P.I.L. à l’Ancienne Belgique (08/06/2018)

pil_300x666Quand on est amateur de musique, un fantasme courant est de voir pour la première fois ceux que l’on considère comme indispensables à notre complétude. Je n’avais jamais vu John Lydon. Voilà, c’est chose faite. J’avais peur d’être déçu, je ne savais pas à quoi m’attendre, je savais qu’il s’était assagi, qu’il ne bousillait plus que rarement ses propres concerts, je craignais de voir un vieux monsieur qui venait encore chercher notre argent sans donner grand chose en échange. Et puis tout se passe bien. P.I.L., quarante ans après sa création, a peut-être influencé énormément de musiciens, quelques uns ont même certainement voulu les plagier, mais peu ont été aussi radicaux et abrasifs.

Improbable pantalon jaune en flanelle et chemise blanche à carreaux rouges, John débarque, accompagné par ses acolytes avec moins de dix minutes de retard. Dans son groupe, seul le batteur au veston rose sur tee-shirt savamment déstructuré et cravate négligemment dénouée peut envisager le concurrencer pour le look. Pupitre posé à l’avant-scène, lunettes chaussées, John assume ses soixante-deux ans.

Entre psalmodies et éructations, le chant unique de Lydon est toujours là, particulier, dérangeant, unique. Après quarante ans, Anger Is My Energy, le titre de son autobiographie, conserve une grande partie du sens originel. Comme si le confort matériel qui est certainement le sien maintenant n’était toujours pas réellement parvenu à l’apaiser.

Beaucoup trop jeune je n’ai pu assister au formidable chaos des concerts de P.I.L. dans les années 80. Je suppose aisément qu’il ne s’agit plus exactement de la même chose, qu’une partie de la violence s’est obligatoirement atténuée, que tout est bien plus structuré. Mais ça ne me déçoit pas vraiment au-delà de la nostalgie de ce que je n’ai pas vécu. Le son est moins décapant, les musiciens savent jouer de leurs instruments, il s’agit d’un concert plus que d’une performance anarchique. Et même si je ne peux pas tout à fait m’empêcher de le regretter, je pense que c’est mieux ainsi. Ne pas vouloir singer ce que l’on a été dénote d’un mélange d’honnêteté et d’intelligence.

Les morceaux ne reprennent que rarement des structures couplets/refrains, ils s’étirent au gré des envies vocales de Lydon. Il est le centre de l’attention. P.I.L. est sa création et même si ses adresses au public se font dans un généreux pluriel, on sait bien que les musiciens pourront être remplacés selon son bon vouloir comme tant le fûrent au cours des années. Et même si ça peut paraître arrogant, c’est logique, c’est lui qui attire tous les regards, c’est pour lui qu’on est là.

pil_850x300D’abord, il y a la gueule. Même derrière les lunettes, la dangerosité et la folie sont toujours là. Ensuite, il y a cette façon de bouger. Ce n’est jamais très élégant, ça ne ressemble pas à grand chose, peut-être à un gourou au bord de la crise d’épilepsie, mais c’est fascinant, obsédant. Si la scène n’était pas toujours une fiction, ça mettrait certainement mal à l’aise. Il fait ses gargarismes avec du whisky qu’il recrache ostensiblement (ne pourrait-il plus boire d’alcool ?), il se mouche dans ses doigts. Je sais que c’est du show, des effets faciles, mais c’est Johnny Rotten, alors j’adore.

Les rythmiques se font plus martiales encore. La batterie prend de plus en plus de place. Lydon scande, incante, le concert monte en intensité. Les premiers rangs ne s’y trompent pas et lancent quelques premiers pogos. Les mouvements de Lydon se saccadent encore davantage, le jeu de scène est outré. Je me dis qu’on ne note pas assez, comme à la suite de Bowie, que le punk anglais a été influencé par le cabaret (différence parmi tant d’autres avec le punk américain).

Dès les premières mesures de « This Is Not A Love Song », l’ambiance monte encore d’un cran. La version livrée du seul vrai tube du groupe est parfaite, allongée, elle permet plusieurs montées et descentes d’adrénaline. « I Could Be Wrong » qui succède est transformé en hymne pour un public enfin impliqué. Quelques applaudissements suffisent à donner lieu à un rappel qui prouve une fois de plus à quel point P.I.L. est parvenu depuis quatre décennies à mêler expériences presque world, new wave, bruitisme, punk et même mélodies pop en n’en faisant que très rarement des fourre tout démonstratifs. « Public Image », tiré du premier album, souligne à quel point Lydon est, bien plus que Rotten, un acteur essentiel de la musique de ces quarante dernières années.

Fripouille

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