Parquet Courts au Botanique (14/10/2016)

parquet_courts_1Vendredi 14 octobre, c’était le 89ème anniversaire de Roger Moore. C’était aussi le passage de Parquet Courts dans notre capitale.

Les Parquets Courts, c’est du post-punk en chemise, des grands ados new-yorkais qui ont fait l’exploit de décliner un univers sonore et mélodique tout à fait reconnaissable en cinq albums aux concepts foncièrement différents. Light Up Gold, leur premier opus enregistré en une trentaine d’heures, voit défiler une quinzaine de titres qui font pour la plupart moins de trois minutes. Sunbathing Animal explore de façon plus radicale le dépiautage musical et le gimmick entêtant en boucle. Ce qui est constant, hier et aujourd’hui, ce sont les riffs et les cellules musicales incroyablement accrocheurs, catchy mais emballés dans un cadre musical précis et rigoureux, dépouillé et minimaliste, qui se rapproche de ce qu’on pourrait qualifier de « savamment viscéral. »

Le groupe a sorti dans la foulée deux disques « bonus » un peu sur le côté de leur discographie, entièrement boudés en live par leurs auteurs. On le regrettera pour Content Nausea, collection de chansons brillantes inspirées du songwriting de Lou Reed et cuisinées à leur sauce. Mais, on s’en réjouira pour Monastic Living, « machin » expérimental, singeant le Metal Machine Music du même Lou. Ils sont ensuite revenus au serious bizness avec un album qui élargi d’un coup les perspectives stylistiques. Human Performance, qu’ils sont venus défendre sur les planches de l’Orangerie, ajoute du relief et des couleurs, même si au passage le groupe y perd un peu de son urgence et de ses effusions, qui faisaient, semblait-il au début, partie de leur code génétique.

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[SPOIL ALERT] L’album est très bon, soit. [/SPOIL ALERT] « Mais comment vont-ils faire pour mettre ça en musique (vous l’avez ?) sur scène ? Autrement dit, comment vont-ils structurer un set qui tienne la route, en mélangeant du matériel dont l’énergie, certaine et omniprésente, varie violemment en intensité et en tempo d’un tube à l’autre ? » Me-demandais-je alors que j’arrivais juste à temps pour le « Thank you very much Brussels ! See you Soon ! Now it’s time for PARQUET COUUUURTS ! » de la chanteuse du groupe Pill qui a assuré (ou pas, ou alors très moyennement, selon différentes sources sûres) la première partie.

Eh bien, ils ne se sont pas foulés, les bougres.

Après le traditionnel (ils ont fait le même coup à tous concerts (2) auxquels j’ai assisté) et extatique « Ducking & Dodging », ils ont sorti dans l’ordre la face A de Human Performance, suivi de quelques chansons de Light Up Gold, pour finir avec les hits de Sunbathing Animal. Ce qui pourrait passer pour une prise de risques minimale a eu pour conséquence un concert sans surprise et avec, paradoxalement, de sérieux problèmes de rythmes, qui auraient sans doute été évités avec une chronologie plus audacieuse et plus créative. Ils nous avaient habitués (sur l’ensemble des 1 autre concert) à des sets d’une heure bien tassée. Ce qui laissait son bonhomme sur sa faim, mais conservait surtout une densité, une fougue et une pêche d’enfer sans interruption aucune. Ils ont cette fois-ci proposé une prestation d’une heure trente, rendant donc plus difficile d’entretenir la hardiesse sur et en face de la scène. On se dit cependant que les quatre gars n’ont pas eu un sens aigu du tempo pour agencer les moments d’excitation, de catalepsie ou de parlote. Le début du concert fait mouche, mais après quatre ou cinq titres, les chansons moins accrocheuses du dernier album s’empâtent un peu. Comme en a témoigné d’ailleurs mon voisin de gauche, en déclarant très justement d’un air convaincu mais pas encore complètement résigné : « On va pas se mentir : c’est mou là, non ? »

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Si on chipote, c’est parce que, bien sûr la performance (humaine) n’est pas mauvaise ; avec de tels titres qui puent autant le rock jouissif que le lâchage de prise total dans l’écriture et la composition, impossible de se rater complètement en live. Le répondant entre le flow rugueux, dru et serré scandé par Andrew Savage et le chant nonchalant beuglé par Austin Brown opère de façon très efficace, et ils rayonnent d’un certain charisme apathique-mais-pas-vraiment-c-est-naturel-mais-ca-fait-un-peu-partie-du-show.

Ils m’avaient d’ailleurs plus ou moins re-conquis un peu plus tard, notamment en blaguant sur le rappel qu’ils n’avaient pas fait lors de leur dernier passage (« Les gens se seraient plaint qu’il y a deux ans on n’avait pas fait de ‘encore’ ; mais si, on revient sur scène. Il faut juste attendre très, très, très longtemps ») – j’apprécie beaucoup l’humour, surtout lorsqu’il est drôle, et cette manie de faire systématiquement des rappels me donne le bourdon. Cela leur aurait accordé mon vote définitif s’ils n’avaient pas tout gâché en massacrant leur titre « Sunbathing Animal » que j’attendais fiévreusement (franchement qu’est-ce qu’ils ont essayé de faire ? Si quelqu’un était là et a échafaudé une hypothèse crédible, je suis preneur.)

L’épilogue « Berlin Got Blurry » et « One Man No City » a fort heureusement permis de finir sur une bonne note (oh oh). Ils ont terminé sur « Light Up Gold » , puis lumières et dodo.

Maxime Verbesselt

Setlist

Ducking & Dodging // Dust // Human Performance // Outside // I Was Just Here // Paraphrased // Captive of the Sun // Steady on My Mind // Pathos Prairie // Master of My Craft // Borrowed Time // Yr No Stoner // Careers in Combat // N Dakota // What Color Is Blood //Bodies Made Of // Black and White // Vienna II // Sunbathing Animal // Berlin Got Blurry // One man no city // Light Up Gold II

 

Crédit photos : Roxane A.

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