Parquet Courts au Botanique (15/11/2018)

parquetcourts_300x666Un frère Borlée au chant et à la guitare, Brian Jones à l’autre guitare et au chant, Mark Zuckerberg à la batterie et un acteur porno des années 80 à la basse, Parquet Courts est le groupe parfait pour ma manie de trouver d’improbables sosies. Mais, heureusement, il y a encore plus de choses à dire sur leur musique.

J’arrive dans une Orangerie au public encore clairsemé au moment même où les trois britanniques de Big Joanie montent sur scène pour la première partie. Les deux singles que j’avais entendus m’avaient plutôt charmés. Un peu funk, un peu punk, les mélodies accrochent, les textes empreints de queer afro-féministe étaient bien torchés. Mais là, ce jeudi en début de soirée, j’ai eu l’impression d’assister à une inattendue petite catastrophe incompréhensible. En vingt-cinq minutes je ne suis pas parvenu à déterminer si le problème était dans le mix ou dans le manque de cohésion musicale du groupe mais ça ressemblait à une bouillie où une basse excessivement vrombissante prenait beaucoup trop de place. Habituellement j’aime les basses très présentes, mais là ça noyait tout, et j’étais finalement assez content que ce soit très court tant ça m’avait déjà paru long.

A 21h précises débarquent les quatre membres de Parquet Courts. Immédiatement, un ‘Total Football » exécuté avec fougue donne le ton. On est là pour la musique et pour rien d’autre, la communication avec le public sera réduite à sa plus simple expression et ce n’est pas plus mal ainsi. Tous les musiciens n’ont pas besoin de jouer aux humoristes.

parquetcourts_850x300Les morceaux de Wide Awake, le dernier album, se succèdent sans réel temps mort, et quand quelques chansons des précédents disques se glissent dans la setlist, la greffe se fait naturellement. Et une première fois on se dit que tout est bien pensé; trop peut-être. Mais cette réserve est vite balayée par la qualité de la musique et des musiciens. Comme toujours chez Parquet Courts on a l’impression d’assister à un passage en revue de l’histoire de la musique américaine des cinquante dernières années. Entre le punk souvent rugueux et le funk carioca du dansant Wide Awake et ses coups de sifflets digne d’un carnaval de Rio, le grand écart semble périlleux et pourtant ça passe sans casse. Un peu comme si les quatre gars de Brooklyn pouvaient tout se permettre, leur maestria les sauvant à chaque fois.

Vite, ça se met à pogoter sauvagement. Les guitares se font encore plus tranchantes avec la basse, ça menace parfois de tourner au prog rock démonstratif, mais la fureur l’emporte toujours vers un ailleurs qu’il soit psyché ou noise. Ils mouillent leurs chemises, ils sont généreux dans l’effort, il est difficile de ne pas se laisser prendre, de ne pas bouger. Et la voix furieuse de Andrew Savage permet toujours la cohésion dans cette multiplicité.

Quand le groupe attaque une version étirée et virtuose de « Mardi Gras Beads » on sent qu’on approche de la fin. A dessein, ils prolongent encore et encore le plaisir, et le nôtre par la même occasion. « One Man, No City » est enchainé, mélangé, ça gagne encore en intensité. Une version speedée de « Light Up Gold » et ça s’achève. Pas de rappel. Une heure trente de concert, emballé c’est pesé.

Je ressors un peu épaté par la qualité de ce que j’ai entendu. Tout est là, je ne retrouve rien à redire, comme à l’écoute des albums d’ailleurs. Je ne peux juste pas m’empêcher de penser qu’ils sont un peu trop conscients de leurs qualités, qu’ils désirent un peu trop impressionnés. Mais je le reconnais, c’est vraiment plus du préjugé, du ressenti, que de l’objectivité. Alors je vais immédiatement arrêter de rechigner et m’incliner bien bas devant ce qui est quand même un des meilleurs groupes du moment.

Fripouille

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