Photos de famille et Whitney (2018)

La semaine dernière sortaient deux films qui a priori n’ont rien à voir. Mais quand on a l’imagination un peu trop débordante, on est néanmoins capable de faire quelques rapprochements capillotractés.

photodefamille_300x666Photo de famille de Cecilia Rouaud raconte l’histoire de deux sœurs, Gabrielle (Vanessa Paradis) et Elsa (Camille Cottin) et un frère Mao (Pierre Deladonchamps) au moment où ils sont à l’âge de devoir prendre une difficile décision commune pour pallier aux insuffisances et autres égoïsmes de leurs parents. Les trois enfants qui se pensent très différents vont progressivement comprendre au fur et à mesure des rapprochements imposés que le fait d’avoir eu des blessures et des joies communes à l’enfance influence bien plus leurs vies qu’ils n’auraient voulu l’admettre.

Distribution chic et disparate, on pourrait craindre un de ces objets de cinéma où jamais on ne peut croire à la réalité des histoires, mais les personnages sont suffisamment bien écrits et incarnés pour qu’on ne se pose pas longtemps ces questions. La loufoquerie de certaines situations menace quelquefois l’équilibre diégétique, on voit quelques grosses ficelles de comédie à la française, mais à chaque fois le film se reprend à temps pour ne pas sombrer trop dans le mauvais goût.

Et si la réalisation est parfois un peu pataude, il n’y a pas de vraie raison de bouder le petit plaisir que l’on peut éprouver à la vision de ce film qui assume finalement assez bien sa modestie.

 

whitney_300x666Whitney de Kevin Macdonald, documentaire richement fourni en images parfois inédites et de nombreux témoignages rares, se veut bien plus ambitieux : c’est le film ultime sur la star des années 80. Whitney Houston en tant que chanteuse ne m’a jamais intéressé. Naturellement, il m’était impossible de ne pas reconnaître la qualité technique indéniable de sa voix, mais la guimauve des compositions est à l’opposé de mes goûts musicaux. Et je connaissais ce que toute personne ayant grandi à l’époque savait sans vraiment le vouloir : quelques hits, son mariage avec Bobby Brown, son rôle dans Bodyguard et sa mort par overdose. J’avais donc l’esprit quasi vierge pour découvrir le film.

Une narration à l’américaine, louanges et autres dithyrambes sur ses qualités artistiques risquent dès le début de me faire sortir du documentaire. Pourtant, quelque chose se passe, un truc me touche. Par volonté de scandale facile certainement, Macdonald revient encore et encore sur les nombreux problèmes d’addiction de la chanteuse, ses forts penchants pour l’auto-destruction. C’est son fil rouge, obsessionnel, presque jusqu’à l’écœurement.

D’éventuels abus familiaux, un entourage pour le moins malsain, une mère et un père, successivement et simultanément (oui dans leur cas, c’est possible) envahissants, omnipotents, cupides; la famille une fois de plus est mise au banc des accusés. Mais, ici, on est dans le documentaire, dans la vraie vie (si l’expression a un sens dans le cas d’une énorme star comme le fut Whitney Houston). Peu de détails sordides nous sont épargnés. Il n’y a pas d’échappatoire, le calice de la déchéance est bu jusqu’à la lie.

Comme quoi avec un peu d’esprit tordu et de bonne volonté, deux films diamétralement opposés dans leur genre, dans leur origine, dans leur sujet peuvent être regroupés dans un même texte.

Laurent Godichaux

Photo de famille de Cecilia Rouaud avec Vanessa Paradis, Camille Cottin, Pierre Deladonchamps, Jean-Pierre Bacri, Chantal Lauby.

Whitney de Kevin Macdonald avec Whitney Houston et tous les gens qui l’ont connue.

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