Offscreen 2019 (13-31/03/19)

offscreen-film-festival_1_opt (1)Aaaah, le festival Offscreen, ou comment proposer un éventail varié du cinéma de genre ! Du dernier film de SF à un obscur documenteur gore et malaisant en passant par des pures péloches d’exploitation ou le nanar le plus crasse, cette douzième édition du festival Bruxellois prenait place, à nouveau, principalement au cinéma Nova, ainsi qu’à la Cinematek ou au RITCS et nous proposait, dans une ambiance toujours aussi détendue qu’un vieil élastique, cinq thèmes qu’on va décortiquer ensemble.

 Offscreenings :

Nouveautés, exclusivités et avant-premières, j’avais raté beaucoup trop d’Offscreenings l’an dernier et m’étais promis de me concentrer d’avantage dessus cette année; ce que j’ai fait en allant voir neufs films sur quatorze, en commençant par High Life de Claire Denis en ouverture de festival.

Peut-être était-ce dû à une extrême fatigue ou à une douleur me taraudant le bas du dos depuis le matin, mais je l’ai trouvé incroyablement chiant. J’ai presque envie de vous laisser vous démerder avec ça, mais ma réaction m’énerve d’autant plus que j’avais envie de l’apprécier et que je peux comprendre ce que beaucoup lui on trouvé. Le film est beau, riche et plutôt bien interprété. Un voyage spatial basé sur le ressenti, bien construit et, à part dans certains de ses rares excès de violence, tout en sobriété. Un peu trop sobre sans doute. Peut-être sont-ce les thèmes abordés, peut-être que ce n’était simplement pas le jour et qu’il mérite une deuxième chance ou peut-être que cette seconde chance le révélera plus vide qu’il ne semble l’être; toujours est-il que j’espérais ardemment que ça se termine tant l’envie de me jeter moi-même dans l’espace en espérant être happé par un trou noir m’envahissait au fur et à mesure de la projection.

Dans la catégorie SF, deux autres péloches nous étaient proposées en Offscreenings : Prospect et, en clôture du festival, Aniara.

Co-écrit et réalisé par Christopher Caldwell et Zeek EarlProspect est l’adaptation en (premier) long de leur court métrage éponyme de 2014, et nous emmène dans un future éloigné ou un père toxicomane et sa fille, jouant un peu le rôle de mère, sont envoyés à la recherche d’un matériau précieux sur une planète hostile à l’air irrespirable. Petit film à peu de budget, sincère et rempli de bonnes idées, pas forcément simples pour l’équipe (les personnages portent constamment des scaphandres, ce qui a dû impliquer un véritable cauchemar logistique quand à la buée et les reflets de caméras de l’équipe dans ceux-ci. Vous y aviez pensé à ça ? Ben non, vous ne pensez qu’à vous…) et qui sent bon la débrouille, Prospect et ses forêts menaçantes rien qu’à l’aide de filtres et de légers corps flottants dans l’atmosphère pose une ambiance fascinante avec un casting aussi bon que réduit mais manque juste un peu de rythme.

En ce qui concerne Aniara, on parle de tout autre chose.

Aniara

Aniara

Premier long – à nouveau – de Pella Kagerman et Hugo Lilja, je m’attendais à un petit film de SF dans la vague de Prospect et désespérait d’avoir eu une véritable claque depuis le début du festival alors qu’au final, Aniara nous emmène, littéralement, beaucoup plus loin.

Dans un futur pas si éloigné mais un peu quand même, la terre est détruite et quelques millier de privilégiés fuient vers les colonies martiennes à bord d’Aniara, vaisseau spatial autant que mini-ville censé les y emmener en 24 jours. Dès le premier, un accident pousse l’équipage à se détourner de leur trajectoire tout en balançant tout leur carburant dans l’espace (oui, ça sonne con dans le film aussi…). Ils sont donc condamnés à attendre qu’un astre leur permette, via son orbite, de se réorienter vers leur destination d’origine, processus qui, selon l’arrogant Capitaine du vaisseau, devrait prendre deux ans. Il s’avère que, dans le but d’éviter la panique, ses ambitions étaient un peu optimistes.

Inspiré d’un poème de Harry Martinson datant des années 50, Aniara est d’un fatalisme, d’un désespoir et d’une beauté à couper le souffle. Une œuvre chorale et puissante tintée de cynisme sur la responsabilité de l’espèce humaine et sa plongée inexorable vers le chaos et la folie. Une version plus réaliste du roman I.G.H. de Ballard  et un film qui m’aura hypnotisé et fait trembler jusque dans ces dernières minutes !

Autre claque, bien que plus ambiguë et moins formelle, celle de Holiday, premier long (encore) de la Suédoise (encore aussi) Anna Ecklöf, co-scénariste du récent Border de Ali Abbasi.

Pendant 1h30, nous suivons Sacha, une jeune fille superficielle et pas forcément le couteau le plus aiguisé du set, son gangster de copain et leur groupe d’amis qui sont exactement ce groupe de beaufs insupportables qu’on peut croiser sur les plages en juillet et août, ce qui tombe bien, car ils sont justement en train de profiter d’une villa sur la côte Turque.

Ecklöf utilise la beauté de ses décors afin de créer une ambiguïté déconcertante et d’installer progressivement une tension ultra viscérale qu’elle fait de temps à autre exploser dans une violence froide et dévastatrice et nous amener là où on ne l’attend pas. Holiday se pose comme une fable glauque et dérangeante sur l’acceptation de la violence et n’est pas à montrer à tout le monde.

Holiday

Holiday

Trigger alerte avec possible léger spoiler :

Il est important de préciser le nombre assez dingue de scènes de viols lors de cette douzième édition, que ce soit dans les nouveautés ou dans les métrages de Roberta Findlay dont je parlerai plus bas. Ça me questionne quand au côté soit cathartique de la chose ou son utilisation à des fins de provoquer et choquer gratuitement. Dans le cas présent, la scène de viol très explicite de Holiday est d’une violence insoutenable et fait passer celle d’Irréversible  pour une cure en thalasso. Faites en ce que vous voulez, vous voilà prévenu.e.s.

Pour ce qui est de la suite des Offscreenings, de bonnes choses sans forcément marquer comme les métrages cités plus haut : Luz de Tilman Singer shooté en 16 mm rappelle  Carpenter que ce soit pour son scope à la Halloween, son grain d’image magnifique et ses décors datés ou encore son ambiance en huis clos à la Assault. Sur fond d’histoire de possession démoniaque, Singer nous emmène dans une belle leçon de mise en scène aux très très bonnes idées pour palier un faible budget, malheureusement plombées par un rythme très (trop) lent qui sent un peu le travail de fin d’études et peine à instaurer un malaise dans un film qui essaie pourtant de le provoquer.

L’heure de la sortie de Sébastien Marnier est une version Greta Thunberg de La nuit des enfants rois de Bernard Lenteric, plus ou moins prenante mais qui peine également à provoquer le malaise. Des références à Kafka pas hyper subtiles et une ambiance relativement oppressante mais plombée par une fin bien trop sage. J’aurais aimé que le réalisateur tente d’insuffler un peu plus de folie dans son métrage plutôt que de se concentrer sur les le corps et les fesses de Laurent Lafitte .

Domestik de Adam Sedlak et son ambiance ultra oppressante mi-Cronenberg, mi-Polanski fonctionne plutôt pas mal avec son couple de personnages obsessionnels presque confinés dans leur appartement, entre les obsessions alimentaires et le désir d’enfants de l’une et celles d’être un cycliste de compétition de l’autre. Parfaitement maitrisé, esthétiquement hyper léché et avec un sens du détail qui tend vers l’obsession – également – concernant son sujet, Domestik parlera peut-être d’avantage aux expert.e.s en cyclisme et se laisse un peu trop vite oublier.

Boiled Angels : The Trial of Mike Diana nous relate un fait divers du début des années 90, malheureusement trop méconnu, du procès d’un jeune auteur de fanzine aux goûts un peu trop douteux pour le macabre et le trash qui, suite à l’emballement d’un jeune procureur désireux de se faire un nom dans une petite ville de Floride, incombe d’une peine de 3 ans de prison conditionnelle  et une interdiction de dessiner pendant cette période !

Petit bijou punk, réalisé (un peu trop tard ?) par le cultissime Frank Henenlotter et raconté par la voix off de Jello fucking BiaffraBoiled Angels… est un documentaire jouissif, assorti d’une histoire de la censure dans la bande dessinée américaine, sur ce cas d’école de la seule personne à être condamnée pour obscénité aux États-Unis.

Relaxer

Relaxer

Faute d’avoir vu le visiblement très bon Killing de Shynia Tsukamoto (qui sera projeté au Nova en avril lors d’une rétrospective sur le réalisateur complètement barré) et le In Fabric de Peter Strickland, je conclurai les Offscreenings par le complètement perché Relaxer de Joel Potrykus. Geek, fauché, jouissif, fou et particulièrement dégueulasse, le métrage nous fait suivre un moment de la vie de Abbie – même si on n’a pas à le suivre très loin – jeune gars paumé et sans but à qui le frère cruel lance le défi de ne pas se lever du fauteuil tant qu’il n’a pas battu le record du niveau 256 de Pac-Man détenu par Billy Mitchell. Pour ceux et celles qui ne savent pas qui est ce dernier, j’y viens dans le second thème du Offscreen.

Survival sur canapé à la limite du fantastique, Relaxer compense son très faible budget par des idées tout autant débiles que génialement dingues et fait justement penser au cinéma des débuts de Henenlotter. Je regrette seulement l’absence de sous titres qui m’auront empêché de comprendre certaines subtilités dans la relation entre les deux frangins dans les premières minutes du métrage.

Game On :

Le second thème du Offscreen 2019, proposé par l’équipe du Nova cette fois-ci, fait la part belle aux jeux vidéos dans une sélection de 11 films (plus ceux « surprise » diffusés durant la « Combat Game Night »), des conférences, un tournoi de jeux de combat et, surtout, un bar du Nova changé pour l’occasion en salle d’arcade qui va manquer à beaucoup de monde dans les semaines qui viennent.

Concernant les films, j’en aurais vu trois sur onze et vous laisserai le soin de vous replonger vous-mêmes dans le programme pour redécouvrir des péloches telles que TronAvalon ou encore Wargames.

Ma vrai découverte est certainement The King of Kong : A Fistful of Quarters de Seth Gordon. Ce documentaire de 2007 était censé se concentrer sur la communauté des rétro-gamers des années 80 mais le réalisateur décida de lui donner une autre tournure après la découverte de Billy Mitchell (j’avais dit que j’y reviendrai !), personnage odieux, arrogant, à l’égo démesuré et détenteur depuis les eighties du meilleur score jamais réalisé sur Donkey Kong. Gordon décide donc, suite à cette rencontre, de suivre en parallèle Steve Wiebe, un professeur de science un peu loser et en manque de reconnaissance qui décide un jour de s’acheter une borne d’arcade et d’exploser le record de Mitchell, et de monter le docu comme un thriller dépeignant le challenger comme le gentil héros et le champion comme le grand méchant.

The King of Kong

The King of Kong

Et, putain, qu’est ce que c’est bon ! Avec une véritable sincérité et sans cynisme vis-à-vis des personnage passionnés, parfois paumés et systématiquement surréalistes qu’il rencontre, Seth Gordon réalise une œuvre unique aussi drôle que touchante dans un combat entre le bien et le mal qui se joue avec plaisir et talent (le montage est ahurissant)  du manichéisme de sa propre démarche.

Précisons qu’en 2018, le record détenu par Mitchell fut supprimé du Guiness Book et de tous les sites de classement de jeux vidéo après qu’il ait été prouvé qu’il avait triché en utilisant un émulateur modifié du jeux original. 

Il est difficile d’ajouter quoi que ce soit sur Super Mario Bros, tant Karim Debbache l’a bien résumé. Je vais toutefois essayer.

Après une étude réalisé au début des années 90, les États-Unis réalisent que les jeunes reconnaissent d’avantage Mario que Mickey; affront ultime au symbole de la pop culture du pays qui se devait de réagir ! Avec Roland Joffé à la production (oui oui, vous ne rêvez pas…) et après deux premières tentatives d’écriture, ce sont finalement Parker Bennet et Terry Runte qui sont désigner pour scénariser ce projet aussi débile que casse-gueule, tandis que Rocky Morton et Annabel Jenkel se retrouvent à la réalisation. Vous savez, Rocky Morton et Annabel Jenkel ! Ceux qui ont fait aussi… euh… Bref.

Alors oui, cette première adaptation live d’un jeux vidéo prouvera dès le début que le processus est voué à l’échec (ce que viendra confirmer les adaptations de Street FighterMortal Combat et bien d’autres par la suite). « Inspiré » au niveau de l’écriture par Ghostbusters et, pour les personnages, par le Tortues Ninja sorti deux ans auparavant, le film emmène deux frères plombiers de Brooklyn (ben oui, les Italiens viennent de Brooklyn) dans une dimension parallèle où les dinosaures auraient évolué de leurs côté, le tout dans un univers post-apocalyptique en carton pâte et moche à souhait à l’opposé de l’univers du jeux et des effets spéciaux d’une laideur d’autant tragique que le film est sorti deux semaines avant Jurassic Park

Les dialogues sont d’une stupidité crasse, c’est laid et on a franchement de la peine de voir un tel casting (Bob Hoskins, Dennis Hopper et John Leguizamo en tête) en roue libre, ne sachant pas trop ce qu’ils font là. Mais le gamin en moi qui avait la VHS et l’a certainement regardé dix fois à l’époque y a pris un plaisir absolu ! Et puis rien que pour le Goomba harmoniciste et sa bête tronche absolu, je dis oui !

eXistenZ

eXistenZ

En revoyant en salle (et sur pellicule !) le eXistenZ de David Cronenberg, je me suis souvenu de ce moment en 2000 où, du haut de me quatorze ans, j’avais resquillé à l’UGC pour aller le voir malgré l’interdiction aux moins de 16 ans. J’ai réalisé aussi que j’étais très certainement passé à côté d’un paquet de choses tant absolument tout est sexuel dans ce film. Comme tout le cinéma de Cronenberg, vous me direz, et je ne vous donnerai pas tort. Beaucoup de plaisir à le revoir avec sa galerie de gueules, ses jeux d’acteurs et actrices (volontairement ?) à côté de la plaque, ces sous-entendus constamment pornographiques, sa métaphore de la toxicomanie et ses différents niveaux de réalité qui m’ont faire prendre conscience que sans eXistenZ, le Inception de Nolan n’aurait sans doute jamais existé.

Death on Film et Jörg Buttgereit :

Thèmes intimement liés que ceux de la mort au cinéma et l’hommage au réalisateur Allemand Jörg Buttgereit pour qui cette dernière est au centre de la carrière. Une sélection de pas moins de 29 métrages sur lesquels j’en aurais vu… eh bien, deux séances en fait (si on ne tient pas compte des huit métrages que j’avais déjà vu auparavant) : The Trilogy of Death et The Killing of America.

Une sélection faite de pépites méconnues ou sous-estimées telles que le Henry, Portrait of a Serial Killer de John McNaughton,  Afterschool d’Antonio Campos et Strange Days de Kathryn Bigelow (dont je faisais déjà l’éloge ici-même il y a un peu plus de deux ans), de classiques cultes comme Peeping Tom de Michael PowellC’est arrivé près de chez vous de Rémy Belvaux, André Bonzel et Benoît Poelvoorde ou encore Cannibal Holocaust de Rugero Deodato, ainsi qu’une longue sélection de films d’exploitation « mondo » et leurs émules tels que Mondo CaneFaces of DeathShocking Asia et The Killing of America.

Ce dernier, que j’ai vu pour la première fois lors de cette édition, reprend une formule pas forcément éloignée des « mondo » précédemment cités – des images documentaires ou mises en scènes de scènes de mort ou autres images choquantes à travers le monde – à la différence près qu’il se concentre sur les États-Unis et son nombre impressionnant de meurtres chaque année, le tout avec une approche un peu moins raciste et paternaliste qu’un Mondo Cane.

Le film de Sheldon Renan et Leonard Schrader sorti en 81, est principalement un montage de scènes d’archive de meurtres, prises d’otages et tuerie de masse, depuis l’assassinat des Kennedy au procès de Ted Bundy en passant par le suicide de masse de Jonestown instigué par Jim Jones. Il contient quelques morceaux de bravoure comme l’interview – réalisée pour le métrage – terrifiante de lucidité de Ed Kemper, mais aurait été bien plus intéressant en prenant le génocide des natifs Américains comme point de départ de l’histoire sanglante du pays. Mais n’est-ce pas le cas pour chaque pays ?

Aftermath

Aftermath

Pour ce qui est de The Trilogy of Death de Nacho Cerda, je dirais qu’au-delà de l’esthétique délicieusement morbide du second, et plus connu, segment Aftermath, les deux autres m’ont surtout donné une étrange envie de revoir le cultissime « Jacob’s Ladder » de Adrian Lyne.

Je n’ai malheureusement rien à vous raconter à propos de la rétrospective sur Jörg Buttgereit, n’en ayant vu aucun par manque de temps ou préférant la découverte d’autres péloches, mais je sais que je vais forcément rattraper assez vite son Nekromantik.

Tribute to Roberta Findlay :

La dernière thématique, et pas des moindres, était honorée par la présence de la papesse du cinéma de d’exploitation new yorkais des années 60 à 80, Roberta Findlay. Celle-ci nous a gratifié de sa présence et de la projection de huit de ses films, pornographiques ou non, et d’une masterclass durant laquelle elle se demandait bien pourquoi on lui posait toutes ses questions et ce que l’on trouvait intéressant dans son cinéma.

Pour ceux et celles qui souhaitent en apprendre d’avantage sur la « sexploitation », une consœur a rédigé, dans le cadre du festival, un article à ce sujet.

Pour ma part, si From Holly with Love fut une expérience pornographique fun avec ses (très) gros plans de langues et de vulves et un twist franchement jouissif, la version soft de A Worman’s Torment fut un long et éprouvant moment de médiocrité duquel nous ne fûmes même pas divertis par une vrai scène de sexe.

Petit coup de cœur enfin pour les courts métrages The Box de Dusan KastelicMuil de Jasper Vrancken et le sublime et malade, Sous le cartilage des côtes de Bruno Tondeur qui furent de très très bonnes surprises !

Sous le Cartilage des Côtes

Sous le cartilage des côtes

Encore une édition fascinante, audacieuse et à l’ambiance toujours aussi familiale du Offscreen et pleins d’idées de films à rattraper en attendant l’édition 2020 !

Sanglant bisous,

Major Fail

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