Nico 1988 de Susanna Nicchiarelli (2018)

nico1988_300x666À 20 ans, j’ai vu Nico Icon, le documentaire de Susanne Ofteringer. Je suis tombé immédiatement amoureux de Nico qui est bien plus que la chanteuse de quelques morceaux sur l’extraordinaire premier album du Velvet Underground. Je savais que je me marierai avec elle quand je serai grand, qu’on aurait plein d’enfants drogués jusqu’à la moelle, tellement beaux et mystérieux aussi. Le fait qu’elle était morte depuis quelques années déjà ne me gênait pas outre mesure. Depuis, même si j’ai renoncé à cet espoir un peu fou, ma fascination pour Nico ne s’est jamais démentie. J’ai découvert certains de ses aspects peu reluisants mais l’amour ne fait pas attention à ça; au contraire ce sont les aspérités, les détails qui permettent de s’accrocher à une personne. C’est donc avec une dangereuse curiosité que j’attendais la découverte de Nico 1988 réalisé par Susanna Nicchiarelli, étonnante production belgo-italienne qui revient sur les derniers moments de la musicienne/chanteuse. Et comme je n’aime pas beaucoup les biopics, ça pourrait quand même compenser ma partialité assumée.

Premier bon point à mettre à l’actif du film. Il y a l’incarnation. On aimerait se dire que la ressemblance physique n’a aucune importance, que ce n’est qu’anecdotique, mais ce n’est pas vrai. J’aurais pu ne jamais rentrer dans le film si je m’étais posé tout du long la question de la pertinence du choix de Trine Dyrholm. Heureusement ça n’a pas été le cas. Évidemment on n’évite pas quelques clichés dans les attributs associés traditionnellement aux tox. Ma connaissance de Nico fait aussi que même si le travail vocal de la comédienne est bluffant, la voix tellement unique de Nico ne pouvait être imitée, et les cassures, les imperfections m’ont parfois manqué. La décision de réarranger la plupart des morceaux était certainement la plus intelligente pour qu’on ne tombe pas dans un mimétisme qui aurait été d’office peu réussi voire peut-être risible.

Mais même s’il fallait certainement l’évoquer, un film n’est pas que performance d’actrice. En choisissant de se concentrer sur la dernière année de la chanteuse, la réalisatrice évite l’écueil de l’exhaustivité ou du défilé de sosie de célébrités qu’aurait pu être un récit plus factuel de la vie de Nico (où se sont côtoyés pêle-mêle Fellini, Warhol, Dylan, Delon,…). On rentre dans son existence à une époque où elle a fui la gloire plus ou moins volontairement. Elle ne veut d’ailleurs plus qu’on lui rappelle son passé et aimerait même qu’on l’appelle Christa de son vrai nom. Elle veut se débarrasser de Nico qui charrie trop de douleur et de souvenirs encombrants.

nico1988_850x300Susanna Nicchiarelli montre son personnage au plus près de son humanité. Elle a 48 ans mais on sent qu’elle est en bout de parcours, que l’inéluctable fin est proche. Son dernier album Camera Obscura, aussi impeccable qu’il soit, a été un échec commercial : trop expérimental, trop novateur. Elle monte un nouveau groupe pour une tournée qui n’a plus grand chose du glamour qu’elle a connu. L’aigreur et la colère sont ses sentiments dominants. Entre deux décrochages, la dope est toujours présente. Elle aimerait revoir son fils mais c’est compliqué. Ce n’est même pas certain qu’il en ait le désir. Alors elle s’accroche à sa musique, elle est parfois tyrannique, injuste avec ses musiciens, mais c’est le dernier endroit où elle arrive encore de temps à temps à se sentir vivante. Il s’agit d’un des grands mérites de ce film, ne pas avoir idéalisé son personnage, ne pas avoir rendu les choses moins cruelles qu’elles ne le furent.

Malgré quelques moments affaiblis par le manque de moyens (les reconstitutions sont un peu cheap), on en sort en ayant l’impression d’avoir assisté à un portrait honnête et sensible d’une artiste essentielle dont l’œuvre a sûrement été minimisée par son incapacité à se laisser enfermer dans les attentes qu’on avait d’elle et par son entourage envahissant de génie. Et même si j’ai été gêné par les quelques inévitables rappels de trauma originel de l’enfance propres à ce genre de film, mon jugement est bien moins sévère que je ne le craignais.

Fripouille

Nico 1988 de Susanna Nicchiarelli avec Trine Dyrholm. En salles dès le 18 avril.

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