MILF d’Axelle Laffont (2018)

milf_300x666Fin 2017 apparaissait le mouvement #metoo, face immergée de l’iceberg du féminisme de troisième génération. Trop longtemps la comédie a été gauloise voire graveleuse, il est dès lors réconfortant de constater que certaines réalisatrices (pour une fois laissons le féminin majoritaire l’emporter) ont décidé de s’approprier le cinéma populaire pour tenter d’y injecter un regard neuf. Après Larguées et Comme des garçons sort cette semaine MILF réalisé par Axelle Laffont, l’ancienne trublionne du P.A.F. (dernière période dorée de Canal+).

Au commencement du film, il y a le pitch de la virée entre potes.  Cécile (Virginie Ledoyen), la quarantaine juvénile, doit vider avant de la vendre la maison de vacances qu’elle avait avec son défunt mari. Elle se fait accompagner par deux amies (Axelle Laffont herself et Marie-Josée Croze), trop ravies de profiter du soleil du Sud à l’œil. Elles veulent aller à la plage, bronzer, rencontrer des mecs et aussi redonner le goût de ces plaisirs simples à Cécile. Le film de copines est un genre en vogue depuis quelques années en France et malheureusement souvent il n’évite pas les écueils du sexisme ordinaire. On va voir comment MILF, malgré son titre racoleur, s’en sort pas trop mal et parvient plutôt subtilement à renverser certains codes (pas toujours, faut pas rêver, c’est aussi prévu pour TF1).

Rapidement, nos trois héroïnes font la connaissance de trois garçons nettement plus jeunes qu’elles. La différence d’âge dans les premiers instants est soulignée encore et encore par le scénario et par les dialogues. Habile procédé pour vider l’étrangeté présupposée des situations, démontré par l’absurdité de ce jugement discriminant encore présent dans nos esprits. Élise (Axelle Laffont) finit par affirmer haut et fort face aux réticences de ses copines l’évidence qu’il n’est pas remarquable pour une quadragénaire et un vingtenaire d’avoir une attirance réciproque.

milf_850x300Le langage lui-même sera interrogé à quelques reprises. Le terme de « cougar », qui est celle qui veut, qui désire, qui vampirise, est avantageusement effacé par un protagoniste pour celui finalement plus positif de « milf », celle qui est l’objet du désir. Même s’il est facile de voir que l’existence d’un qualificatif comme celui-là, qui n’a pas de véritable équivalent masculin, est représentatif du chemin qu’il reste à parcourir pour une véritable égalité.

Progressivement et chacune à leur rythme, toutes trois vont accepter de se faire séduire par leurs prétendants. Eux-mêmes vont changer d’état d’esprit : ne plus vouloir du simple défi de vouloir coucher avec une « milf ». Les couples platoniques ou non vont se confronter aux joies et difficultés, essences mêmes de l’amour.

La réalisatrice semble avoir une admiration pour la jeunesse, ou plutôt pour les nouvelles générations qui vont au-delà de l’attraction physique. À plusieurs reprises, liberté et respect sont mis en avant comme des marqueurs de leur âge, et les seuls personnages masculins qui ont le même âge qu’elles sont vus comme incapables d’évoluer, ne voulant pas admettre que la société devienne plus ouverte, plus égalitaire.

Au final, on aurait un sentiment de feel good movie qui affirmerait avec foi son optimiste envers le futur, s’il n’y avait ce qu’on pense être une maladresse scénaristique que nous ne pouvons spoiler ici. Puis, aussi malgré ses agréables tentatives de renversement du récit, il faut reconnaître que le film d’Axelle Laffont tombe par moment dans la facilité. Une réalisation parfois un peu pataude et une imagination plus télévisuelle que cinématographique empêchent également de faire de MILF une complète réussite.

Fripouille

MILF d’Axelle Laffont avec Axelle Laffont, Virginie Ledoyen, Marie-Josée Croze, Wael Sersoub, Matthias Dandoy, Victor Meutelet. En salles dès maintenant.

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