Meridian4 – Collateral (2019)

Meridian4 - CollateralIl semblerait que Khaleesy se soit barrée sur son lézard, loin, vers les terres ibériques, en laissant derrière elle son armée. Ciao, à la revoyure. La bonne nouvelle, c’est que la dite-armée n’a point courbé l’échine et s’est reconvertie, à hauteur du 4ème méridien terrestre, pour donner naissance à ce groupe éponyme.

Quand mes oreilles ont entendu parler de Meridian4 pour la première fois, j’avais quelques doutes. « On fait du prog » m’avait dit mon pote Wobi (bassiste). Je me suis rigidifiée car dans ma tête, métal progressif rimait avec Dream Theater, groupe qui ne figure vraiment pas haut sur la liste de mon répertoire musical. Très bas, même. J’ai vu le groupe en concert et en gros, je me suis fait chier comme un rat crevé…. (Ne me jetez pas la pierre, manants, je ne fais qu’émettre une opinion, n’engageant que moi.)

Disclaimer : aucun musicien ni fan de Dream Theater n’a été blessé au cours de la réalisation de cette chronique.

Cependant, je ne suis pas extrémiste non plus et ne dis jamais non lorsqu’il s’agit de découvrir un nouveau truc. Wobi m’a donc fait parvenir la version non définitive de leur premier EP, Collateral. Surprise ! Ce n’est absolument pas chiant du tout et j’ai bien aimé. Du coup, hop hop hop, organisation d’une rencontre au local de répèt’ : petit set joué en privé, suivi d’une discussion autour de quelques bières. (J’ai, cette fois-ci, évité les écueils de la pochtronnade scandaleuse en restant relativement sage.) Une répèt’ comme sur des roulettes. Le groupe dégage une énergie puissante, mais néanmoins contrôlée. Les musiciens n’en sont pas à leur coup d’essai et cela se ressent dans la synergie ambiante.

Puis j’ai fait mes devoirs, en me penchant sur ce qui caractérise le métal progressif. Plusieurs éléments sont ressortis. Premier attribut, les morceaux sont majoritairement longs. Un aspect qui généralement me rebute un peu car n’étant pas une musicienne accomplie, j’ai assez peu de patience pour les expérimentations solfégiques et arpégiques. (Si vous souhaitez me torturer, attachez-moi à une chaise avec un casque me ricanant du jazz expérimental dans les oreilles). Ma perception de cette superfluité nourrissait cet a priori que j’avais sur le prog. Évidemment, comme souvent, l’ignorance nourrit l’intolérance et je me dois de faire ici un mea culpa. Les morceaux de Meridian4 sont généreux mais ne baignent pas non plus dans l’obésité morbide. Un peu plus longs qu’une chanson de radio typique mais sans pour autant être rébarbatifs. Comme l’explicite si bien Caro Brecht, la chanteuse, « Meridian4 est un groupe prog orchestral. Et dans le prog on peut mettre un petit peu tout ce qu’on veut. » Morgan Pearcy (percussions) rajoute son grain de sel : « L’élément-clé est le mot progressif et pour moi, cela fait référence à la progression que l’on retrouve dans chaque chanson. »

©Stéphanie Elsen

La notion d’orchestral joue un rôle important sur l’album. Le single « Earthquake », par exemple, est le fruit d’une collaboration avec le violoncelliste Johan Nemes (malheureusement, sa contribution passe à la trappe sur la version raccourcie pour la radio). Notons également la participation d’un chœur de vingt-trois personnes. « C’était incroyable, » raconte Samuel Bronchart (guitares), « nous avons réussi à réunir vingt-trois personnes qui ne se connaissaient pas forcément. Caro avait invité ses deux sœurs et sa filleule. La chanteuse d’Anwynn était également présente. » Notre vocaliste (et accessoirement prof de chant et de piano, dans sa propre école de musique, Utopie – ça aide pour rallier des troupes !) enchaîne : « Nous ne nous sommes vus que deux fois. La première fois, nous avons répété. Et la deuxième, nous avons enregistré ! »

Ces addenda extérieurs nourrissent la deuxième caractéristique du prog, que sont les changements de tempo. Encore une fois, j’ai été agréablement surprise par l’absence de lourdeur musicale. Je trouve l’équilibre entre parties lyriques et instrumentales assez bien orchestré. Caro a une voix au timbre clair et sa maîtrise technique est très agréable à écouter, jonglant entre poussées quasi lyriques (sans tomber dans la caricature d’opéra) sur « Ashes of a Memory », growling et machineries vocales sur « The Consecration ». La fluidité des transitions rythmiques est, quant à elle, catalysée par les doigts de fée de Hugo Nemes (keyboards) et renforcée par la basse de Wobi. Les guitares de Sam et Anthony Valle soutiennent et étoffent le tout d’une belle couche de notes appelant au headbang.

En résumé, ce jeune groupe, qui existe depuis novembre 2016, fait montre d’une maturité musicale certaine. Il satisfait ainsi au troisième apanage de la musique progressive, qui veut une instrumentalisation et des compositions plus recherchées, plus complexes. Ce gongorisme musical vient peut-être de l’histoire du groupe. À la base, Caro, Hugo, Sam et Morgan faisaient partie du groupe Khaleesy (haha, vous vous demandiez sûrement ce que la mère des dragons foutait dans mon intro !), groupe de métal symphonique/power/ progressif avec une pincée de flamenco. Au sein de cette formation, la composition musicale était principalement assurée par l’ancien leader et guitariste, Alexandre. Lequel a finalement décidé de partir pour l’Espagne avec son concept sous le bras. Les membres restants jouissant d’une alchimie créatrice indéniable, ils décidèrent de poursuivre ensemble, s’arrogeant les services d’un deuxième guitariste, Anthony, et d’un bassiste, Wobi. Meridian4 a cependant dû fabriquer son propre mécanisme créatif.

©Stéphanie Elsen

Il semblerait qu’il aie réussi à trouver le juste équilibre. Sam s’occupe de composer des bibliothèques entières (sans exagération !) de riffs à la guitare. Caro y greffe ses idées de compo. Morgan et Hugo écrivent des paroles. Caro compose une mélodie de chant. Hugo reprend le sens des mots écrits par Morgan et les incorpore à la mélodie de Caro. Anthony saupoudre le tout de solos de guitare bien placés et Wobi, quant à lui, est le délégué « théorie musicale » : alors que Sam fonctionne principalement au feeling, compose en tripatouillant ses guitares, Wobi étudie la théorie et analyse les pistes. Et de temps en temps il lâche une petite pique, « c’est normal, le dièse, là ? » en parlant d’une note perdue entre les quatorze différentes pistes d’une chanson… Comme vous pouvez le constater, chacun donne un peu de lui-même à chaque morceau et tous ensemble, les membres du groupe jouent sur cette quatrième particularité du prog : la mise en avant d’un concept plus poussé, se traduisant par un contenu soigneusement étudié. Sur ce coup-là, Meridian4 ne nous laisse pas sur notre faim et nous chante une belle comptine.

Félicitations, c’est un joli garçon ! Il s’appelle Collateral. Et ce petit raconte une histoire, divisée en plusieurs chapitres, illustrés par les quatre chansons de l’EP. La narration suit le périple d’une réfugiée en provenance du Moyen-Orient qui fuit les horreurs de la guerre (relatées dans « Ashes of a Memory »),  arrive en occident et atterrit dans une salle de boxe. Elle devient boxeuse et à travers ce sport, exprime ses sentiments, exorcise son vécu et trouve un équilibre. « The Consecration » raconte le combat de sa vie, en parallèle avec un combat sur le ring. « Earthquake » la voit encaisser un coup violent qui lui fait perdre connaissance et revivre les horreurs de son passé dans un flashback. Elle se relève néanmoins et affirme « You can never break me down. » (Jamais, vous ne me briserez). À travers les déboires de cette réfugiée, Meridian4 nous fait prendre conscience que chaque être a un combat à mener, mais qu’au delà de l’adversité inhérente à la vie, l’espoir est toujours là. « There Will Be Light » (La lumière sera). Il suffit juste de ne pas oublier de se donner les moyens de réussir. L’histoire est belle et les conteurs sont doués. Et j’ai hâte de les voir donner vie à leur épopée, sur scène.

Lever de rideau au Garcia Lorca le 8 juin prochain. Rendez-vous là-bas.

Julie

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