Rejjie Snow au Botanique (07/04/2018)

rejjiesnow_300x666Un frenchy au beat kitsch et groovy, un new-yorkais mi-irlandais mi-portoricain au débit de paroles impressionnant, et un irlandais atypique au flow grave qui séduit le monde : une programmation jeune et intéressante que nous a concocté le Botanique pour ce samedi.

Aujourd’hui, je prévois mieux mon temps qu’hier : je mets une heure en porte à porte pour arriver au Botanique, et cette fois-ci j’y suis à 19h30 précises, et c’est toujours plus peaceful un peu d’avance. Je peux observer les gens sous le ciel bleu et sur les pierres encore chaudes de cette deuxième journée printanière de l’année. Première constatation : il y a trois fois moins de monde qu’hier à la même heure (cf. Suuns). Étonnant. Deuxième constatation : je sens que ce n’est pas le même style. Et oui, ce soir je suis à mon premier vrai concert de hip-hop ! (sans compter les rappeurs que j’avais vu sur une scène des Wallos avec des peckets dans le pif) Et deux paires de Buffalos dans un rayon de deux mètres, je n’avais plus vu ça depuis l’école primaire. J’ai d’ailleurs l’impression que ces jeunes gens aux vêtements colorés sortent des années 90.

20h05, Lewis OfMan ouvre la danse devant une petite vingtaine de personnes, déjà motivées et dansantes ! Le son électronique est rétro et les mélodies sont kitsch mais le résultat est frais, groovy et bonne ambiance. Et ça plaît, car le jeune français d’une vingtaine d’années a déjà collaboré avec Lana Del Rey, The Pirouettes, Fakear, et le fameux Rejjie Snow sur son nouvel album. Les gens pénètrent au fur et à mesure dans la salle pour finir plutôt nombreux devant celui qui vient à peine de passer la vingtaine. Des pattes d’éph’, des cheveux courts, rasés, attachés en macarons, un bob sur une tête, un t-shirt des Razmokets et des chemises amples aux motifs vintage défilent sous mes yeux amusés. La chanteuse Mile intervient pour chanter « Plein de bisous », le dernier titre du nouveau beatmaker qui n’a pas fini de nous surprendre et qui laisse la place à Wiki, avec un peu de temps entre deux pour profiter des premières douceurs du printemps.

WikiWiki, c’est le projet solo de Patrick Morales, new-yorkais, mi-irlandais, mi-portoricain, âgé d’un quart de siècle et qui a déjà bien sa place dans le milieu du hip-hop de la ville monde. Son flow maîtrisé est d’ailleurs un hommage à la city avec tout ce qui s’en suit : teufs, meufs, graffitis, addictions, fight,… Plein d’entrain, ce moulin à paroles se donne pour convaincre une Bruxelles probablement trop molle à son goût de bouger. On dirait un lion en cage ! Mais l’énergie est comme lancée dans la vide car la foule n’était pas prête à recevoir une telle claque. Les gens apprécient calmement. Je reste jusqu’à la fin même si ce je trouve que c’est très répétitif et un peu trop « je parle sur un beat« , et quand on comprend pas les paroles, l’intérêt est réduit. Cependant, dédicace à ceux avec qui j’ai causé dans le métro à la fin du concert, ils avaient surkiffé Wiki. Comme quoi, chacun a sa vision des choses !

Rejjie SnowL’Orangerie est maintenant pleine à craquer : le public est venu pour Rejjie Snow ! Son buddy qui l’accompagne aux platines fait monter la pression quand enfin le prodige rappeur irlandais entre en scène. Son flow british est parfait, reconnaissable, calme et grave, comme sur ses enregistrements. Caché derrière un bob, des grosses lunettes noires, et un pull large qui semble tout droit sorti d’une friperie, il offre tout de même de grands sourires à la foule ravie. Le « petit prince du hip-hop irlandais » de vingt-cinq piges présente d’abord des titres de son tant-attendu premier album Dear Annie, sorti le mois dernier, puis enflamme le public avec les déjà classiques « D.R.U.G.S. », « Crooked Cops », pour retourner au calme avec un morceau de son premier EP Rejovich – datant de 2013 – et enchaîne avec « Blakkst Skn » ou « Flexin' ». Un « Pink Beetle » manque à la setlist. Certaines interventions masculine et féminine ont marqué le rythme de la prestation. Je trouve le public individualiste, dans le sens où tout le monde apprécie dans son coin. Il me manquait cohésion, communion et partage d’un vrai moment tous ensemble, même si tout le monde répondait aux appels lancés par les artistes et qu’il y avait de l’ambiance. Après une heure trente de show, le master tire sa révérence. On le remercie d’avoir abandonné sa carrière de footballer prévue au profit de son rap atypique.

Quelques derniers beat pour terminer cette belle soirée printanière, une belle date programmée par le Botanique, qui ne cesse de nous faire découvrir de nouveaux horizons à chaque date.

Article & photos : Claire B. (Shasta Ulrich)


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