Purple Pilgrims au Botanique (04/02/2020)

C’était beau. Beau. Tout ce qui pourrait être dit d’autre sur la musique des Purple Pilgrims ne serait-il pas superfétatoire, encombrant de mots la grâce des mélopées célestes des deux sœurs néo-zélandaises où le sens de ceux-ci est secondaire ?

Deux petits claviers Korg, un sampler, une guitare et leurs voix sur lesquelles nous reviendrons encore et encore, il ne fallait pas plus pour sortir le Witloof de Bruxelles et le faire voyager jusqu’aux horizons sans fin et sans angoisse de la Nouvelle-Zélande. Comme nous devons être moins d’une trentaine dans la petite cave, la téléportation ne devrait pas être trop compliquée. Clementine et Valentine Adams, vespérales dans leurs longues robes noires, dégagent quelque chose d’immédiatement bon et mystérieux. Pour l’ouverture par « How Long is Too Long », le lead vocal de Valentine est cristallin mais pas fragile, il y a l’assurance de celle qui n’a peur de rien et aussi le soutien sans faille dans l’harmonie par Clementine. Tout au long du concert, elles alterneront les rôles, sans que jamais ça ne perde en cohérence.  Même si il nous faut avouer une petite préférence par Valentine qui de façon saugrenue nous évoque une Nico sans tourment, chez qui la perfection effrayante n’aurait jamais été abîmée par les vicissitudes de l’existence, celle qui fredonne la comptine le « Petit chevalier ».

Perfumed Earth, le dernier album en date, est principalement visité. Les morceaux s’enchaînent avec quelques discrets « merci beaucoup » comme seuls intermèdes. Rien ne sert de parler quand les chansons disent autant tout en gardant toujours cette aura d’inconnu, de territoires inexplorés. Déjà à l’écoute de l’album je pensais sans trop savoir pourquoi au Heavenly Creatures de leur compatriote Peter Jackson. « Créatures célestes » en français, on ne sait pas bien si les textes souvent peu intelligibles et à peu près introuvables sur le net sont empreints de mysticisme, de catholicisme ou de croyances païennes, mais ce n’est pas important. On est prêt à croire à beaucoup de choses quand on entend leurs voix se mélanger dans un onirisme qui n’est jamais de pacotille.

Petit à petit, on comprend que sous ses dehors de folk sans âge, la musique de Purple Pilgrims est faite par deux jeunes femmes bien de leur temps, qu’il n’y a rien de passéiste, de nostalgie d’une époque depuis longtemps révolue. Si les voix et les structures mélodiques peuvent rappeler de glorieuses aînées de Joan Baez à Karen Dalton en passant par Vashti Bunyan voire les Carpenters, le fait de délaisser quasiment les structures pour des claviers modernes empêche toute forme de morbide énième revival folk. Le sampler amène parfois même quelques étonnantes rythmiques trip-hop qui donnent encore une nouvelle ampleur à la musique des deux sœurs et la voix de Valentine, qui parfois perd de sa douceur et montre même quelque colère, finie de nous convaincre que toute cette beauté est aussi entièrement incarnée.

Quand après une quarantaine de minutes, le concert se clôt déjà, on ne peut s’empêcher de ressentir une certaine frustration. On aime les concerts courts qui ne s’étirent pas inutilement mais là c’est excessif. Alors que les applaudissements de rappel se sont déjà tus, elles reviennent et décident de faire un dernier morceau. Encore une fois c’est magnifique, on sourit. Elles descendent de scène et papotent longuement avec les spectateurs devant leur merch’ modeste. Nous n’étions qu’une trentaine, mais nous avons assisté à un moment rare.

Fripouille

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