Natalie Prass au Botanique (19/11/2018)

46499198_402442083627830_8268193656939216896_nEn avril 2018 j’avais été parmi les chanceux spectateurs d’un showcase acoustique de Natalie Prass en piano-voix, seulement accompagnée parfois d’une guitare. Les chansons y étaient alors nues mais l’ossature se révélait assez solide que pour être déshabillée des magnifiques costumes du studio. J’étais néanmoins impatient de découvrir comment la nature élégante et discrète de la chanteuse américaine allait pouvoir s’accommoder du funk et de l’extraversion du dernier album, le bien nommé The Future And The Past.

Mais avant ça, il y a H.C. McEntire en première partie. Celle-ci propose une americana folk country bien en place. Et tout est là. La voix est chaude et puissante, la guitare sonne bien, même la chemise de cow-girl est sur les épaules. Pourtant il manque quelque chose pour ne pas sombrer dans l’ennui. Certainement un peu plus de personnalité musicale. C’est dommage, mais ce n’est pas très grave.

« We Are Family » des Sister Sledge retentit dans les enceintes tandis que Natalie Prass et ses acolytes rentrent sur scène. Ça groove déjà. Natalie, j’ai envie de l’appeler par son prénom comme une bonne copine, danse. Elle porte une chouette petite robe bleue brillante entre sagesse et paillettes; on voit qu’elle a décidé d’assumer ses envies festives. A plusieurs reprises en interview elle a expliqué ne plus vouloir être contrainte par la position assise imposée par le piano. D’un geste entre autorité et timidité, elle demande à l’ingénieur du son de faire taire les sœurs Sledge.

Dès les premières notes de « Oh My », on sait que la musique d’arrivée est tout sauf le choix du hasard : le funk est là, la basse vrombit, la guitare wah-wah à qui mieux mieux, le Roland Juno groove, et la batterie, martiale et souple à la fois, assure la rythmique. Et Natalie chante divinement bien, entre seventies et nineties. Son r’n’b est référencé, assumé, mais jamais passéiste.

46491914_568691980242432_2418707925049540608_nNatalie Prass a maintes fois expliqué qu’elle était en écriture de son deuxième album au moment de l’élection de Trump. Ses chansons évoquaient une rupture amoureuse mais l’électrochoc de cette actualité lui a fait tout jeter; l’urgence n’était plus là, elle voulait parler de son pays, de la condition de la femme, voulait sortir de sa bulle. Les musiques qui lui sont venues pour ce propos ont aussi changé : elle voulait de la danse, que tout soit moins désolation que joyeux combat.

Alors sur la scène de la Rotonde, elle bouge, elle blague, elle rit, elle est heureuse d’être là. Par moments, on sent qu’elle surmonte avec bonheur une certaine retenue pour nous offrir tout ça. Mais ça rend les choses encore plus belles, plus touchantes. Elle a besoin que le public lui apporte de la force pour poursuivre son évolution vers plus d’épanouissement encore.

Tout le dernier album est passé en revue avec générosité. Des versions époustouflantes de « Never Too Late » ou de « The Fire » me font me trémousser. Pour « Far From You », dédiée à Karen Carpenter, elle se met seule au clavier, et j’ai envie de chialer toutes les larmes de mon corps. Parfois le son se durcit un peu, la guitare se fait plus tranchante et ça fait du bien aussi. On a devant nous une immense artiste à sa plénitude, une jeune femme de 32 ans qui peut se permettre tout, d’aller où elle le veut, portée par une sincérité et une justesse d’émotion. La voix claire est assurée, parfait mélange de force et de fragilité. La complicité avec les remarquables musiciens est évidente.

Tout le monde est heureux d’être là. Personne n’a envie de repartir, personne n’a envie que ça finisse. Le rappel est quasi immédiat. Elle continue « Ain’t Nobody » comme si elle ne l’avait pas achevé comme elle voulait, elle le rend encore plus rapide, plus groovy, plus frénétique. Elle se sent bien ici; quand elle le dit, ça ne ressemble pas à des paroles prononcées chaque soir.

Alors elle nous offre, en compagnie de son claviériste, deux ballades folk-soul déchirantes. J’ai encore envie de pleurer devant tant de beauté. C’est fini après 1h30 de concert. Je traîne encore dans les couloirs du Botanique, je croise un ami musicien, nous nous accordons sur la magie du moment qu’on vient de vivre et également sur le classement très haut du dernier album de Natalie Prass dans nos top de l’année.

Elle sort des loges, elle sourit, et je le prends pour moi avant d’affronter le froid.

Fripouille aka Laurent Godichaux

Vous aimerez aussi