Miossec au Botanique (20/03/2019)

miossec_300x666Ce mercredi, c’était la troisième fois que je voyais Miossec en concert. La première c’était il y a presque 20 ans, à l’Ancienne Belgique où, fidèle à sa réputation réputation, tellement bourré que son pied de micro lui servait d’ultime béquille, il avait livré une de ses pires prestations; aucune chanson n’avait échappé au massacre de l’oubli de paroles, d’embrouillamini généralisé. Il y a 6 ou 7 ans, il a arrêté de boire pour rester en vie, et dans un festival, il avait livré un concert aussi sage qu’une image, sans flamme, sans passion. Alors j’étais un peu anxieux de ce nouveau rendez-vous. À tort, on va le voir.

Mais d’abord, en première partie, une jolie petite découverte. Lesneux est blond, porte des lunettes, et pourrait ressembler à un songwriter classieux à l’anglo-saxonne (de Scott Walker à Jarvis Cocker). Mais voilà, il vient de Brest, alors entre les chansons déchirantes à souhait, il parle en français, un peu mal à l’aise et en en faisant un peu trop. Il dit avoir appris que les endives étaient bruxelloises d’origine (certainement lié au witloof), on lui répond qu’ici on dit chicons. Il se réjouit d’apprendre quelque chose dit-il. On en est ravi. Puis il y a la voix, la musique et on oublie les maladresses de débutant, on se laisse emporter et on note le nom.

Miossec et son groupe arrivent à 21h03, guitares en avant, percus qui martèlent; ça débotte immédiatement. Tee-shirt du Reflektor comme rappel de son passage de la veille à Liège. « Ainsi soit-elle », extrait oublié de Brûle pour commencer. Le ton est donné, ce sera abrasif et au-delà de l’exploration du dernier album. On va sortir des sentiers battus. Ce ne sera pas un concert best-of et c’est tant mieux. Quelques mercis, quelques courtes plaisanteries entrecoupent parfois la musique mais toujours de façon sporadique. À toute vitesse, dans des versions régulièrement raccourcies, Miossec et ses gars vont enchaîner quasi une trentaine de morceaux comme des morts de faim. Il s’en amuse lui-même, il précise qu’à Liège, la veille, ils allaient encore plus vite. Les chansons sont livrées dégagées de leurs beaux oripeaux de studio, on est au plus près de l’os. Miossec, 54 ans déjà et qui souffre dans sa chair (il est atteint d’ataxie) n’a plus d’autre choix que d’aller à l’essentiel. Alors il dépouille ses chansons, il nous montre leur squelette, leur essence dans toute leur tendre rugosité.

miossec_850x300On y entend l’importance qu’il a eu il y a une vingtaine d’années en réinventant la manière d’écrire en français. Entre trivialité, et lucidité (sur soi et sur les autres), désenchantement, il ne reste plus que l’humanité pour nous sauver. Son vocabulaire entre immédiateté et métaphores mal torchées, pas polies donne un style unique, décapant et touchant à la fois. « La mer, quand elle mord, c’est méchant » après une demi-heure de concert est un premier morceau de bravoure. En personnalisant la mer, il lui dit tout son amour et toute sa crainte. La colère aussi de l’avoir vu voler quelques proches. On sait que c’est ressenti, on sait que ça ne peut être écrit que par un breton. « La ville blanche », qui parle encore et encore de Brest, conclue une première fois le concert. On est sonné, parfois un peu noyé par le déluge sonore, par le trop plein de mots, par le rythme effréné. Et on est content de souffler quelques secondes avant le rappel.

« Après le bonheur », « Les bières s’ouvrent maintenant manuellement », « La mélancolie » et « Brest » forment un premier rappel en forme de sprint. Enfin on a les mini-tubes du breton mais une fois de plus on a à peine le temps de les digérer. On est presque frustré, on aurait voulu que ces morceaux-là aient au moins le temps de respirer et nous aussi par la même occasion. Le majestueux « La vie sentimentale » ouvre le deuxième rappel. Enfin, la place est laissé au souffle. « Je m’en vais » qui lui succède a tout l’air de finir la soirée sur ce dernier moment d’extase collective avec son refrain cruel « Je n’ai aimé que toi, je t’embrasse jusqu’à en mourir« . Mais il sera dit que Miossec est généreux ce soir, qu’il veut encore tout donner, et c’est un homérique « Nous sommes » qui nous laisse survivants, rescapés.

On sort enfin. On se dit que le breton vieillit bien et qu’on n’aura plus d’appréhension la prochaine fois qu’on ira à sa rencontre.

Fripouille

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