Mug et The Wife (2018)

Ce mercredi deux films ont plus particulièrement retenu mon attention. Mais entre le britannico-suédois The Wife et le polonais Mug il n’y a aucun point commun.

46468478_287933725057630_2089319603149733888_nCommençons par Mug, étrange film polonais dont le pitch laisse déjà songeur. Jacek (Mateusz Kosciukiewicz) aime le heavy métal, sa petite amie et son chien. Mais en travaillant à l’érection de la plus grande statue de Jésus au monde, il chute et se retrouve défiguré. Une greffe de visage plus tard, sa vie est bouleversée, moins simple, il est devenu l’attraction de toute une région, de tout un pays, mais il a aussi perdu ce qu’il aimait peut-être le plus : sa liberté, sa tranquillité.

Réflexion sur la célébrité, sur la religion, sur la possibilité d’être soi quand on n’a plus son visage, sur la vénalité, les thèmes brassés par Malgorzata Szumowska la réalisatrice sont nombreux et sont difficilement résumables sans spoiler excessif. Mais, le film ne se résume pas qu’à son scénario, à son sujet. Szumowska montre la campagne polonaise avec un mélange de rudesse et de réalisme magique. Parfois on s’y croit au 19e siècle, parfois on est en plein 21e. Ça donne un parfum d’intemporalité au film tout entier. Le spectateur ne sait plus où il est, il peut s’échapper avec le personnage, aller vers un ailleurs. Tout est fait pour susciter de l’empathie avec Jacek; il a beau ne pas être toujours sympathique, on est de son côté, on veut qu’il retrouve son insouciance d’origine. Exotisme aussi pour nous spectateurs bruxellois : souvent la Pologne qu’on voit représentée dans le dynamique cinéma polonais va vers ceux qui vivent en ville, ceux qui ont quitté la campagne, ceux qui sont du bon côté du miracle économique. Le pays que donne à nous voir Szumowska est bien différent, mais il est bon d’aussi rappeler son existence.

46335613_177933933153470_3692162030346698752_nThe Wife, sous couvert d’un drame aux contours policés, est tout aussi cruel.  Joan (Glenn Close) ne parvient pas à cacher son agacement face à la joie de Joseph (Jonathan Pryce) son mari honoré par le prix Nobel. Secrets honteux et non-dits vont petit à petit ternir les apparences d’un écrivain trop parfait pour être honnête. Tartuffe, l’écrivain célèbre ne se rend même plus compte de la fausseté de son histoire, du jeu de dupes qu’il a accepté il y a des décennies. Il a l’impression d’être le grand auteur qu’il n’a certainement jamais été.

Sous sa facture classique, le film de Björn Runge attaque une société patriarcale, bourgeoise, enfermant chacun dans des rôles pour le plus grand malheur de toutes et tous. Oslo et les ors du Nobel y sont auscultés avec une précision chirurgicale, tout n’y est vu que comme apparence narcissique. Glenn Close en femme blessée y confirme une nouvelle fois toute l’étendue de son talent. Ce rôle de femme forte renvoie aussi à la place que Hollywood donne aux actrices de son statut quand elles sont moins jeunes, quand elles ne sont plus vues comme exploitables pour un marché toujours en recherche de chair fraîche.

Et si on pouvait craindre au départ un film un peu poussiéreux, un peu compassé, la brillance de la mise en scène, la justesse du scénario et des dialogues, ainsi que l’interprétation, finissent par nous convaincre.

Laurent Godichaux

Mug (Twarz) de  Malgoska Szumoska avec Mateusz Kosciukewics, Agnieska Podsiadlik et Malgorzata Gorol.

The Wife de Björn Runge avec Glenn Close, Jonathan Pryce et Christian Slater.