Nuits Botanique : Mogwai au Cirque Royal (20/05/2016)

Sans titre-1Avec Atomic, Mogwai s’est encore collé à l’exercice de la bande originale avec une musique créée pour un reportage de la BBC. Cet album traduit en son la violence d’un siècle passé sous l’égide de la peur, celle de la nucléarisation du monde. De Hiroshima à Fukushima, ce pamphlet visuel dresse un pan de notre histoire ponctué de trop nombreuses catastrophes. De passage au Cirque Royal pour les Nuits Botanique, Mogwai a joué cette pièce devant nos yeux ébahis et nos oreilles attentives.

Voyageant sur les sites des grandes catastrophes nucléaires, le groupe n’a pas seulement réalisé une bande son. Il s’est imprégné de ces lieux si particuliers pour donner la voix à ces images. Placé devant un écran géant qui diffuse le reportage, Mogwai s’installe et les lumière s’éteignent. Un message de propagande américaine ouvre le concert. Propageant un discours rassurant, le protagoniste utilise ce ton de voix propre à cette Amérique manipulatrice, jouant sur la peur et sur la toute puissance de leur pays. Le ton est donné, les écossais de Mogwai ne sont clairement pas là pour promouvoir les bienfaits de l’atome d’uranium. Un son lourd rempli alors la salle et le post-rock imposant, lent et vrombissant des instruments nous prend par les tripes. Hiroshima et Nagasaki sont devant nous. Américains prenant place dans leur avions, japonais exécutant leur habitudes journalières, on se retrouve bombarder d’images et de musique, nous amenant jusqu’au chaos.

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Vient ensuite la guerre froide, et sa peur ambiante. Une course à l’armement et aux essais nucléaires, en passant tout proche de l’inévitable avec la crise de Cuba. Mogwai parvient magnifiquement à retranscrire la violence de ces images à travers leur musique. On reste scotché sur son fauteuil, à voir et revoir la beauté dévastatrice de ce champignon géant capable de réveiller une grande peur en chacun de nous. Lancé comme un message d’alerte, la musique instrumentalise ce phénomène, mais dans un but de prévention et nous montre que la révolte était présente et que nucléarisation du monde n’était pas une volonté commune. Puis c’est le temps des catastrophes du nucléaire civil, Tchernobyl et Fukushima. La musique s’alourdit encore un peu plus et l’ambiance de la salle devient apocalyptique. Tout devient lourd pour Mogwai dans cette partie du concert. Les guitares, jouées à vitesse frénétique, emballent nos esprits, le son sature et les images aussi. Trop de catastrophes, de victimes s’enchaînent, et c’est un sentiment de trop-plein qui ressort. Aux petits oignons, avec la structure musicale qui suit à merveille les images chocs, le groupe tape dans le mille et on se laisse avoir par leur propagande instrumentale.

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C’est le soleil qui conclue ce concert-reportage. Énergie nucléaire à plein tube, la boule de feu déploie sa puissance inimaginable, comme pour nous rappeler que dans un paradoxe très humain cette énergie est celle qui permet la vie. Mais c’est dans la nature quelle s’exploite le mieux. Pour ce symbole, Mogwai donne une puissance monstrueuse à la musique. Le groupe nous fait exploser les tympans comme pour nous dire que nous ne sommes rien comparés à cette boule en fusion permanente. On sort du concert complétement abasourdis par cette « pièce de théâtre » musicale. La mise en scène nous remet en question sur l’atome si cher à notre électricité et notre société. La musique elle est le meilleur outil pour donner une dimension à ces pamphlets. Parfois avec exagération, Mogwai signe ici un ciné-concert de toute beauté qui ramène le quatrième art à son échelle : un vecteur d’émotions et aussi de réflexion.

Merci à Pascale pour l’accréditation.

Paulo

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