MNNQNS au Botanique (14/02/2020)

Ce vendredi, au Witloof, la hype rouennaise MNNQNS donnait leur premier concert bruxellois. S’il était indéniable que les premiers EPs et l’album Body Negative avait laissé apparaître un indéniable savoir-faire pour fabriquer des tubes à l’immédiateté et efficacité bluffantes, nous nous demandions ce que le passage au live pouvait donner. Quelques interviews trop branleurs arrogants pour être honnêtes et un visuel un peu trop léché nous avaient fait craindre que la pose et l’attitude puissent prendre le pas sur la sincérité, que le statut de sauveurs du rock frouze trop souvent apposé à leur nom sonnent un peu comme une arnaque. Nous allons voir que tout est plus compliqué que ça, et tant mieux.

Quelques minutes avant 20h, le groupe traverse la scène du Witloof et branche un gros larsen. C’est strident mais pas trop fort. Alors pourquoi pas pour annoncer la couleur. Ils le laissent tandis qu’ils s’installent à 20h05. Chanteur à mèche négligée qui retombe savamment dans les yeux, on est pas loin d’un BB Brune, guitariste en coupe frisée fofolle et toutes moustaches au vent, bassiste au look d’un Hanson qui n’aurait même pas vieilli et batteur marinière et tatouages, ils sont beaux et le savent. Avec un peu de mauvaise foi, on se dit qu’on n’est pas loin du déguisement du rocker cool pour pub Zadig & Voltaire.

Le larsen est coupé. « Material Girl » de Madonna revisité toutes guitares post-punk dehors. On s’attendait pas vraiment à ça. Le vieux morceau de la Madone est approfondi par l’interprétation genre diatribe. C’est presque politique. Faut reconnaître, classe et audace de commencer en 2020 un concert de rock par un contre-pied qui ne tombe pas à plat, qui n’est pas vain.

Les morceaux piochés un peu partout dans les EPs et dans l’album s’enchaînent à toute vitesse. La qualité des chansons est remarquable, l’exécution impeccable. Il y a une vraie maestria. Tout est bien. Le son est même cradifié par des distos distordant bien. Mais c’est raisonnable, ça manque de folie, de chair. On est épaté par la performance, mais on reste un peu sur le coté, un peu extérieur à tout ça. D’ailleurs le public semble aussi en vouloir plus.

Puis à mi concert, Adrian enlève sa belle veste en cuir. La chemise est aussi très belle. Mais maintenant on s’en fout. Il entame « NotWhatYouThoughtYouKnew » du EP Advertisement de 2018. Et le concert change de dimension. Tout devient plus incarné, plus habité. Il se rapproche du devant de la scène. « Wire (Down to the) » est chanté partiellement front à front avec un spectateur enthousiaste du premier rang. Ça sue, ça cherche son souffle.

Vient la triplette « Urinals », « Tape Counter », « Idle Threats » et sa puissance tubesque. On rentre dans une phase prébordélique. Ça gesticule sur scène, dans le public. Les chevaux sont lâchés. Adrian, possédé, n’est plus dans la pose, dans l’affection. Son regard fasciné ou halluciné se fixe sur le plafond voûté du Witloof, tellement proche, tellement anxiogène. Les guitares sont encore plus stridentes, expérimentent plus, les racks à pédales sont maltraités à la recherche de toujours plus d’effets. Nos lascars règlent eux-mêmes n’importe comment des stroboscopes de scènes. Ça envoie des gros flashs dans la gueule du public, ça part en sucette.

Trois nouveaux morceaux méchants et sales achèvent le set. La rage et la joie de la partager engendrent communion avec les spectateur.ice.s. Adrian pend sa guitare à une rampe d’éclairage, on sait pas trop bien pourquoi mais on s’en tape. Le groupe entier fout le souk sur scène. Il y a maintenant l’urgence et le danger; pour de faux mais indispensables au rock à guitares.

Une heure dix de concert où finalement tout le monde a tout donné, ou la retenue des premières fois s’est estompée, s’est envolée. MNNQNS n’est peut-être pas la millième révolution du rock mais est une machine méchamment bien huilée qui n’a pas peur des embardées. Et quand ils oublient combien ils sont bons ils deviennent mieux que ça : foutrement vivants.

Fripouille