Princess Nokia au Botanique (07/11/2017)

huge_avatarAprès le show blanchi comme on blanchit le fric de Run The Jewels la veille à l’AB, j’étais impatient de voir les concerts de Kari Faux et Princess Nokia au Botanique. À peine arrivé, il est aisé de constater une première différence qui a son importance, le public n’est pas du tout le même. Alors que la veille, il était très largement majoritairement blanc, plutôt BCBG, trentenaire, dans l’Orangerie en tant que mâle blanc de quarante deux ans, je me sens plutôt l’exception à la règle et c’est très bien ainsi. Il est toujours réjouissant quand le public de la street culture est enfin représentatif de ce que l’on voit tous les jours dans nos rues bruxelloises.

Hip-hop old school, flow parfait naturel et sans effet, je comprends instantanément pourquoi Kari Faux est présentée par les suiveurs comme un des principaux espoirs de la nouvelle génération de rappeuses. Elle est heureuse d’être là, ça se sent, elle transmet sa bonne humeur aux spectateurs à coup de grands sourires et d’auto-dérision. Puis niveau musical, ça assure, ça groove, le mec derrière les platines assume les envies de Kari de faire sortir le show des clous et la relance même régulièrement par d’intéressants backings vocaux. Elle s’amuse, blague, se joue des stéréotypes de genre et d’origine avec légèreté. Le public qui comme moi n’était pas vraiment là pour elle est conquis aussi bien par la voix qui oscille entre suavité et puissance que par les rythmes alanguis et autres beats efficaces. Et, quand, après une quarantaine de minutes, elle doit laisser sa place, on est un peu déçu, on regrette que ce soit déjà fini.

fauxkari_850x300À 21h10, dans une salle déjà surchauffée, le DJ de Princess Nokia arrive sur scène. Il installe ses deux clés USB et semble un peu peiner à régler ses platines alors que Destiny (de son vrai nom), telle une furie survitaminée, déboule et lance les premiers lyrics de « Tomboy » comme si ce n’était pas vraiment prévu par le gars. Elle ne s’en soucie pas réellement, joue de la veste ouverte sur la brassière et enchaîne immédiatement avec un autre morceau.

Le mec derrière les platines, qu’on hésite un peu à appeler DJ tant il va passer son temps à prendre des photos avec son phone, est complètement dépassé. On sent que c’est brouillon, il appelle un technicien à la rescousse, comme s’il ne comprenait pas vraiment le fonctionnement des platines (de simples CDJ), mais c’est pas grave, la princesse va se débrouiller, port altier, comme une reine. Et lui sans beaucoup d’allant va balancer les instrus en ne diminuant même pas vraiment les vocaux, charge à Miss Nokia de les couvrir en rappant par dessus. Je n’arrive à déterminer tout au long du concert si c’est du je m’en foutisme assumé ou la résultante d’un problème occasionnel.

princessnokia_850x300Mais je ne m’en soucie pas trop, emporté et transporté par la présence de la showwoman exceptionnelle qu’est Princess Nokia. Et, à voir les visages et les déhanchés du public, je ne suis pas le seul à oublier les faiblesses musicales du soir pour me laisser prendre encore une fois par les beats efficaces, les textes scandés et l’énergie de la new-yorkaise aux origines porto-ricaines.

Puis, au risque de me répéter, beaucoup lui sera pardonné pour le final où elle fait monter à ses côtés toutes les filles qui le désirent (dans une démarche de réappropriation féministe sur laquelle elle revient à quelques reprises). On se croirait dans une pub Benetton, la démagogie commerçante en moins. Noires, blanches, métisses et même, fait malheureusement encore unique, une femme voilée, toutes dansent dans un anarchique unisson, prouvant qu’une société réellement inclusive n’est peut-être plus pour longtemps utopique.

Fripouille

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