Magritte du cinéma 2020, un bien beau palmarès

Retour sur la dixième cérémonie des Magritte, prix officiels du cinéma belge francophone. Entre petits fours et champagne, humour corrosif à l’égard de not’ bonne vieille monarchie ou de nos politicien.ne.s, et un grand gagnant, Duelles de Olivier Masset-Depasse dont nous vous avions parlé ici, nous nous sommes amusés, ennuyés. C’était chouette, rigolo, sombre, incompréhensible, un peu comme l’avenir de la Belgique.

Succédant à Alex Vizorek, l’humoriste Kody avait la tâche périlleuse de faire que trois heures de cérémonie ne paraissent pas trop longues, pas trop pompeuses. Mission à moitié réussie, tout est une question de point de vue. Nombre de sketches tombaient un peu à plat et pourtant le rythme général faisait qu’on arrivait quand même à ne pas trop décrocher.

Avant même de remettre le moindre prix est lancée une vidéo de Kody expliquant à Julie Gayet ce qu’il lui faut pour accomplir son rêve : devenir une comédienne belge. On a l’impression d’entendre les blagues faites lors des précédentes éditions. Du cliché toujours plus faux du film social belge aux budgets rabotés en passant par la désertion du public de nos films, il y a un côté déprimant voire agaçant qu’à chaque fois il y a comme une obligation, comme un cahier des charges d’explications des prétendues particularités du cinéma belge. Entre auto-dérision et auto-flagellation du septième art belge francophone, il y a une mince frontière qui sera franchie un peu trop souvent pendant la soirée.

Étant donné que les blagues ou l’humour sont difficiles transposables hors contexte, revenons-en à Duelles. Troisième long métrage de Olivier Masset-Depasse après Cages et Illégal, qui devient, avec ses neuf statuettes, le film le plus récompensé de la plus si courte histoire des Magritte. Sorte de Hitchcock dans un Béwé fantasmé des années 60, l’esthétique léchée, la direction artistique impeccable, l’efficacité du scénario et l’interprétation remarquable d’Anne Coessens et de Veerle Baetens (récompensée) ont su totalement convaincre les membres de l’Académie. Il est à noter que le réalisateur Olivier Masset-Depasse reste un des meilleurs sosies vocaux de Dave. Mais étonnamment, plus personne ne le relève, et malheureusement il n’y a pas de catégorie pour ça.

Matriochkas

Mon nom est clitoris (Daphné Leblond et Lisa Billuart Monet), meilleur documentaire, Matriochkas (Bérangère Mc Neese), meilleur court métrage de fiction, et Lola vers la mer, meilleur espoir féminin et décors, sont récompensés. Ça vaut bien une coupe de champagne et un cornet de frites (oui, aux Magritte ça peut se consommer ensemble) puisque ça faisait partie de nos films préférés de l’année.

253 allusions pas toujours subtiles plus tard à la paternité de Delphine enfin reconnue par Albert, on se lasse un peu. On a presque pitié du Prince Laurent qui commence à tirer franchement la gueule de tant de railleries sur sa famille chérie. Sophie Wilmes, première ministre par intérim, semble quand même un peu contente qu’on se souvienne de son existence à la tête d’un gouvernement fédéral oublié.

La cérémonie s’achève par le Magritte du meilleur film. Fort à propos, Guillaume Senez, multi récompensé l’année passée pour Nos batailles, rappelle les sélections et autres prix obtenus à l’international par les films en compétition. Histoire de se souvenir que la qualité d’une œuvre ne se mesurera jamais uniquement à l’aune de son succès public. Surtout en Belgique.

Il est 23h. Aux Magritte, la soirée commence. Croquettes de crevettes mangées en sirotant un rhum coca est une expérience. Essayer de comprendre la psyché du Prince Laurent quand il taille le bout de gras avec Freddy Bozo grand manitou du BIFFF est autrement plus compliqué. Je n’en dirais pas plus. Ce qui se passe à la soirée des Magritte doit y rester.

Laurent Godichaux

 

Palmarès complet Magritte 2020 :

 

Meilleur film

Duelles d’Olivier Masset-Depasse
produit par Jacques-Henri Bronckart (Versus production)

 

Meilleur premier film :

Nuestras Madres de César Diaz
produit par Géraldine Sprimont et Anne-Laure Guégan (Need Productions)

 

Meilleure réalisation :

Duelles d’Olivier Masset-Depasse

 

Meilleur film flamand :

De Patrick de Tim Mielants
produit par Bart Van Langendonck (Savage Film) et coproduit par Jacques-Henri Bronckart (Versus production)

 

Meilleur film étranger en coproduction :

Sorry We Missed You de Ken Loach
coproduit en Belgique par Jean-Pierre et Luc Dardenne et Delphine Tomson (Les Films du Fleuve)

 

Meilleur scénario original ou adaptation :

Olivier Masset-Depasse et Giordano Gederlini pour Duelles

 

Meilleure actrice :

Veerle Baetens dans Duelles

 

Meilleur acteur :

Bouli Lanners dans C’est ça l’amour

 

Meilleure actrice dans un second rôle :

Myriem Akheddiou dans Le jeune Ahmed

 

Meilleur acteur dans un second rôle :

Arieh Worthalter dans Duelles

 

Meilleur espoir féminin :

Mya Bollaers pour Lola vers la mer

 

Meilleur espoir masculin :

Idir Ben Addi pour Le jeune Ahmed

 

Meilleure image :

Hichame Alaouié pour Duelles

 

Meilleur son :

Marc Bastien, Thomas Gauder, Héléna Réveillère, Olivier Struye pour Duelles

 

Meilleurs décors :

Catherine Cosme pour Lola vers la mer

 

Meilleurs costumes :

Claudine Tychon pour Seule à mon mariage

 

Meilleure musique originale :

Frédéric Vercheval pour Duelles

 

Meilleur montage :

Damien Keyeux pour Duelles

 

Meilleur court métrage de fiction :

Matriochkas de Bérangère McNeese, produit par Anthony Rey et Julie Esparbes (Hélicotronc)

 

Meilleur court métrage d’animation :

La foire agricole de Stéphane Aubier et Vincent Patar, produit par Vincent Tavier (Panique !)

 

Meilleur documentaire :

Mon nom est clitoris de Lisa Billuart Monet et Daphné Leblond, produit par Isabelle Truc (Iota Production)

 

Magritte d’honneur :

Monica Bellucci