Propulse Festival au Botanique (29/01 – 02/02/2018)

24589_MLe Propulse Festival présentait pendant trois jours  des showcases à moitié à destination des pros, à moitié à destination du public. Comme au marché, spontanément, nous sommes plus attirés par certains étals, par quelques légumes aux couleurs plus chatoyantes. Puis des fois on est déçu par l’objet du désir et on se laisse surprendre par le goût très agréable de l’aliment proposé par le marchand. Et parce que parfois il s’agit seulement de maturation, nous ne parlerons que des produits déjà appréciés lors de cette première dégustation.

Mercredi, pour clôturer la soirée, le pré-buzz pop en français Atome donnait son tout premier concert. Sorte de super groupe de musiciens ayant déjà pas mal roulés leurs bosses par ailleurs et porté par Rémy Lebbos (Vismets) et David Piccard (Applause) accompagnés par Nicolas Collaer (Vismets) et Catherine de Biasio (Melon Galia, Miele, Blondy Brownie,…). Même si officiellement ils débutaient, on sentait que c’était rodé, qu’ils avaient l’expérience des concerts, l’assurance des heures passées depuis des années à jouer sur scène. Alors tout balance pas mal, les mélodies vaporeuses sont efficaces, on sent les potentiels tubes, ça reste en tête comme de la bonne pop. Même si on entend pour la première fois les chansons on a une impression de déjà entendu, d’être en territoire connu. La tête se balance nonchalamment, le pied tapote le plancher presque malgré lui. On pense à François And The Atlas Mountains pour le côté un peu envolé et onirique de la musique. On a presque envie de fredonner les refrains, mais là on se retient, freiné par l’inanité des paroles. Légèreté oui, simplicité d’accord, vacuité et bêtise c’est un peu trop pour nous. Néanmoins, on constate que la majorité du public ne semble pas gênée et ressort avec la banane.

Le lendemain, enchaînement avec cinq nouveaux showcases. Nous en retiendrons deux, les deux derniers.

Ginger Bamboo, le nouveau projet de Jeremy Alonzi, rescapé de The Experimental Tropic Blues Band (ceux qui ont vu le docu fiction Spit n’ Split apprécieront la justesse du terme rescapé), déboule avec énergie et classe sur la scène de l’Orangerie bien remplie. Sexuel, puissant, sauvage comme l’était le band en moins rock, Ginger Bamboo balance un funk aux relents épicés. Un lot d’influences se mélange joyeusement en laissant volontairement quelques grumeaux. Ça groove salement, ça donne furieusement envie de se trémousser. Hypnotique et salace, c’est aussi bien moite. Alonzi, avec sa posture de baroudeur/séducteur qui a tout fait, tout vu et qui en veut encore plus, occupe comme une évidence le devant de la scène. Mais derrière lui ça assure grave (mention spéciale à Rémy Rotsaert aux claviers). Et les chœurs féminins suivent avec vigueur la volonté d’Alonzi de faire durer les morceaux jusqu’à la transe.

Encore suant, on enchaîne avec Orage Plastique à la Rotonde. Comme pour Atome, la réputation avait précédé la vision. Depuis un peu plus deux ans nous les loupions partout où ils passaient et on comprendra bien vite que, une fois n’est pas coutume, le buzz qui les entoure est totalement justifié. Une guitare et sa tripotée d’effets, des machines à n’en plus finir posées sur une table, parfois ça peut être amplement suffisant. Le mec derrière ses machines est déchaîné comme si, bien chargé, il assistait à un rite satanique au fin fond d’une forêt péruvienne, et le mec à la guitare boucle des riffs bien punk. Ça transe, ça transpire, chamanisme techno, on part loin, très loin, emporté parfois même par des mélopées tribales. Diantre, une ambiance de bonne vieille rave, juste un peu modernisée. On a rarement vu ça au Bota. Alors quand arrive Léa, la toute nouvelle voix du projet, on bascule complètement, on décolle vers un nouveau paradis sonore. Elle nous emmène dans une sorte de trip-hop en plus rugueux, plus brutal. Et quand après un trop court rappel, à l’heure réglementaire, ils s’en vont, nous sommes furieusement déçus.

En rentrant frénétiquement, on cherche des renseignements, plein de nouveaux morceaux à écouter. Mais c’est vite épuisé. Nous comprenons qu’il faudra encore patienter pour vérifier que le rêve torride et agité d’une fin de soirée est impossible à transférer sur un support matériel avec tout ce que cela a de figé. Et on se dit que le festival Propulse a réussi son pari de nous vendre quelques promesses à confirmer.

Fripouille

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