Mahalia à l’Ancienne Belgique (19/12/2019)

Ce jeudi, dans une AB à la belle assistance, Mahalia a livré un show généreux, classieux et résolument moderne malgré un son aussi soul 70’s que r’n’b 2019. J’arrive à peine quelques minutes avant 21h. La première partie assurée par J. Warner est naturellement finie. L’avantage d’aller voir des concerts de genre attribués au féminin (ce qui est absurde, j’en conviens) est qu’avec mon mètre septante-six je suis d’une taille supérieure à la moyenne.

À l’heure dite, bassiste, batteur, guitariste et claviériste sont déjà installés quand Mahalia, bob sur les longues tresses et combi sportive genre body positive, arrive. « Hideout » et sa soul suave sonne déjà bien. Elle sourit, elle danse. Le public est réceptif, enthousiaste. Les « i love you » fusent déjà, la britannique y répond. On est là pour se trémousser, danser, chanter, s’aimer, le mot d’ordre de la soirée est donné.

Après deux morceaux, elle commence à parler. Elle nous dit encore qu’elle nous aime, qu’on est là pour faire ce qu’on a envie, qu’on peut se mettre nu si on veut. Elle est bavarde et rigolote, mais bavarde au risque de perdre parfois l’attention malgré une présence indéniable. Alors je me dis que je trouve les compositions florales présentes sur scène très réussies, et je ne pensais pas écrire cette phrase un jour. Mais, ce n’est pas une blague, c’est vraiment très beau et les lustres joliment métalliques aussi.

Voilà, la première digression (ce ne sera pas la dernière) est finie. Passant constamment du premier au deuxième de ses albums, le répertoire est cohérent. La voix est assurée. Mais si « What Am I » ou « Regular People » sont de grandes chansons, d’autres sont plus faibles et ne sont pas réellement accrocheuses. C’est du moins l’impression que j’avais sur disque. Ici, il y a une telle énergie, une telle sincérité et une vraie qualité d’interprétation que je ne remarque pas la différence de niveau des compositions.

Tous les 3-4 morceaux Mahalia se lance dans des explications de chansons, de leur contexte d’écriture, du fait qu’il est permis mais pas obligatoire aux femmes de coucher le premier soir ou de ne pas porter de soutif. Je suis évidemment d’accord avec tout ça, je pense même qu’il est du rôle des exemples identificatoires (et une chanteuse à succès en est un) de s’exprimer sur le sujet, de le rappeler constamment. Mais Mahalia, même si ça reste léger, sincère, généreux, est quand même très bavarde. Je sais, je me répète, mais je ne suis pas le seul, et on a parfois envie qu’elle abrège un peu ses laïus.

Surtout que musicalement je suis surpris d’entendre à quel point elle parvient à dépasser les codes du r’n’b contemporain qui est tellement affaire de production que le passage sur scène s’avère souvent compliqué. Ici les quatre musicos derrière elle assurent, avec une mention spéciale au bassiste qui envoie de belles lignes de basse ronflantes juste comme il faut. Et aussi généreuse en musique que prolixe en paroles les versions s’allongent pour notre plus grand plaisir, prennent une ampleur nouvelle, laissent encore plus la place aux audaces vocales sans esbroufe, sans chiqué.

Et le final, avec le tubesque diptyque « Seventeen » et « I Wished I Missed my ex », confirme tout ça. « Seventeen », commencée comme un folk acapella s’envole vers une soul méga dépouillée et lumineuse. Après 90 minutes passées sur scène (70 de musique, 20 de papote) Mahalia s’éclipse.

Mais pas pour longtemps. Des enceintes retentit en effet le « Truth Hurts » de sa consœur Lizzo et notre britannique de revenir, descendre de scène et aller danser, s’amuser avec son public. Finir en proclamant son amour pour ce qu’elle pourrait voir comme une concurrente est aussi la sororité réjouissante qu’elle a évoqué à plusieurs reprises. Tout le monde danse, sourit, comme si la fête ne pouvait que se prolonger. Quelques notes encore du « Doo-Wop (That Thing) » de Lauryn Hill et elle part. Générosité, talent, sourire, joie de vivre, politique, que demande de plus le peuple ?

Fripouille

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