Matmos au Botanique (13/06/2019)

matmos_300x666Après que le Dieu Chronos m’ait empêché d’assister à la première partie assurée (ou pas, je ne saurai jamais) par John Wiese, je débarque au Botanique un peu exténué. Les Matmos, devant l’Orangerie, sont occupés à deviser en toute détente avec quelques futurs spectateurs en leur vendant quelques exemplaires de leur discographie. Heureuse surprise, la salle, en configuration assise ce soir, est assez peu remplie pour que je puisse encore choisir ma place. Petit miracle qui me semble parfaitement convenir à l’art du duo de San Francisco et à mon état de fatigue avancé.

Quelques minutes d’observation de la scène laissent apparaître un beau bordel sur leurs tables de travail en plus des habituels Macs et autres synthés et séquenceurs. Le dernier album Plastic Anniversary va pouvoir renaître sous nos yeux, dans nos oreilles. À 21h, ils débarquent. M.C. Shchmidt, chemise blanche à manches courtes et cravate noire impeccable, aurait pu être trader à Wall Street dans une autre vie. Drew Daniel, chemisette sans manches, exhibe ses tatouages de nerd underground. Avec humour, ils présentent leur projet de faire un album uniquement avec des sons tirés de matériaux plastiques.

Immédiatement son et images se complètent; Matmos rejoue une musique dont on comprend la fabrication par la projection. Grincements sur un bouclier de flic, martèlement de celui-ci; ça se frictionne, ça se triture, ça se boucle. Des images d’affrontements avec des manifestants font aussi monter la tension sonore; c’est presque dansant mais ça dérange aussi l’ouïe, l’agresse même parfois. On est déjà aux limites de la musique techno et de la musique concrète mais aussi de la performance bruitiste. Dans leurs interventions les deux complices s’amusent de ces classifications qui devraient définir la musique. M.C Schmidt finit chaque morceau hilare comme un garnement qui aurait fait une bonne blague de plus.

matmos_850x300L’esprit ludique semble être le moteur de fonctionnement du duo San Franciscain. Schmidt prend une boîte en plastique d’apparence banale et de stridences loopées à de petits coups frappés et réarrangés en direct par Drew Daniel on assiste à la (re)création d’un morceau. La musique est toujours envisagées sous les prismes du jeu, du sourire et de l’artisanat. Nos deux gaillards s’amusent et ça se voit, ça se transmet.

Pourtant, alors que sur disque leur démarche me passionne à chaque fois, étrangement le dispositif pour le live, pour tout généreux qu’il soit, finit par me lasser, m’épuiser. Mon attention se relâche, je commence à trouver que les morceaux s’allongent souvent inutilement, qu’ils manquent d’une tension par désir (trop grand ?) d’une légèreté. Quand pour conclure le set des froissements de sacs plastiques et autres triturages de matières s’éternisent pendant plusieurs minutes j’ai beau comprendre et apprécier la démarche (soulignée par des images de pollution plastique de notre terre), entendre la complexité de la construction, je finis quand même par m’ennuyer respectueusement.

Le rappel avec le renfort de John Wiese, un peu vainement bruitiste et dissonant, viendra confirmer qu’il m’est difficile de rester une heure durant en compagnie d’une musique expérimentale qui m’apparaît parfois au final tourner en rond quand elle doit être reproduite en live. Et, même si c’est dommage, je dois reconnaître que mon enthousiasme originel s’est transformé en sentiment assez mitigé.

Fripouille

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