Omar Souleyman au Botanique (27/01/2018)

omar_300x666Récit d’un décalage entre un critique et un public. Quand j’ai envie de me laisser entraîner par l’enthousiasme ambiant mais que mon mauvais esprit et ma volonté d’analyse m’en empêchent.

Avant de faire du sport de haut niveau, il est fortement recommandé de pratiquer un échauffement sérieux et appliqué. Gan Gah, en ouverture d’Omar Souleyman, se charge de mettre la musique adaptée à cette raisonnable consigne. Orientaliste et joyeuse comme il se doit. Pas nécessairement très originale, il faut le signaler également. Si on a crée le concept d’eurodance, samedi, dans un de mes moments de distraction réflexive, je me suis dit qu’il était peut-être temps de donner naissance au terme d’orientalodance. Mais, premier décalage de la soirée, je suis bien obligé de reconnaître que quelques morceaux arabophones de gros beats et de basses bien senties, ça marche du tonnerre auprès du public. Et quand le DJ lance « Tonton du bled »  de 113 ça décolle vraiment. Je me rappelle alors que dans mes prestations derrière les platines les morceaux de ce type sont toujours des succès assurés. La salle est bien chaude après ces quarante-cinq minutes d’échauffement, Omar va bientôt pouvoir arriver tel un prince en son royaume.

Deux synthés sont installés, un seul musicien pour s’en occuper. Les notes arabisantes sont lancées, le public déjà remue frénétiquement. Je regarde (peut-être un peu trop) distant sans vraiment comprendre l’agitation. Je fréquente assidûment les salles de concert depuis plus de vingt ans et j’ai rarement vu aussi rapidement autant de sourires et de joie sur les visages. Le public est venu pour s’amuser, pour danser, pour faire la fête, c’est une évidence. Tant qu’à parler du public, il est à noter qu’il est bien plus hétéroclite que dans la plupart des lieux culturels. Omar Souleyman est une immense star auprès des populations originaires du Moyen-Orient et ils se sont déplacés en masse pour voir leur idole et se mélangent joyeusement dans un esprit bon enfant (jamais l’expression n’a eu un emploi plus approprié) avec la faune bobio (aucun mépris, j’en fais parfois partie à ma façon) habituelle des concerts dits « world« .

omar_850x300Après une dizaine de minutes l’impressionnante voix de Souleyman se fait entendre en provenance des backstages, les smartphones scrutent l’apparition avec impatience. Enfin, il déboule, majestueux. Quelle belle moustache me dis-je. Décidément, j’ai beaucoup de mal à me raccrocher à la musique ce soir.

Pendant une heure et dix minutes, le syrien va enchaîner ses tubes dans des versions inutilement rallongées et faire monter l’ambiance sur commande. Régulièrement, par de grands gestes sursignifiants, il va encourager le public a encore plus d’enthousiasme, à encore plus se trémousser, à encore plus de frénésie.

Le public obéit au doigt et à l’œil aux injonctions du maître des lieux. Et si je trouve que la musique manque totalement de nuances, qu’elle est une fusion un peu démagogique entre la dabka et l’électronique, je suis forcé d’admettre la maîtrise parfaite de l’entertainment par Omar Souleyman. Plusieurs fois je me souviens qu’il a commencé à se faire connaître en étant animateur/chanteur de mariage dans son pays et qu’il en a incontestablement gardé quelque chose pour le meilleur et le pire. Parfois, j’ai aussi pensé qu’il était un peu le Patrick Sébastien syrien, mais ça c’est vraiment excessif, je l’admets.

Fripouille

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