Neneh Cherry à l’Ancienne Belgique (02/03/2019)

53395021_373235153514736_6211176498527731712_nEncore jeune adolescent, j’entends « Buffalo Stance » avant même de m’intéresser vraiment au hip-hop. Le morceau imprègne ma mémoire mais je ne retiens pas le nom de Neneh Cherry. C’est à l’énorme troisième album Man, porté par le tube « 7 Seconds » avec Youssou N’Dour, que je rentre vraiment dans l’univers de la chanteuse. Ce CD, je l’ai écouté et réécouté depuis plus de 20 ans, à chaque fois impressionné par son unique mélange entre la soul la plus pure et le hip-hop le plus audacieux (même si aujourd’hui je lui préfère Raw Like Sushi et Homebrew, les deux premiers albums). À l’époque, je l’ai vu enceinte jusqu’aux yeux livrer un show dingue dans un Forest National en ébullition. Ensuite, depuis plus de 20 ans, de projets solo en groupes éphémères, j’ai suivi avec admiration la carrière sans faux pas, entre prise de risque et intégrité de la suédoise. Ce samedi, dans une AB réduite et soldout, elle venait présenter l’extraordinaire Broken Politics paru l’année passée.

À 20h précises (AB oblige, on y reviendra), Kelsey Lu monte sur scène pour assurer la première partie. J’avais remarqué son EP Church d’il y a trois ans. S’étant échappée à 18 ans d’un étouffant environnement mormon, elle y conservait quand même une évidente religiosité dans ses interprétations, dans sa musique. Ici, au début, on remarque d’abord la pureté, la puissance évocatrice de la voix, la ferveur de chaque mot prononcé. On en oublie qu’il est toujours dommage d’être seulement accompagnée par les pistes studios, surtout pour une musique qui se veut aussi spirituelle. On pense seulement à la phrase de Cioran « s’il y a quelqu’un qui doit tout à Bach, c’est bien Dieu« . On se dit que le barbu doit quand même aussi pas mal à la voix de Kelsey Lu. Puis les minutes passent, les morceaux s’enchaînent, et de façon inattendue, l’ennui s’empare de nous, on voit déjà les tics, le maniérisme. Mais on sera quand même heureux de la revoir dans de meilleures circonstances avec un accompagnement plus digne de sa voix, de ses compositions.

À 21h tapantes arrive Neneh Cherry et son crew. Immédiatement, avec son « Fallen Leaves » issu du dernier album, le ton est donné. Une harpe toute en finesse est un contrepoint parfait aux beats électroniques et aux rythmiques bien lourdes déjà envoyés par les autres musiciens. Après cette ouverture pleine d’une intense douceur, on rentre véritablement dans le nerf du sujet. Neneh demande de balancer des « motherfucker beats » et ça remue déjà. « Shot Gun Shack » rappelle à quel point la suédoise est sans conteste une des meilleures voix des musiques urbaines depuis plus de 30 ans déjà.

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Les morceaux s’enchaînent, les instruments s’échangent, on découvre que l’extraordinaire harpiste peut également assurer un groove démentiel quand elle passe à la basse. Tout le monde sur scène semble ravi d’être là, ça y bouge encore plus que dans le public. Le groupe tout entier, à la fois disparate et cohérent (entre 20 ans et 60 à vue d’œil, meufs et mecs…) prend un pied d’enfer et ça se voit. Broken Politics est entièrement retravaillé pour le live, les basses sont puissantes et obligatoirement dansantes. Et Neneh Cherry, chaleureuse, plaisante, danse sans jamais écraser ses musiciens par sa présence.

Après une heure de concert est livré un « Manchild » d’anthologie, de la soul de velours au hip-hop conscient et survitaminé, la transition se fait avec un naturel qui est entièrement la marque de fabrique de Neneh. « Soldier », dernière piste du dernier album, fait un peu redescendre la pression pour clôturer le concert avant le(s) rappel(s).

Quelques applaudissements et tout le monde revient pour un final en deux temps. D’abord avec un « Faster Than Truth » revisité de bout en bout par des arrangements électro; on est en club, on sue. On pense finir avec la doublette formée par les deux plus gros succès que sont « 7 Seconds » (avec l’impeccable prestation vocale de Cameron Mc Vey, l’éternel complice) et « Buffalo Stance ».

Mais il faut à peine un peu insister et déjà tous reviennent pour assurer la demande d’un fidèle spectateur qui avait sollicité qu’elle refasse l’étonnante reprise du « I’ve Got Under My Skin » paru en 1990 en soutien à la recherche contre le SIDA. Entre électro technoïsante et lyrics rappés, ce morceau a conservé toute son incroyable fulgurance. Les sourires sont plus présents que jamais. On en veut terriblement à l’AB de son intransigeance rigoriste de lui avoir précisé avant son dernier retour que « de uur is the hour » et qu’on ne pouvait dépasser 22h30 (finalement il sera 22h34), tant on aurait voulu que ça se prolonge encore.

Fripouille

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