Moderat au Cirque Royal (08/04/16)

Moderat-imageC’est le grand retour des berlinois sur scène. Après un album II, magnifique et une tournée encore plus grandiose (live report ici), Moderat a la lourde tâche de succéder à ce niveau d’excellence scénique, avec comme nouvelle base le tout jeune III, sorti le 1er avril 2016. C’est donc le rendez-vous de ce vendredi au Cirque Royal. Avec la première partie assurée par Shed, membre effectif du défunt label 50 Weapons, nous prenons place dans l’antre bruxelloise, devenue comme tout endroit public, un haut lieu de la sécurité. Moderat a donc le devoir musical de nous faire oublier ce monde pendant un temps !

Assis, c’est comme cela que le concert commence, avec Shed, maître artificier du rythme qui ne colle absolument pas à la mélodie. Musique désynchronisée et lourde, on a du mal à danser, à bouger. On est un peu déconcertés par cet artiste qui augmente le malaise avec nous par une prestance scénique inexistante. Du coup les morceaux se terminent et s’enchainent sans applaudissement, laissant place à des transitions pour le moins bizarres. On ne comprend pas grand chose et tout le monde semble impatient de voir les trois berlinois, quitte à laisser sur la paille ce bon vieux Shed. Chose faite puisque celui-ci disparait littéralement au milieu d’une chanson qui ne semblait pas finie (ou si ? on ne saura pas). Techniciens à l’œuvre, le Moderat Tour s’installe.

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« Ghostmother », extraite du dernier album, ouvre le concert (me réjouissant de l’entendre dès le début, c’est pour moi la bête noire de l’album). Bim, bam, boum, la claque, la balle de tennis en pleine face quand Apparat lance sa voix dans le micro. Un retour de bâton mérité. Je partais en effet très inquiet pour ce concert, je me retrouve dès les premiers mouvements musicaux à partir, me laisser entrainer par cette machine allemande. La fiabilité il n’y a que ça de vrai !

Pour continuer dans cette dynamique de réussite assurée, Moderat place « New Error » issue de leur première galette. L’agrémentant de tous les arrangements possibles, ce morceau devient un mega-tube de dancefloor. Le concert se poursuit alors sur un mélange subtil des titres des trois albums, enchainant par exemple l’entêtant et répétitif « Abandon Window » (remix de Jon Hopkins), avec le spatial « Eating Hooks », tout cela en n’y voyant que de feu. Moderat est sacrément en place, la voix d’Apparat est tout simplement parfaite. Depuis la précédente tournée, ils sont passés à un niveau supérieur, ça bosse dur et on le sent. Modeselektor se prêtent aussi au jeu accompagnant ainsi Apparat sur beaucoup de morceaux.

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Vertigineuse est aussi l’installation visuelle : le calcul millimétré de se dire que la musique est déjà monstrueuse, il faut quand même lui rajouter un visuel qui envoie. Chose faite, c’est sûrement sur la plus belle scène que j’ai pu voir en musique électronique, juste avant… la précédente tournée de Moderat. Lasers, jeux de lumières, spotlights juste déments et surtout un VJing de toute beauté démontrent la force de travail et de perfection du groupe. Rien n’est fait à moitié et tout est dans le détail. Chaque morceau a droit à sa propre identité visuelle. « Running » se révèle dans un amas de fumée où les lasers dressent une barrière entre nous et les artistes. Tandis que « Versions », issu de l’album II, qui vient clôturer ce concert d’anthologie, s’habille d’un visuel sobre et dynamique.

D’une communication enivrante par la musique, le groupe l’est aussi par le sourire et le dialogue avec le public. Une réelle satisfaction de faire marcher leurs compos se dégage des trois acolytes et on le ressent fortement. Voilà une vraie communion en somme.

Moderat vient encore de casser la barre du « mais peuvent-ils mieux faire que la dernière fois ? ». Un tour de passe-passe inimaginable. Est-ce du génie ou de l’escroquerie ? Je n’ai pas encore la réponse mais je penche pour la première option. Ils sont des artistes majeurs qui ont une place au milieu des grands. Et quant à savoir s’ils vont continuer, une seule question se pose : peuvent-ils mieux faire que la dernière fois ?

Paulo

Setlist

Ghostmother // New Error // Let In The Light // Reminder // Running // Abandon Window (Moderat Remix) // Eating Hooks // Rusty Nails // Animal Trails // Last Time // Nr. 22 // Bad Kingdom // The Fool // Intruder // Rappel : Versions

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