Nick Waterhouse à l’Ancienne Belgique (19/02/2017)

Parmi tous les artistes qui font vivre une musique disparue longtemps avant leur naissance, on trouve plusieurs catégories. Il y a les passionnés obsessionnels, il y a ceux qui s’appliquent à recopier scolairement les codes désuets, et il y a les petits génies qui parviennent à faire du neuf avec du vieux. Nick Waterhouse, c’est un petit peu les trois à la fois.

Un troisième disque qui ressemble fort aux précédents et la même tête d’enfant sage du rock à la Buddy Holly avec raie sur le côté : Nick Waterhouse est de retour, on pourrait croire qu’exceptée sa barbe, pas grand-chose n’a changé depuis son premier passage il y a maintenant cinq ans. Les mauvaises langues iront même jusqu’à prétendre qu’en plus de vivre dans le passé avec ses vieux vinyles et ses enregistreurs analogiques, le chanteur / compositeur / producteur californien reste, lui aussi, figé dans les mêmes gimmicks. Ce serait mal connaitre le personnage et ne pas apprécier le travail continu et méthodique de cet enfant de la soul au sens littéral ; la musique qui a de l’âme.

Derrière Never twice, troisième album aux allures de photographie sépia ornant un dinner contrefait pour décor de studio hollywoodien, on trouve pourtant une histoire digne des meilleurs biopics fantoches se déroulant dans l’Amérique des fifties. Nick, très exigeant quant au travail analogique de sa musique, réclamait que ce soit Mike McHugh qui produise son disque. Il est donc passé chercher cet ingénieur du son, qui a travaillé notamment avec les Black Lips ou Ty Segall, juste à sa sortie de prison, écopé pour une sombre histoire d’agression de flic lors d’une nuit bien arrosée. Il faut dire que l’abus de drogues ne l’a pas vraiment aidé à affronter ses problèmes de schizophrénie et de paranoïa. Du coup, on hausse les sourcils et on ouvre un peu mieux ses oreilles en se disant que le jeune crooner, de même pas trente ans, cache sans doute bien son jeu derrière ses petits airs de premier de classe de musique.

Crédits : Volume Magazine

Crédits : Volume Magazine

Si les métaphores cinématographiques n’ont pas suffi à poser la toile de fond, précisons que nous avons affaire à un jeune prodige qui ne jure que par le vieux rhythm and blues empreint de jazz et de gospel, à la fois sensuel et élégant. Ceux qui le suive depuis le début de sa courte carrière auront remarqué que le bonhomme voit son line-up évoluer au fil du temps. Alors qu’on l’avait déjà vu avec un orchestre bien fourni en choristes, cuivre et percussions, il était cette-fois entouré par un groupe plus minimaliste, assez semblable à celui qui l’accompagnait au dernier festival de Dour. Une constante : des musiciens d’un talent et d’une technique exceptionnels. Mentions spéciales au saxophoniste stoïque typé pokerface et ses lunettes de soleil rondes.

Le public est sans doute moins électrisé qu’au festival susnommé, le cadre et le dimanche soir se prêtant moins aux cabrioles. « Feel free to dance, even if it seems a bit tight down there » nous enjoint l’artiste, remerciant au passage les organisateurs d’avoir placé les musiciens proches les uns des autres. Mais il faudra s’y faire : aussi sympathique soit la configuration « ABbox » de l’Ancienne Belgique, on est encore loin de l’ambiance de club de jazz clandestin des années 50, quand bien même on se marche un peu tous les uns sur les autres. J’aurai personnellement droit à quelques remontrances après m’être essayé à quelques pas de swing, ou simplement avoir commenté l’une ou l’autre titre de manière un peu trop enthousiaste pour les mélomanes qui m’entouraient.

Nick Waterhouse, la veille à Amsterdam

Nick Waterhouse, la veille à Amsterdam

Et la musique, alors ? Me demanderez-vous. Sans pouvoir être objectif, étant moi-même un admirateur de l’animal, je peux néanmoins dire qu’un bon équilibre a été trouvé entre tubes (l’incroyablement entêtant « Dead Room », officiellement la chanson préférée de l’interprète), vieux tubes (l’imparable « Some Place » durant lequel même le mélomane austère mentionné plus haut dandinait son popotin) et nouveaux tubes (Nick n’a pas pu s’empêcher de sourire largement en voyant la moitié de la salle reprendre le refrain de « LA Turnaround. ») Le set sera parsemé d’intros jammées et de quelques anecdotes -sur Trump et ses électeurs qu’il faut « vouloir comprendre » avant « Say I Wanna Know », sur ses potes les Allah-Las, autres orfèvres du vintage dont il est le producteur et qui lui ont filé les paroles de « Don’t you forget it » pour qu’il en fasse sa propre version, etc. et s’achèvera sur une reprise explosive de « Pushin Too Hard », le hit des Seeds. Un concert de 1h40, sans première partie et donc terminé avant 22h30, mais qui m’empêchera encore de dormir trois heures plus tard, les fourmis continuant inlassablement de valser dans mes jambes.

Maxime Verbesselt

Setlist

I Had Some Money (But I Spent It) // Dead Room // Sleeping Pills // It’s Time // I Can Only Give You Everything // Straight Love Affair // Holly // Tracy // Katchi // LA Turnaround // Don’t you forget it // Is That Clear // (If) You Want Trouble // Say I Wanna Know // Some Place // This Is a Game // The Old Place // Pushin To Hard

 

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