.

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Adresse: Luka, 260, chaussée d’Ixelles, 1050, Bruxelles

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