Offscreen Festival vu par Fripouille (07 – 25/03/2018)

L’Offscreen est ce festival qui explore les recoins les plus obscurs, les plus étranges du cinéma; il est dès lors naturel qu’il prenne place au Nova. Tournant autour du ciné belge francophone depuis de nombreuses années, le milieu est assez restreint, et en général quand je parle d’un festival, il ne m’est pas aisé de faire abstraction de ce que je sais des organisateurs et des coulisses de l’événement. Ici, rien de tout ça, je ne connais personne, pas de copinage, pour dire qu’il s’agit peut-être de la programmation la plus audacieuse parmi la flopée de festivals existant à Bruxelles et ses alentours plus ou moins immédiats.

Dès l’ouverture ça commence fort. Revenge le premier long de Coralie Fargeat (dont Major Fail a écrit une chronique que vous pouvez lire ici), dans une parfaite éponymie, est un film de vengeance. Brillantissime dans sa réalisation, la violence et la tension montent avec beaucoup d’habileté tout au long de la lutte pour la survie de l’héroïne. La chaleur et la sueur se transmettent au spectateur. On suit, en haletant, la transformation d’une bimbo écervelée en redoutable machine de guerre. Et s’il y a quelques faiblesses dans les dialogues ou dans la construction des personnages, on ne s’en soucie que le temps d’attente d’une nouvelle scène époustouflante.

Deux jours après je vais voir A Ghost Story de David Lowery après de chaudes recommandations de Major Fail. Une histoire de fantômes ultra minimaliste avec un Casey Affleck recouvert d’un drap dans une imagerie classique de fantôme qui hante la maison de son passé. L’idée est belle, il y a du charme. J’ai envie d’adorer. Et je m’ennuie pas mal. Je sens bien passer les quatre vingt sept minutes. Déçu d’être désappointé quoi.

Fin du premier week-end, Martin, un film de George Romero un peu secret à la réputation de trésor caché. Un ado pas très bien dans sa tête se prend pour un vampire alors qu’il a l’air aussi inoffensif que ton cousin qui traîne toute la journée dans son vieux calbar. Le vampirisme comme métaphore du désir sexuel. C’est clair on est bien encore dans les années 70 et c’est réjouissant. L’ambiance est oppressante et on jubile pourtant. Petit chef d’œuvre d’un grand maître de la transgression.

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Martin

Deuxième semaine à la cinémathèque toujours dans le thème du film de vampires qui sort des sentiers battus, on a droit à un David Cronenberg d’avant La Mouche. Rabid, film fauché, parfois pas très bien joué ni écrit. Néanmoins on y retrouve déjà toutes les obsessions du réalisateur : la chirurgie, le corps organique indépendant de son propriétaire, la volonté frankensteinienne du démiurge. Marylin Chambers échappée de l’univers du porno atteinte de rage post-opératoire va mettre à feu et à sang (ah ah ah, film de vampire) en propageant sa maladie à une ville qui cède très vite à la panique. Il est aisé aussi de voir une critique de son époque dont les bases de civilisation sont tellement peu solides qu’elles peuvent très vite craquer et donner lieu à un retour terrifiant à la sauvagerie.

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Rabid

Le lendemain, je vais voir The Endless de Justin Benson et Aaron Moorhead. Une secte, des frères perfect losers qui la quittent et la réintègrent, des images à couper le souffle, une étrangeté de quasi tous les instants. Tout est parfait. Je m’ennuie un peu, mais c’est logique dans le fond je n’aime jamais la SF mystérieuse. En fait, je n’aime pas la SF en général, c’est comme ça. Mais ça ne m’empêche quand même pas d’en reconnaître les qualités.

Dernière semaine. Finalement, je ne peux y aller qu’un jour du coup je décide d’en profiter encore une fois en enchaînant deux films.

Tout d’abord, Gutland de Govinda Van Maele, un film luxembourgeois avec une petite coproduction belge. Le cinéma luxembourgeois est rare, on n’en sait à peu près rien si ce n’est qu’ils ont été les précurseurs du fameux tax shelter, alors c’est quand même avec un peu d’excitation que j’attends la projection de ce soir. Du Luxembourg on a une image de banque, de villes froides et fonctionnelles, mais on oublie que le Luxembourg compte aussi ses campagnes. Le Gutland du titre est une de ses régions agricoles, et rien que ça m’attrape déjà. J’aime qu’un film démonte mes clichés.

Gutland

Gutland

Ça pourrait être une histoire romantique entre un homme et une femme qui se rencontrent et s’aiment. Ça pourrait aussi être un film de fuite puisque l’homme est un voleur qui se cache avec son magot dans la peu accueillante campagne luxembourgeoise. Et c’est effectivement ça. Mais c’est aussi quasiment un film ethnographique. On découvre un territoire de cinéma inconnu. On peut penser à nos séries belges La trêve ou Ennemi public, mais le côté sectaire et inquiétant du village est encore plus prégnant (peut-être parce qu’encore plus inconnu). Et si le héros a quelques difficultés à se faire accepter, une fois que les villageois le considéreront comme un des leurs, qu’il aura adopté les mœurs souvent étranges de l’endroit, ils feront tout pour lui y compris le couvrir des méfaits de son passé. Si on veut intellectualiser on peut presque voir dans le film une acerbe critique sociologique du pays, de son isolement volontaire, de sa méfiance de l’autre et surtout de l’impossibilité d’y être différent ou pire encore soi-même.

Un peu sous le choc, je prends directement ma place pour La Comtesse aux seins nus de Jess Franco, mais c’est encore une toute autre histoire que je vous narre par ici.

Fripouille

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